«Le cas Barazzone montre qu’il faut fixer des règles»

Voyage bis à Abu Dhabi Le Ministère public ouvre une procédure suite aux déclarations du conseiller administratif sur un voyage offert par un ami. Le besoin d’un cadrage s’accroît.

Guillaume Barazzone devra prouver le caractère irréprochable de ce voyage.

Guillaume Barazzone devra prouver le caractère irréprochable de ce voyage. Image: LAURENT GUIRAUD

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Ce qui a commencé par une question pas trop méchante d’une élue au Conseil administratif de la Ville de Genève prend une vilaine tournure pour Guillaume Barazzone, désormais dans le collimateur de la justice. «Je ne m’attendais pas à cela, mais je salue le fait que le Ministère public ouvre une enquête approfondie, réagit Maria Pérez, la conseillère municipale d’Ensemble à Gauche qui a posé la question. Ce qui me stupéfie, c’est que le Conseil administratif ne se soit pas encore manifesté.»


Lire aussi l'éditorial: Le cas Barazzone


D’ores et déjà, et quoi que découvre le Parquet, la socialiste Albane Schlechten estime qu’il y a une leçon à tirer des affaires de voyage de Pierre Maudet et de Guillaume Barazzone: «Nous avons visiblement un problème de définition de ce qu’est un avantage et à quel moment un cadeau ne doit pas être accepté, explique la conseillère municipale. Genève a besoin de légiférer, à tous les niveaux, pour préciser les règles en la matière!»

Transparence exigée

Député et conseiller municipal, le MCG Daniel Sormanni est également de cet avis. Et il estime que c’est la Commission de contrôle de gestion du Grand Conseil qui devrait s’atteler à ce travail. Le chantier ne semble toutefois pas encore entamé. Seul Ensemble à Gauche a déposé au parlement un projet de loi sur ce thème, mais ciblé uniquement sur le Conseil d’État. Il attend patiemment son tour en Commission législative. La seconde leçon que tirent la plupart des élus de la Ville, c’est que la transparence n’est plus une option mais une nécessité. «La population n’accepte plus que les choses se fassent en catimini, commente Uzma Khamis Vannini, conseillère municipale écologiste. Elle veut que l’on fasse de la politique autrement.»

Concernant le cas Barazzone proprement dit, les conseillers municipaux se montrent prudents. À raison car ce n’est pas encore une affaire Maudet bis, même si les ingrédients de départ sont très similaires. Le conseiller administratif et conseiller national Guillaume Barazzone devra s’expliquer devant la justice sur son séjour à Abu Dhabi en novembre 2017 ainsi que sur le financement de ce voyage, a informé mercredi le Ministère public. À nouveau, c’est le soupçon d’acceptation d’un avantage qui motive la justice.

Pas de mise en prévention

Précisons toutefois qu’on en est qu’au tout début de la procédure pénale. L’élu PDC est invité à formuler des observations écrites sur ce voyage en tant que «personne appelée à donner des renseignements». Ce n’est que si cette enquête préliminaire révèle des faits suspects qu’une demande de levée d’immunité pourrait être formulée. Sitôt l’information rendue publique, Guillaume Barazzone a fait savoir par écrit qu’il allait «pleinement collaborer avec le Parquet et transmettre toutes les pièces et explications au Ministère public qui démontreront qu’il s’agit bien d’un voyage privé». Il a également précisé qu’il réservait désormais l’intégralité de ses propos sur cas au Parquet.

Avec des invités de marque

L’existence de ce voyage a été révélée le 17 octobre par l’intéressé lui-même au Conseil municipal à la suite d’une question posée au Conseil administratif sur l’existence ou non de voyages offerts par des tiers à des membres de l’exécutif. Il a admis avoir séjourné à Abu Dhabi du 23 au 26 novembre 2017 sur l’invitation d’un ami, un avocat espagnol résidant sur place. Le conseiller administratif a précisé qu’il avait assisté au Grand Prix de Formule 1 et que ce voyage était d’ordre strictement privé.

Une vidéo, retrouvée mardi par la «Tribune de Genève» et la RTS, le montre toutefois lors de la course au milieu de dirigeants du monde entier et de hauts dignitaires d’Abu Dhabi. Guillaume Barazzone explique qu’il a été convié dans cette tour réservée aux invités de marque pendant quelques minutes par le patron de MSC, numéro deux mondial du transport maritime, qui a son siège à Genève (lire ci-dessous). «Je n’ai reçu aucune invitation du régime dans ce voyage et je n’ai traité aucune affaire publique», assure-t-il.


Le géant genevois des mers qui va investir un milliard

Diego Aponte se serait bien passé de se retrouver sous les projecteurs, en figurant sur la même photo que le conseiller administratif et conseiller national Guillaume Barazzone, et le vice-président des Émirats arabes unis Mohammed ben Rachid Al Maktoum.

Selon MSC, la présence de ce chef d’entreprise genevois, qui règne sur un empire de la branche maritime, était liée à la préparation d’une grosse affaire avec cet émirat. «Diego Aponte était à Abu Dhabi en novembre 2017 pour discuter d’un éventuel investissement dans le port de Khalifa, pour un terminal conteneur, qui a été annoncé en mai 2018», indique Giles Broom, porte-parole du groupe MSC.

La multinationale a alors signé un contrat de trente ans avec Abu Dhabi Ports, en s’engageant à investir environ un milliard de francs. Selon Guillaume Barazzone, c’est Diego Aponte qui l’a fait entrer dans l’impressionnante tour de contrôle qui domine le circuit de Formule 1. Les deux hommes se connaissent. Et un acte politique du conseiller national a beaucoup plu au patron de MSC. En septembre 2014, Guillaume Barazzone dépose une motion au Conseil national pour introduire dans les lois fiscales une «taxe tonnage». Il s’agit d’une forme de forfait fiscal lié aux bénéfices dégagés par l’activité maritime. Pour Guillaume Barazzone, il s’agissait de développer par ce biais la présence des sociétés d’armement maritime en Suisse.

Après examen, le Conseil fédéral a alors jugé que ce type de disposition fiscale devait plutôt être introduite au niveau cantonal. Aujourd’hui, MSC est toujours aussi intéressé à fixer dans les lois une telle taxe. Considéré comme le numéro deux mondial du transport de marchandises par bateau, MSC emploie 47 000 collaborateurs et exploite une flotte de 510 navires commerciaux. Un véritable géant des mers. Malgré son gigantisme, cette société est familiale.

C’est l’Italien Gianluigi Aponte qui l’a fondée avant de l’établir à Genève il y a quarante ans. Et c’est son fils, Diego, qui la préside et la dirige aujourd’hui. Diego Aponte a déjà défrayé la chronique, en mai, lorsque la Neue Zürcher Zeitung a révélé qu’il avait offert au conseiller d’État Pierre Maudet de rentrer ensemble dans le jet privé de MSC, après la visite d’une délégation économique suisse à Téhéran, en février 2016.

MSC est aussi connu, cette fois du grand public, comme opérateur de croisières. Cette division occupe 23 000 personnes et gère 15 grands navires. Ensemble, le groupe salarie donc 70 000 collaborateurs et réalise un chiffre d’affaires d’environ 25 milliards de francs. À Genève, la quasi-totalité des mille employés de MSC travaille pour l’activité cargo. Le siège de MSC se situe au chemin Rieu. En 2013, la compagnie a déboursé 75,5 millions de francs pour en être propriétaire.

Roland Rossier

Créé: 25.10.2018, 07h11

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