Le centre-ville sera perturbé par la colère des syndicats

GenèveLe Cartel intersyndical appelle les employé de l'État à manifester ce jeudi. Et demande aux députés de réintroduire les 412 postes récemment biffés.

Genève le 4 décembre 2017, le Cartel syndical manifestait déjà devant le parlement. Image: Steeve Iuncker-Gomez

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C’est désormais l’un des rituels de décembre: jeudi 5 décembre, la fonction publique genevoise, à l’appel du Cartel intersyndical, manifestera dès 17h au centre-ville pour protester contre le budget 2020 que s’apprête à examiner le Grand Conseil (notre édition du 2 décembre). La colère est montée d’un cran lorsque, le 20 novembre, la Commission des finances a biffé du projet les 412 postes supplémentaires que demandait le Conseil d’État. «C'est une attaque sans précédent, a dénoncé mercredi Olivier Baud, au nom de la Société pédagogique genevoise (SPG) et du bureau du Cartel intersyndical. On n'a jamais vu des postes qui étaient prévus se faire ainsi biffer. On est sous le choc.»

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Sa collègue Françoise Weber, du Syndicat interprofessionnel des travailleuses et des travailleurs (SIT), n'en revient pas davantage: «Cela signifie concrètement qu’il y aura des licenciements. Avant même la décision abrupte de la Commission des finances, on estimait que les 412 postes prévus en 2020 dans l'administration étaient insuffisants. Il s’agit, en effet, surtout de stabilisation des contrats précaires. Sans ces postes, des services entiers ne pourront simplement plus fonctionner.»


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Mais là la situation s'aggrave très sérieusement, affirme la syndicaliste: «On est face à la mise en place d’un personal stop, mais sans dire quelles prestations on va sacrifier. C’est tout simplement irresponsable».

Inflation démographique

Le bureau du Cartel s'inquiète tout particulièrement pour le Service de protection de l’adulte: «C’est 40 postes qu’il faudrait, alors que seuls 15 sont proposés par le Conseil d'État. Le personnel n’en peut plus avec ses 20% de taux d'absentéisme. Idem pour le Service de protection des mineurs qui malgré sa grande souffrance ne reçoit aucun nouveau poste...»

Mais c'est surtout le Département de l'instruction public (DIP) qui attise les craintes. «Les 196 postes inscrits dans le projet de budget du Conseil d'État servent à répondre à l’augmentation massive du nombre d’élèves, 1000 en moyenne pas année, et à la mise en place de la nouvelle loi sur l’accueil jusqu’à 18 an, ainsi que l’école inclusive, relèvent Fabienne Payré, du Syndicat des services publics, et Francesca Marchesini, présidente de la SPG. On maintient des conditions-cadres, alors qu'il y aurait tant à améliorer.»

Seule magistrate à avoir réagi à l'annonce de la décision de la Commission des finances, Anne Emery-Torracinta redoute «une école au rabais» (la Tribune de Genève du 28 novembre). Des classes devront fermer et des élèves faire des déplacements, tout comme des enseignants, prévient la cheffe du DIP. «Elle devrait surtout dire que si on ne lui donne pas ces postes, c'en est tout simplement fini du projet d'école inclusive!» tonne Olivier Baud. «Tout comme de la 3e heure de gym, voulue par la Confédération, et de l'école numérique avec l'introduction du wi-fi et des tablettes à l'école obligatoire», renchérissent Fabienne Payré et Francesca Marchesini. Celle-ci de menacer: «Si on ne met pas davantage de moyens au Cycle, c'est la porte ouverte à la violence.»

Au détriment des prestations

Le Grand État n'est pas vraiment plus gâté, notent les membres du bureau du Cartel: «Les nouveaux postes sont ridicules; quatre seulement pour l’aide à domicile (IMAD) et quelques postes pour de nouveaux EMS. Comment favoriser les relations humaines avec une population pourtant vulnérable dans ces conditions? La plupart des nouveaux postes vont au CEVA et aux TPG (extension des prestations pour répondre aux besoins et à la démographie). L’UNI et les HES, qui accueillent toujours plus d'étudiants, ne reçoivent que quelques postes.»

Il n’y a quasiment pas d’augmentation budgétaire pour le secteur de la santé et du social, ajoutent les protestataires, «alors que des années de coupes linéaires ont contraint de nombreuses institutions subventionnées à engager du personnel à moindre coût, au détriment des prestations. On estime qu'il manque à la louche 5% de postes dans ces secteurs.»

De vraies priorités...

Mais plutôt que de vouloir une nouvelle fois engraisser l'État, et augmenter ainsi son déficit, alors que dans le même temps le privé ne cesse de rechercher la rentabilité, n'était-il pas possible de faire de vraies priorités? La ministre des Finances, Nathalie Fontanet, est d'ailleurs d'avis que même si certains services ont besoin de renfort (vieillissement de la population, santé, éducation), l'État aurait pu proposer moins de nouveaux postes cette année.

«Le déficit du budget 2020 de l’État n’est pas dû aux postes stabilisés ou créés, riposte Olivier Baud. Il est principalement dû aux cadeaux fiscaux faits aux entreprises (RFFA) estimés à 328 millions de francs. Les autorités ont fait de mauvaises estimations. À elles d'en tirer les conséquences. La priorité, ce sont les prestations à la population, quitte à creuser un peu plus le déficit.»

Revoir leur copie

Enfin, le Cartel n'est-il pas satisfait que la Commission des finances ait refusé de suspendre l’annuité en 2020, ce qui implique une dépense de 53 millions de francs? «Si le Conseil d'État n'avait pas décidé de supprimer cette annuité, la majorité de droite n'aurait pas pu la rétablir de manière démagogique.»

Le bureau du Cartel intersyndical appelle donc les députés à revoir leur copie d'ici à l'examen du budget 2020, les 12 et 13 décembre. Il invite aussi le Conseil d'État à présenter rapidement des amendements sérieux.

Attention aux perturbations

En attendant, la manifestation, programmée jeudi dès 17h, partira de la place Neuve pour gagner la Corraterie, les Rues-Basses, puis remonter vers l’Hôtel de Ville par la rue Verdaine et le Bourg-de-Four. La police est sereine. «Nous n'avons jamais eu de problèmes avec les manifestations du Cartel, indique Philippe Brandt. La mobilité sera cependant perturbée le long du cortège.»

Et la suite? «Si l’assemblée du personnel l’accepte, nous organiserons une autre manifestation le 12 décembre devant le Grand Conseil, premier jour du débat budgétaire en plénière, précise Françoise Weber. Cela pourrait s’accompagner d’une forme de débrayage. Nous avons écrit au gouvernement pour l'informer de possibles mesures de lutte plus fortes, dès la rentrée.»

Créé: 04.12.2019, 18h40

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