Céline Amaudruz a conduit en ignorant des mises en garde

DérapageInterpellée ivre au volant, la conseillère nationale genevoise a-t-elle bénéficié d’un passe-droit auprès de la police?

Avec 1,92‰ de taux d’alcool, Céline Amaudruz atteint presque quatre fois la limite légale.

Avec 1,92‰ de taux d’alcool, Céline Amaudruz atteint presque quatre fois la limite légale. Image: Georges Cabrera

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La soirée arrosée de la conseillère nationale UDC Céline Amaudruz n’est pas si banale. Malgré la mise en garde d’un chauffeur de taxi et d’une tierce personne, elle a pris le volant en état d’ébriété, dans la nuit du 10 au 11 décembre. Interpellée par la police, elle a pu téléphoner à tout va. Un passe-droit?

Pour rentrer chez elle, l’élue prend d’abord un taxi. Mais pour une raison qui reste à déterminer, elle le quitte et se fait déposer près de sa voiture. Frappés par son état d’ébriété, le chauffeur de taxi ainsi qu’une tierce personne la mettent en garde. Le professionnel la prévient qu’il va appeler la police. Rien n’y fait. Elle part seule sur la route. L’homme compose alors le 117.

Une patrouille repère le véhicule et lui ordonne de s’arrêter, sans succès. Interpellée au centre-ville, Céline Amaudruz se présente comme conseillère nationale, refuse l’éthylotest, crie au complot et au piège. Vient l’appel à l’aide. Elle annonce qu’elle téléphone au procureur général Olivier Jornot, avec qui elle a partagé autrefois les bancs du Grand Conseil. Malgré plusieurs tentatives, il ne répondra pas.

«Affaire d’ordre privé»

Elle finit par souffler avant d’être amenée au poste de la Servette pour un autre test plus fiable. Avec 1,92‰, elle atteint presque quatre fois la limite légale. Paniquée, elle contacte son avocat, le conseiller national PLR Christian Lüscher, avant de joindre carrément Guy Parmelin, conseiller fédéral UDC, qu’elle connaît de longue date et pour qui elle a fait campagne. Surpris, il demande à parler à un gendarme puis essaie de rassurer la Genevoise, la prie de se calmer et de coopérer. La porte-parole du Département fédéral de la défense «ne commente pas cette affaire d’ordre privé». Elle confirme toutefois que «Guy Parmelin a bien reçu un appel de Céline Amaudruz auquel il a répondu en tant qu’ami et non en tant que conseiller fédéral».

Les multiples coups de fil passés en présence de la police surprennent plus d’un représentant de l’ordre. «Céline Amaudruz n’aurait pas été une V.I.P, les policiers auraient été moins patients et lui auraient pris son téléphone», estime un agent. D’autres parlent de passe-droit. Quelles sont les règles? «Lorsqu’une personne prévenue d’un délit est entendue dans les locaux de la police, elle a le droit d’être assistée par un avocat ou une personne de confiance. La procédure n’indique pas explicitement le nombre d’appels autorisé, ni s’ils sont effectués par la personne elle-même ou par le policier. Par contre, l’enquêteur est présent lors des appels», répond le service presse de la police.

Peine pécuniaire

En conduisant en état d’ébriété, Céline Amaudruz risque une peine pécuniaire en jours-amende, avec sursis si elle n’a pas d’antécédents, ainsi qu’une forte amende. Son permis de conduire est suspendu jusqu’à la décision formelle de la Direction générale des véhicules. Contactée, l’intéressée n’a pas répondu à notre sollicitation. Quant à son avocat, il «n’infirme ni ne confirme rien s’agissant des faits tels qu’ils ont été relatés dans les médias». (TDG)

Créé: 23.12.2016, 21h22

1,92‰ = 1,5 bouteille de vin

Combien faut-il boire pour atteindre une alcoolémie de 1,92‰? Pour l’alcoologue Thierry Favrod-Coune, médecin adjoint au Service de médecine de premier recours des HUG, «cela dépend du sexe, du poids, des gènes et de la durée de consommation, le corps éliminant 0,15‰ d’alcool par heure». Il précise qu’«un alcotest expiré peut être faussement élevé si la dernière prise d’alcool est récente et que l’on ne s’est pas rincé la bouche, car l’appareil mesure alors l’alcool évaporé de la bouche et non du poumon. C’est le taux à la prise de sang qui devrait faire foi.» Ces précautions prises, le médecin estime qu’une femme de 65 kg ayant consommé de l’alcool durant quatre heures atteindra une alcoolémie de 1,92‰ en ayant bu une bouteille et demie de vin, ou 2,5 litres de bière, ou un peu moins d’une demi-bouteille d’alcool fort. «C’est une alcoolémie très élevée. Le jugement est altéré, et cela peut entraîner toutes sortes de réactions inadéquates ou exagérées, de la banalisation à la panique, que l’on n’aurait pas étant sobre.»
Sophie Davaris

Sévérité et empathie des politiques

Les déboires de Céline Amaudruz ont suscité hier de multiples réactions, sur les réseaux sociaux, mais aussi dans les partis. Sa propre formation, au niveau national, a indiqué que l’élue gardait ses fonctions. L’UDC attend la fin de la procédure pénale. «Elle garde toute ma confiance, déclare Marc Fuhrmann, président de l’UDC genevoise. C’est une bosseuse hors pair qui consacre beaucoup de temps et d’énergie à ses dossiers et je suis certain que cela ne changera pas.»

Dans d’autres partis, certains sont surtout surpris par la consommation d’alcool. «C’est énorme, ce n’est pas juste un verre de trop, avertit Bertrand Buchs, président du PDC et médecin. Elle doit faire attention. L’alcoolisme est un problème grave et triste.» Sa décision de conduire empire le tableau: «Le plus choquant, c’est qu’elle a pris le volant totalement ivre, alors qu’elle aurait pu prendre un taxi ou appeler Nez Rouge», déclare Ana Roch, présidente du MCG.

Mais c’est principalement le comportement de la parlementaire lors de son interpellation qui déchaîne les commentaires les plus durs, surtout à gauche.

«Mettre la police sous pression en se prévalant de son titre de conseillère nationale, refuser l’éthylomètre ou appeler jusqu’à un conseiller fédéral, sans doute dans l’espoir d’éviter la sanction: tout cela évoque une tentative de se soustraire aux conséquences de ses actes», estime Nicolas Walder, président des Verts, épinglant une attitude «irresponsable». Une démarche «inadmissible», selon la présidente du PS: «Cela donne une image déplorable, commente Carole-Anne Kast. Sa tentative ultérieure de communication était en outre malhonnête: en faisant mine de jouer la transparence, elle visait à étouffer les éléments les plus graves de l’affaire. L’un de nos membres s’est fait interpeller par le passé dans des circonstances semblables: il n’a appelé ni procureur ni conseiller fédéral, il a reconnu son erreur, payé son amende et s’est mis à la marche à pied.»

Les appels téléphoniques de la conseillère nationale inspirent davantage de mansuétude à Ana Roch: «Qu’elle ait ameuté toutes les personnes susceptibles d’interférer laisse penser qu’elle espérait bénéficier d’un passe-droit, ce qui est très maladroit, admet-elle. Mais c’est aussi une réaction humaine, sans doute liée à la panique.»

Cheffe de groupe du PLR, Nathalie Fontanet va plus loin. «Qui peut imaginer qu’elle ait voulu un passe-droit? demande la députée. Vit-on dans une république bananière où, face à la police, il suffit d’utiliser son téléphone pour échapper aux sanctions? Des élus ont déjà vécu la même chose et ont été punis. L’acharnement actuel sur les réseaux sociaux à son égard est sans doute lié à son appartenance politique. C’est désolant. On peut ne pas partager les idées de quelqu’un sans vouloir le mettre à mort. Veut-on qu’elle se pende?» Et d’exhorter: «Qu’on la laisse en paix! Elle a pris conscience de sa faute et l’a admise. Elle sera sanctionnée administrativement et pénalement et elle écope aussi d’une exposition médiatique qui ne frapperait pas M. ou Mme Tout-le-Monde.»
Marc Moulin

D’autres cas ici et ailleurs

Sous le regard public, les élus sont tenus à une certaine exemplarité pas toujours facile à observer. Stress, fatigue, crise personnelle aboutissent parfois à des débordements, dont la presse se fait l’écho aujourd’hui, alors qu’ils seraient probablement passés inaperçus il y a vingt ans. Autre temps, autres mœurs.

Mise à part l’affaire qui nous occupe, le dernier personnage public épinglé n’est autre que le procureur général, Olivier Jornot, pris dans la tourmente suite à une soirée arrosée en janvier 2016. On se souvient aussi de cette soirée du 31 décembre qui a finalement poussé au départ un conseiller d’Etat en 2012. Quand un élu mêle le volant et l’alcool, la polémique est vive et l’amende salée. Un magistrat onésien en avait également fait l’expérience 2007.

Les Genevois ne sont pas les seuls à déraper. On citera par exemple la dépression soignée au whisky du conseiller d’Etat neuchâtelois UDC Yvan Perrin en juin 2014, qui a provoqué sa démission. Marc Bretton

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