Certaines écoles sont privées de marmite, faute d’argent

EscaladeLes associations de parents se mobilisent. Dans quelques établissements, elles réussissent à sauver la tradition.

L’action de certains parents a permis de maintenir la tradition de la marmite.

L’action de certains parents a permis de maintenir la tradition de la marmite. Image: OLIVIER VOGELSANG

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C’est le sujet émotionnel du moment à l’école primaire: des élèves seront-ils privés de marmite en chocolat à l’Escalade jeudi 12 décembre? Depuis cette année, le Département de l’instruction publique (DIP) interdit aux enseignants de solliciter la participation financière des parents – quelques francs – pour acheter une marmite. En cause: un arrêt du Tribunal fédéral de fin 2017 qui réaffirme la gratuité de l’école obligatoire jusque dans les activités organisées sur temps scolaire.

Le DIP indique aujourd’hui ne pas pouvoir garantir qu’une marmite en chocolat sera offerte dans toutes les classes. Pierre-Antoine Preti, porte-parole, rapporte qu’il n’y a aucune obligation d’organiser cette «facette de la tradition». Avant de rappeler que «des écoles peuvent choisir d’honorer cette fête de manière différente comme par exemple avec une marmite de soupe aux légumes partagée.» Ainsi périt la marmite en chocolat?

Les parents réagissent

Pas encore. D’après un coup de sonde non exhaustif auprès des associations de parents d’élèves (APE), il semble qu’une majorité d’élèves aura droit à la tradition en chocolat, en recourrant au système D. Ainsi, parfois la Commune, à l’image de Chêne-Bourg, a pris le relais en achetant elle-même la marmite, ou bien l’établissement scolaire a puisé dans ses réserves financières.

Comme le rappelait le DIP récemment, «il est évident qu’il n’est pas question de supprimer la tradition de la marmite. Si cela s’avère nécessaire, des ressources sont disponibles dans chaque établissement pour partager ce moment avec les élèves.» Ces ressources, c’est une enveloppe financière offerte par le DIP aux 166 écoles primaires, calculée en fonction du nombre de classes, pour financer des projets destinés aux élèves (achat de jeux, sorties, activités en classe, etc.). «Soit 250 francs par classe du cycle élémentaire et 210 francs par classe du cycle moyen, détaille Pierre-Antoine Preti, ceci indépendamment des crédits d’équipement disponibles en juin et au cours de l’année scolaire pour les fournitures scolaires.»

Certaines directions ont toutefois refusé d’utiliser cette enveloppe pour payer la marmite, à l’image d’une école au Petit-Lancy. Dans une lettre aux parents, elle explique qu’«à notre grand regret, comme nous ne souhaitons pas utiliser les quelques réserves du fonds d’école destinées à l’achat de matériel pédagogique pour cet événement, nous ne casserons pas la traditionnelle marmite en chocolat cette année au sein des classes». L’annonce désole cette maman de deux enfants. «Ils n’attendaient que ça, nous dit-elle. C’est vraiment dommage, casser la marmite ensemble est un souvenir qui reste. Et cela entraîne une inégalité entre les élèves!» À Champel aussi, la direction de l’école Peschier a informé les parents de «l’abandon de cette tradition».

Commerçants sollicités

Mais c’était sans compter la mobilisation des associations de parents d’élèves. À Champel, puisque l’école n’est pas en mesure de récolter de l’argent des parents, c’est l’APE qui a décidé de s’en charger. Ainsi, une boîte ou une enveloppe au nom de l’association sera à disposition dans les classes. Les enfants pourront y déposer quelques francs. La somme totale sera ensuite répartie entre les classes. À Châtelaine, l’APE a pris son bâton de pèlerin et toqué aux portes de commerçants.

Chez Franck Coiffure, le patron n’a pas hésité à mettre la main au porte-monnaie. Mais est-ce vraiment à des commerçants de payer pour une marmite? «Je l’ai fait pour les gosses et pour jouer le jeu, répond le patron. Je suis installé dans ce quartier depuis trente ans, on se connaît tous, il y a un bel esprit d’échange, on donne et on reçoit.» Enfin, au Petit-Lancy, l’APE est aussi en contact avec la direction pour trouver une solution.


Grâce aux pétards, les ventes décollent

Jackpot pour un chocolatier Les artisans confiseurs ont-ils ressenti les effets de cette nouvelle directive? Chez Arn, on indique qu’il n’y a pas eu de grosses différences par rapport à l’an dernier, «deux ou trois commandes ont été annulées, d’autres ont été reprises par les associations de parents. Mais c’est dommage qu’une tradition soit mise en péril et qu’il y ait une inégalité entre les élèves.» Estelle Meier, directrice de Martel Chocolatier, rapporte, elle, ne pas avoir eu de commandes d’écoles cette année, «alors que normalement nous en avions trois ou quatre». Pas d’impact particulier relevé à la confiserie Ducret et chez Favarger.

Du côté de la chocolaterie Mérigonde, on a même l’impression d’avoir tiré parti de la situation. «Ça nous a peut-être ramené quelques commandes, confie le patron. Les associations de parents ont préféré acheter chez l’artisan plutôt que dans les grandes surfaces.» Enfin, chez Rohr, c’est une année en or, «la folie même!» Mais ce succès n’a aucun lien avec la non-participation financière des parents. C’est un autre changement qui lui a bénéficié: cette année, Migros et Coop ont renoncé aux traditionnels pétards qui garnissent d’habitude les papillotes des marmites. Un principe de précaution, en vertu de nouvelles prescriptions européenne et française, car ceux-ci pourraient contenir des traces de phtalate, inadaptés à la consommation. Rohr continue à fournir des pétards «et nos ventes ont décollé, près de 40% en plus sur les commandes par rapport à l’an dernier, raconte Nicole Rohr, responsable. On voit que les Genevois sont attachés à leurs traditions.» Migros et Coop, toutefois, indiquent ne pas avoir constaté d’influence de l’absence de pétards sur leurs ventes. A.T.

Créé: 06.12.2019, 07h06

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