Même en cas de coup dur, le canton pourra nourrir ses habitants

AlimentationDistributeurs, maraîchers et douanes rassurent quant à l’approvisionnement du canton.

Des files se forment à l’entrée des magasins afin de respecter les distances adéquates.

Des files se forment à l’entrée des magasins afin de respecter les distances adéquates. Image: STEEVE IUNCKER-GOMEZ

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Depuis plusieurs jours, les images de rayons vides de supermarchés font le tour des réseaux sociaux. Et, depuis peu, celles des queues devant les commerces. Faut-il s’inquiéter de l’approvisionnement en nourriture dans notre canton?

Si l’épidémie persiste, si les employés du secteur tombent malades, si les frontières se ferment davantage, arrivera-t-on toujours à trouver de quoi remplir ses placards? Douanes, distributeurs et maraîchers se veulent rassurants, même si des adaptations devront être faites.

Depuis plusieurs jours en effet, c’est la razzia dans les supermarchés genevois. «Ce n’est pas la guerre, voyons!» Près des caisses de la Coop de Bernex, en milieu de matinée, deux vendeurs fulminent en constatant, impuissants, le flux de clients chargés de réserves pour plusieurs semaines. À pied d’œuvre, les employés ne cessent d’achalander à nouveau les rayons à mesure que ceux-ci se vident. En quelques minutes, les produits de base – lait, sel, œufs, beurre, etc. – sont déjà introuvables, comme dans la plupart des magasins. L’assaut a également été lancé sur le papier-toilette, les aliments frais et congelés, mais aussi les produits pour renforcer le système immunitaire, nous disent les commerçants.

Appel au calme

Mercredi matin, le porte-parole de Migros constatait une légère accalmie. Mais désormais, des files d’attente se forment devant les portes d’entrée des commerces. Car pour certains, il s’agit maintenant de faire entrer les clients au compte-gouttes afin de respecter les distances réglementaires. À la campagne aussi, certains producteurs de fruits et légumes ne laissent entrer que cinq visiteurs à la fois.

«Les gens doivent savoir que nous sommes là et que nous travaillons pour les nourrir»

Alors, faut-il s’inquiéter pour son garde-manger? Les distributeurs ne cessent de rassurer, rappelant que leur réapprovisionnement n’est pas menacé par l’épidémie. La branche tout entière martèle le même message: il ne sert à rien de faire des provisions. «La production se maintient et le réapprovisionnement est fait tous les jours», confirme à son tour Sofia Conraths, chargée de communication chez Manor. Aldi a connu quelques difficultés de livraison, notamment de la part des fournisseurs italiens, mais «nous avons jusqu’à présent pu bien couvrir ces manques individuels avec des articles alternatifs, explique Éric Marbach, du service de presse d’Aldi. Les achats de stockage ne sont actuellement pas nécessaires. La livraison de marchandises à nos filiales continue à être garantie.»

Du côté des maraîchers genevois, on assure aussi que la production suit son cours et suffit à approvisionner le canton. Même si les commandes de la part des grands distributeurs ont augmenté de 30% ces derniers jours. «Les gens doivent savoir que nous sommes là et que nous travaillons pour les nourrir, explique le directeur de l’Union maraîchère (UMG), Xavier Patry. Il ne sert à rien de faire des réserves de produits frais en grande quantité qui finiront à la poubelle.» D’autant que le début du printemps coïncide avec l’arrivée de légumes en quantité dans les rayons.

Toutefois, l’évolution de la situation pourrait avoir un impact sur le secteur. «Si les restrictions aux frontières venaient à se renforcer, par exemple, étant donné que nous comptons un grand nombre de travailleurs frontaliers», poursuit Xavier Patry. Mais aussi si les employés venaient à tomber malades. Pour éviter ce cas de figure, d’importantes mesures d’hygiène ont été prises depuis deux semaines, deux équipes distinctes travaillent sur le site en alternance et respectent les distances de sécurité. Dans leurs deux magasins de Carouge et de Perly, des restrictions ont été décidées. Seules cinq personnes peuvent se trouver en même temps dans le commerce. Un défi va néanmoins se poser pour l’UMG: dénicher des travailleurs saisonniers en nombre suffisant.

Dans les grandes surfaces aussi, on dit avoir pris des mesures pour protéger les employés. Des vitres en plexiglas ont été installées à la Coop de la Praille, par exemple. Mais si une vague de contamination touchait ces filiales? Le fonctionnement des supermarchés et le flux de clients pourraient-ils être touchés? La grande distribution dit avoir prévu divers scénarios de crise, sans les décrire. «Nous avons des collaborateurs supplémentaires qui soutiendraient les collègues dans les supermarchés en cas de sous-effectifs», nous dit-on du côté de Manor.

Les effectifs ont déjà été renforcés chez Aldi. «Nos filiales sont désormais approvisionnées quotidiennement avec la gamme complète de produits, ajoute Éric Marbach. Dans ce contexte, nous déployons actuellement davantage de personnel. Dans certains cas, nous faisons également appel à des travailleurs temporaires supplémentaires.»

Pour les grandes surfaces, les restrictions aux frontières pourraient-elles entraîner le blocage de l’approvisionnement? Non, répond l’Administration fédérale des douanes. «Les mesures touchent les personnes et non les marchandises», explique Donatella Del Vecchio, porte-parole.


L'interdiction des marchés passe mal

La question est légitime: si les grandes surfaces peuvent poursuivre leurs activités, pourquoi interdire les marchés alimentaires en plein air? «Cette interdiction est une erreur d’appréciation, fulmine Willy Cretegny, président de l’Association des marchés de Genève. On ne conteste pas les mesures d’urgence, mais notre activité est la même que celle des magasins, elle se tient simplement en extérieur. Priver les petits producteurs d’écoulement, c’est grave!» poursuit le vigneron de Satigny.

Comme lui, le Mouvement pour une agriculture paysanne et citoyenne (MAPC) se dit «choqué» et «consterné». Il estime que l’on pousse la population vers la grande distribution, «comme si elle était seule garante de l’approvisionnement alimentaire en Suisse». Malgré l’inflexibilité de l’ordonnance fédérale, les marchands ne s’avouent pas vaincus. Willy Cretegny a ainsi fait des propositions au Conseil d’État. La première – occuper la plaine de Plainpalais mais en espaçant les stands – a été refusée.

Sur ce point, la position du Conseil fédéral est stricte. La seconde proposition des marchands genevois consiste à utiliser les grands espaces vides du futur quartier Praille-Acacias-Vernets pour y créer une halle dans laquelle les marchands pourraient s’installer en respectant les distances. Cette proposition, Willy Cretegny l’a fait parvenir aux autorités cantonales mercredi matin et il attend désormais une réponse. En parallèle, l’Union maraîchère de Genève (qui fournit la grande distribution) s’est mise à disposition des petits producteurs (dont l’activité se limite aux marchés) afin qu’ils puissent écouler leur marchandise.

Sur le fond, Willy Cretegny ne lâche rien de son combat contre le libre-échange. Bien au contraire. «La crise que nous traversons doit être une raison supplémentaire de privilégier la production locale. La fermeture des restaurants a privé les vignerons genevois d’un débouché pour leur marchandise pendant que les grandes surfaces vendent leurs vins et leurs produits étrangers sans barrière. Pour aider les producteurs locaux, il ne faut pas des aides ou des prêts de l’État: on ne veut pas s’endetter, juste vendre nos produits.»?L.D.S.

Créé: 19.03.2020, 06h59

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