Le CERN investit un milliard pour se moderniser

Retombées économiquesSur cent francs dépensés chaque année par cette institution, huit vont à des firmes suisses, dont quatre à des sociétés genevoises.

Cérémonie de lancement du LHC à Haute Luminosité (HL-LHC)

Cérémonie de lancement du LHC à Haute Luminosité (HL-LHC) Image: Lucien Fortunati

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Un tunnel circulaire long de 27 kilomètres et bourré de technologie. Cette installation, construite de manière souterraine, sous la frontière franco-suisse, est l’alpha et l’oméga du CERN, le Centre européen de recherche nucléaire, qui existe depuis 1954. Afin d’améliorer le fonctionnement de cet accélérateur de particules en décuplant sa luminosité (LHC ou Grand Collisionneur de hadrons, considéré comme le plus puissant du monde), un investissement de près d’un milliard de francs est prévu. Vendredi matin, une cérémonie de lancement des travaux de génie civil du projet de LHC à haute luminosité s’est déroulée au CERN. Deux nouvelles galeries de service de 300 mètres de long seront construites et deux puits d’environ 100 mètres de profondeur seront creusés pour accéder à ces galeries depuis la surface. Sur ce milliard, 160 millions de francs ont déjà été dépensés et le tiers du budget total a été engagé, en particulier pour réaliser ces travaux de génie civil.

Avancées médicales

Mais au-delà du béton, le CERN est avant tout un immense centre technologique. Et ses États membres tiennent à ce que cette recherche fondamentale débouche sur des transferts de connaissances et des applications au bénéfice de l’ensemble de la société, à l’exemple du Web, inventé par un physicien du CERN en 1989 (lire ci-dessous). La technologie des particules débouche aussi sur des avancées médicales, notamment dans le cadre de la lutte contre certains cancers, grâce à des irradiations beaucoup plus précises effectuées en utilisant des particules comme les hadrons. Sur un budget annuel d’environ un milliard de francs, le CERN précise que la moitié est dépensée sous forme de contrats passés avec l’industrie ou de transferts de technologie en direction de PME. Dans ce cadre, neuf centres existent déjà en Europe. Un incubateur a été créé au Royaume-Uni en 2012. Quatre autres centres de transfert de technologie ont ensuite vu le jour en 2014, en Autriche, en Grèce, en Norvège et aux Pays-Bas. La France, l’Espagne et la Finlande ont suivi une année plus tard, et l’Italie a rejoint ce club en 2016. Et la Suisse? Paradoxalement, le pays hôte brille pour l’heure par son absence. En France, en revanche, il suffit de s’enfoncer quelques kilomètres dans le Pays de Gex pour découvrir une pépinière d’entreprises partenaires du CERN. Six d’entre elles sont regroupées dans l’incubateur français InnoGex, installé depuis 2015 dans le Technoparc gessien. Créé à la fin des années 80, ce parc d’activités a retrouvé désormais une seconde jeunesse.

Des drones dans le tunnel

«Durant trois ans, précise Émilie Voldoire, directrice de cabinet de la Communauté de communes du Pays de Gex, l’incubateur accueille des porteurs de projets et offre ainsi une assistance administrative, humaine et technique qui permet aux start-up de se créer, de réaliser leur projet technologique et industriel.» Dans des domaines d’application aussi variés que la robotique, la sécurité, les techniques médicales, l’électronique ou les réseaux informatiques. Un exemple? Terabee, une start-up qui développe des composants intégrés dans des drones capables d’inspecter et de fournir des images à l’intérieur des tunnels du CERN. Faire partie de ces contractants, c’est avoir accès au Graal de la physique appliquée et de la haute technologie (champs magnétiques, aimants, techniques du vide, matériaux et nouveaux alliages, composants et liquides résistant aux très basses températures, etc.)

La Suisse verse 45 millions

La Suisse est le septième contributeur du CERN. Elle verse chaque année environ 45 millions de francs, précise le porte-parole Arnaud Marsollier. Voilà pour l’apport. Côté retombées, l’organisation annonce des contrats à hauteur de 80 millions de francs au bénéfice d’entreprises helvétiques, une moitié pour les fournitures et l’autre pour des prestations de services. «Sur ce montant, indique de son côté Frédérick Bordry, directeur des accélérateurs et de la technologie du CERN, environ 40 millions de francs ont été versés à 200 sociétés genevoises.» La Suisse et Genève en particulier s’en sortent donc bien. Mais ces contrats ne sont pas coulés dans le bronze. Dans le domaine de la sécurité, Securitas en a fait l’amère expérience en perdant récemment son mandat au profit d’une société pratiquement inconnue sur sol suisse (lire notre édition du 6 juin). Enfin, les retombées liées aux dépenses des employés, retraités et visiteurs sont aussi importantes. «Environ 200 millions de francs pour la région», estime-t-on au CERN. Ce centre provoque aussi tout un brassage d’idées. Mardi, par exemple, jeunes scientifiques et responsables d’entreprises vont partager leurs expériences. Les retombées du CERN ne sont pas uniquement financières.

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Une usine de découvertes et d’innovations

Création du web

C’est en 1989 que le physicien anglais Tim Berners-Lee invente le Web (dénommé «World Wide Web»). Ce système est d’abord destiné à la communauté scientifique afin que ses membres puissent s’échanger des informations de manière instantanée. En 1993, le CERN décide de rendre public le Web.

Le Grand Collisionneur de hadrons (LHC)

est considéré comme le plus grand et le plus puissant accélérateur de particules du monde. Il est en fonction depuis septembre 2008. Cet anneau de 27 kilomètres est jalonné d’aimants supraconducteurs. Comme les électrons, les neutrons ou les protons, les hadrons sont des particules dites subatomiques, des constituants de la matière. C’est pour les détecter que les chercheurs provoquent des collisions. Dans l’accélérateur, deux faisceaux de particules de haute énergie circulent à une vitesse proche de celle de la lumière avant d’entrer en collision.

Boson de Higgs

En juillet 2012, suite à des expériences menées dans le LHC, le CERN annonce la découverte d’une nouvelle particule, appelée ultérieurement boson de Higgs, en référence au chercheur et physicien britannique Peter Higgs. En octobre 2013, le Prix Nobel de physique a été attribué conjointement au Britannique et au Belge François Englert «pour la découverte théorique d’un mécanisme contribuant à notre compréhension de l’origine de la masse des particules subatomiques».

Le LHC haute luminosité

Ce projet de LHC plus performant a comme objectif de décupler sa luminosité d’ici à 2025. Davantage de lumière permet aux physiciens de mieux observer et mesurer les particules au moment des collisions, qui seront plus fréquentes. Chaque année, il produira 15 millions de bosons au lieu de 3 millions en 2017. L’amélioration du LHC repose sur de nombreuses innovations technologiques permettant notamment de réduire les interventions humaines dans le tunnel. (TDG)

Créé: 15.06.2018, 17h17

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