«Le CEVA, c’est le dernier grand RER qu’on puisse bâtir»

RailsPour les CFF, le CEVA a une importance «stratégique».

Philippe Gauderon. Pour le chef des infrastructures aux CFF, le CEVA est le dernier grand RER constructible.

Philippe Gauderon. Pour le chef des infrastructures aux CFF, le CEVA est le dernier grand RER constructible. Image: Florian Cella

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur ?

Avec le vote sur le CEVA, les Genevois appuient l’essor du chemin de fer dans leur région. Cela n’a rien d’anodin alors que Genève, historiquement, a raté de très nombreux rendez-vous avec le rail, au point d’apparaître comme sous-développée, du point de vue ferroviaire, en comparaison avec d’autres villes suisses. Ce message est reçu cinq sur cinq à la tête des CFF. Entretien avec le chef de leurs infrastructures, Philippe Gauderon.

Comment les CFF voient-ils le vote des Genevois?

Il est très important. Le CEVA est stratégique à nos yeux car il s’agit du dernier grand RER que l’on puisse réaliser en Suisse. Il concerne un bassin de près d’un million d’habitants. Et cela dans la région lémanique, qui est l’une de celles où la croissance du trafic s’avère la plus forte. Ce vote légitime ce projet qui n’avait jamais fait l’objet d’un débat aussi large auparavant. C’est aussi une marque de confiance envers nos équipes qui y travaillent depuis des années.

Le CEVA a été critiqué parce qu’il ne dessert pas l’aéroport. Allez-vous travailler sur le nœud de Châtelaine, pour que les trains puissent aller directement de la Praille à Cointrin?

Le mieux est l’ennemi du bien. Le projet RER s’est principalement centré sur un axe allant de Nyon à Annemasse via Genève. L’amélioration de la liaison entre l’aéroport et Annemasse n’est pas encore à l’ordre du jour. Mais il faut bien commencer quelque part. Tous les autres RER de Suisse ont été constitués par étapes. A Genève, les développements ultérieurs dépendront de la volonté politique et du succès que rencontrera le CEVA auprès des usagers. S’ils sont satisfaits, on pourra aller plus loin. Mais ça ne se fait pas d’un coup de baguette magique.

Qu’en est-il de la gare Cornavin, qui est très exiguë?

Nous étudions une amélioration de toute la ligne Genève-Lausanne. Cela implique d’accroître les capacités d’accueil aux deux bouts de ce tracé. A Genève, on vise à mieux utiliser le quai français de la gare Cornavin et d’ajouter deux voies nouvelles, côté Jura. On empiéterait certes sur du bâti. Mais cela n’a rien d’exceptionnel: on ne construit pas dans le désert et cela se fait dans le respect des procédures et des droits de chacun. Concernant l’accroissement de la capacité entre Genève et Lausanne, un accord est à bout touchant entre Vaud, Genève, la Confédération et les CFF. C’est une question de semaines.

Certains espèrent une boucle entre le cul-de-sac de la gare de l’aéroport et la ligne CFF Genève-Lausanne… Percer une voie de Cointrin à Mies ne sera pas aisé. Parmi les projets évoqués, c’est celui dont l’horizon est le plus éloigné.

Qu’en est-il du financement de la part fédérale des surcoûts du CEVA?

A Berne, la question du renchérissement est réglée. Il ne reste qu’à trouver de 70 à 80 millions pour les modifications du projet. Plusieurs hypothèses sont possibles. Parmi elles, la prochaine convention cadre entre les CFF et la Confédération, qui sera soumise aux Chambres l’été prochain.

Les Genevois ont la réputation d’être fanatiques de la voiture. Cela vous inquiète?

A l’échelle lémanique, on voit que les Romands ont répondu présent dans les trains depuis qu’on leur a mis à disposition une offre de qualité. La demande croît plus fortement qu’en Suisse alémanique. Ce n’est pas qu’une question de rails: il y a aussi la modernité du matériel roulant et la création de communautés tarifaires qui simplifient l’utilisation des transports publics. Je suis donc très confiant.

Le CEVA inquiète le quartier de Champel. Que lui dites-vous aujourd’hui?

On comprend que les voisins immédiats d’un chantier aient quelques soucis, mais on mettra tout en œuvre pour réduire les nuisances au maximum et pour respecter toutes les normes en vigueur. On a en Suisse des procédures qui garantissent que chacun peut s’exprimer et ce sera le cas. Concernant les recours pendants devant le Tribunal administratif fédéral, je note que l’Office fédéral de l’environnement a conclu que le CEVA respectait toute la législation environnementale.

Les perdants vont réclamer des comptes. Réactions

  • MCG (Mouvement citoyens genevois): «Ce sont maintenant sept années de chaos que nous devrons affronter, pour un projet dont les coûts sont disproportionnés pour les bienfaits que nous en espérons. Nous attendons les promoteurs du CEVA de pied ferme, à l’heure des comptes, le jour, inévitable où ils devront avouer aux Genevois que le coût annoncé est inférieur à la réalité.»

  • Soli Pardo (UDC): «L’UDC est déçue mais pas surprise. Les pro-CEVA se sont livrés à un bourrage de crâne de la population en présentant ce RER comme la panacée guérissant la République de tous ses maux. Le projet va créer cinq nouveaux points d’accès au territoire sans que rien ne soit prévu pour assurer la sécurité des Genevois. Nous exigerons des caméras de surveillance dans les futures gares.»

  • Nathalie Hardyn (Chambre de commerce): «Cette votation est de bon augure pour les nouveaux projets d’infrastructure, tels que la traversée du lac qui sera notre prochain cheval de bataille. Je constate que les Genevois veulent à la fois des transports publics et individuels. C’est important pour les entreprises car elles ont besoin de mobilité.»

  • Gabriel Barrillier (Fédération des métiers du bâtiment): «Ce projet va générer du travail pour mille personnes. Et l’essentiel sera attribué à des entreprises suisses et genevoises. Elles seront prêtes pour démarrer dès le printemps.»

  • Actif-trafic: «Pour que le CEVA déploie ses effets et remplace la mobilité non durable, il faudra prendre des mesures d’accompagnement pour favoriser le transfert modal.»

  • Elisabeth Chatelain (comité pro-RER): «Les Genevois ont démontré leur ouverture et ont fait preuve de maturité en refusant de suivre le populisme local.»

  • Pierre Weiss (Parti libéral): «En votant oui au CEVA et à la traversée de Vésenaz, les Genevois s’inscrivent dans la logique de croissance maîtrisée voulue pour l’ensemble de la région et refusent de péjorer la compétitivité et la mobilité genevoise.»

Les élus français voient dans le résultat un signal fort pour l’agglomération franco-valdo-genevoise Satisfaits, les Français se disent prêts à réaliser leur part du projet CEVA.

Venu en voisin à l’Hôtel de ville, Christian Dupessey, maire d’Annemasse, a le sourire: «C’est une grande victoire pour Genève qui marque ainsi sa volonté d’ouverture et s’affirme comme la 2e agglomération de Suisse et de Rhône-Alpes.» Une satisfaction que partagent les élus de France voisine.

Tel Jean-Michel Thénard, maire de Saint-Julien, commune que l’on a souvent opposée à Annemasse: «Le CEVA est une pierre importante à l’édifice de l’agglomération. Il faudra compléter avec les autres pierres tels les trams de Saint-Julien, Saint-Genis, Ferney.»

Pour le conseiller d’Etat Mark Muller, cela ne fait aucun doute: «Le CEVA est tout aussi attendu côté français que coté suisse.» Ardent défenseur du projet, Robert Borrel, président d’Annemasse agglo, en veut pour preuve l’engagement financier de tous les échelons politiques: Etat, région, département et collectivités locales.

Parmi les signaux forts, le soutien officiel de Bernard Accoyer, président de l’Assemblée nationale, 4e personnage de l’Etat, qui jusque-là n’avait pas montré un enthousiasme débordant pour le projet.

Reste maintenant à réaliser les 1,9 kilomètre de tronçon français. Tout est prêt assurent les élus et le maître d’ouvrage, Réseau Ferré de France. La concertation publique va être lancée le 10 décembre.

Des recours pourraient-ils freiner le projet coté français? Concédant que l’on n’est jamais à l’abri, Christian Dupessey se veut confiant: «Aucun courant de la société civile ne s’est pour le moment opposé au projet. De plus, de notre côté, la ligne existe déjà en surface. Hormis durant le chantier, grâce au CEVA, les nuisances à terme vont être supprimées.»

Les Français se disent aussi conscients de la nécessité d’améliorer le réseau ferré haut-savoyard et de compléter ce dispositif par des parkings-relais. «On n’allait pas les faire en pleine campagne, justifie le maire d’Annemasse. Pour être efficaces, les P?+?R, à Bons-en-Chablais, Machilly, La Roche, etc. doivent être concomitants au CEVA. On va maintenant pouvoir passer aux achats et réservations de terrains et réaliser ces P?+?R en parallèle de la construction du CEVA.»

Enfin, pour tous les élus français, ce vote est aussi une victoire de la coopération transfrontalière. Jean-Jack Queyranne, président de la région Rhône-Alpes, veut y voir le signe de la «réussite du travail accompli et un encouragement à poursuivre dans cette voie». Même son de cloche du coté de Jean Denais, maire de Thonon.

«Sans le CEVA, le projet d’agglomération aurait eu du plomb dans l’aile», affirme Michel Charrat, président du groupement transfrontalier, qui, lui, se félicite particulièrement du score du oui chez les Suisses de l’étranger (81,1%). Selon Guy Mettan, président du Grand Conseil, «on peut maintenant mettre en place les structures de pilotage de l’agglomération franco-valdo-genevoise».

Seulement voilà, le long du CEVA, les logements pourraient bien fleurir. Jean Denais confirme que les promoteurs immobiliers ont pris les devants dans la région de Thonon. Or, le projet d’agglomération vise justement un rééquilibrage des logements et des emplois de part et d’autre de la frontière. «C’est un vrai enjeu, assure Christian Dupessey. C’est justement là que la politique d’aménagement sera capitale.»

Créé: 08.12.2011, 18h03

Caricatures

Coronavirus et enseignement à la maison
Plus...