En «carver» pour surfer sur le bitume carougeois

Ces Genevois qui se déplacent différemment (5/6)Entre son magasin et son logement, Yvan «Pec» revit ses plus belles vagues de Floride sur un type de skate particulier.

Loin de l’océan, mais toujours au contact de l’eau sur la place du Théâtre de Carouge.

Loin de l’océan, mais toujours au contact de l’eau sur la place du Théâtre de Carouge. Image: Georges Cabrera

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«Inutilisable en montée», «difficile à freiner en descente», «sans voie consacrée» ou encore «complètement inadapté au mauvais temps»… C’est un euphémisme, Yvan «Pec» n’est pas tendre avec le skate, son moyen de transport au quotidien. «Honnêtement, je ne le conseille pas. Dites aux gens de faire du vélo. En plus, ça pourrit les chaussures!» Circulez donc, il n’y a rien à voir.

Et pourtant, à bien le regarder tracer sa route, l’observateur est comme happé. La souplesse du mouvement. Cet amour des courbes communicatif. Si la ligne droite est le moyen le plus court de rallier un point A – son appartement de la rue de la Fontenette – à un point B – son atelier de tatouage de la rue Roi-Victor-Amé – Yvan enchaîne les virages, comme pour faire durer le plaisir. «C’est une caractéristique propre à ce type de skate, un carver. L’axe avant pivote sous la pression du corps et la planche plonge à droite… puis à gauche. Les angles sont serrés, le mouvement est fluide, on a la sensation de glisser sur une vague.»

University of West Florida

Loin, très loin des côtes de Pensacola, en Floride, où il a fait ses classes, l’ex-trésorier du club de surf de l’Université de Floride-Ouest (UWF) a ainsi pu trouver un substitut à sa passion. «J’ai découvert le carver il y a un an aux Etats-Unis. Tous les magasins spécialisés vendent ça comme un bon moyen de surfer hors saison. Et comme ici, ce n’est jamais la saison…» La planche s’achète aussi en Suisse, moyennant 350 fr. environ.

Quelques coups de pied et nombre de virages plus tard, Yvan regagne la petite place du Théâtre de Carouge. Un détour sur son trajet quotidien? Un passage obligé pour de meilleures sensations. «Les grosses roues sont adaptées à pratiquement toutes les surfaces, analyse Yvan. Mais les grandes dalles lisses de la place offrent des conditions de glisse optimales.» Tout comme le goudron neuf qui recouvre souvent les conduites de gaz le long des routes. «En général, je préfère la chaussée au trottoir, confie le tatoueur. Une question de revêtement, mais aussi de sécurité.»

A contresens en fin de soirée

Au rang des dangers auxquels doit faire face le skateur, Yvan mentionne les piétons «le nez dans leur portable» et les cyclistes, dont il emprunte volontiers les voies de circulation. «Le skate n’est pas un moyen de transport très sûr, surtout la nuit. On n’a pas de lumière, on se tient plutôt droit, offrant un profil peu voyant, filiforme.» En un an de pratique, il n’a pour le moment eu qu’un accident. Un accrochage avec un vélo tout au plus. «C’était en rentrant de soirée. Je roulais à contresens sur une piste cyclable. Je me suis retrouvé au sol. L’autre personne n’est pas tombée.»

Pas de quoi désirer une voie réservée aux skates pour autant. «Ce n’est juste pas l’esprit», assure Yvan. Le tatoueur aimerait pratiquer entre amis le long du lac mais connaît peu de propriétaires de carver. Quant au skatepark, il rêve de se lancer dans le bowl comme à ses plus belles heures. «Mais je vieillis et le carver est un skate de papa. J’aurais l’air ridicule sur la plaine de Plainpalais.»

En skate, pas de pastèques

Rue Ancienne, rue du Marché, place du Marché, la ville défile. «Parfois, je m’arrête au supermarché. Avec le skate dans une main et le panier dans l’autre, il ne faut pas espérer acheter des pastèques», s’amuse Yvan. Après un virage serré pour entrer dans la rue Vautier, le tatoueur touche au but. Encore 100 mètres et le voilà arrivé à destination, la rue Roi-Victor-Amé. «C’est quand même génial sur une petite distance. Ça me relaxe, je prends du plaisir.»

Et sur une grande distance? «Je ne ferais pas plus de deux ou trois kilomètres avec, lâche le tatoueur. Ou alors, il faut considérer son skate comme complément au réseau TPG. C’est un moyen de transport idéal entre deux bus.» Une dernière astuce permet d’aller plus loin, plus vite en carver. Resserrer les axes de ses roues pour limiter les virages. «C’est pratique, mais j’évite, conclut Yvan. Sans virage, pas de surf. Que ce soit dans le golfe du Mexique ou sur le bitume carougeois.»

Créé: 10.08.2017, 17h36

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