Le canton devrait agrandir son parc arboré d’au moins 20%

GenèveUne recherche universitaire révèle que Genève manque d’arbres et montre où et comment en planter davantage.

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur?

On vante souvent la quantité de parcs et d’espaces verts à Genève. Mais une étude publiée hier pointe un manque d’arbres dans le canton. Après trois ans de travail, des chercheurs de l’Université et de l’Hepia (Haute école du paysage, d’ingénierie et d’architecture), appuyés par un panel de personnes issues de bureaux privés et de la société civile, ont établi une cartographie des endroits où ce déficit est le plus important (voir ci-contre). Pour le combler, les auteurs de l’étude «Nos arbres», mandatée par la Ville de Genève et financée par le fonds communal G’innove, émettent une série de recommandations.

Les communes devront planter beaucoup de nouveaux arbres afin que la population puisse partout bénéficier des nombreux services qu’ils rendent. Mais à terme, le concours des propriétaires fonciers privés sera également nécessaire.

Un rempart contre le chaud

Les arbres nous procurent de l’ombre en été, tout en rafraîchissant l’atmosphère en milieu urbain, ils atténuent le bruit, améliorent la qualité de l’air en captant le CO2, les particules fines et l’ozone, servent d’habitat à de nombreuses espèces vivantes et agrémentent le paysage, entre autres bienfaits. En fonction des endroits où ces différents besoins se font le plus ressentir, des zones prioritaires pour l’implantation d’arbres ont été définies.

Si la présence sur cette liste de lieux tels que les Pâquis, Plainpalais ou la Praille semble logique, celle de communes comme Anières est plus surprenante. «Il ne faut pas forcément planter de nouveaux arbres aux endroits où il y en a le moins, mais là où ils peuvent être le plus utiles», nuance Martin Schlaepfer, chargé de cours à l’Institut des Sciences de l’Environnement, qui a dirigé le projet. Par exemple, le rôle des arbres dans la continuité des corridors biologiques fait partie des critères pris en compte.

Grâce aux images aériennes du territoire cantonal, on estime le nombre total d’arbres à Genève à environ 1,2 million. Mais ce qui intéresse surtout les chercheurs, c’est la canopée et l’ombre qu’elle donne. Sur l’ensemble du canton, la part de sol ombragé par les arbres représente 21% du territoire. C’est davantage qu’à Sydney (15%) ou Copenhague (16%), mais bien moins qu’à Barcelone (25%), Lyon (27%) ou Washington (39%). «À Genève, nous proposons de viser les 25% d’ici à 2050, lance Martin Schlaepfer. C’est relativement modeste par rapport aux objectifs d’autres villes dans le monde, qui montent jusqu’à 49%, mais cela représente quand même 9,6 km2 de surface arborée en plus.» Soit une augmentation de près de 20%.

Pour atteindre ce but, il va non seulement falloir préserver les arbres existants et les laisser croître, mais en planter beaucoup d’autres. «En moyenne, chaque commune devrait planter cent nouveaux arbres par année pendant quinze ans», précise Martin Schlaepfer. Si la Ville de Genève dépasse cet objectif avec 750 arbres plantés ces cinq dernières années (soit 150 par an), on imagine que les plus petites communes en sont très loin.

Peu d’endroits disponibles

La tâche est d’autant plus ardue que la plupart des lieux où il s’agirait idéalement de planter des arbres ne s’y prêtent pas. Le principal obstacle, ce sont les réseaux souterrains (égouts, eau, gaz, électricité, télécoms, etc.) et aériens (caténaires de trams et trolleybus, etc.), qui rendent très compliquée, ou coûteuse, l’implantation d’arbres à certains endroits, en particulier sur les trottoirs. «Si on soustrait ces surfaces, plus celles où il y a des bâtiments, des routes et des cultures, il ne reste plus que 4 ou 5 km2 de zones prioritaires disponibles, sur les 9,6 km2 que nous visons, explique Martin Schlaepfer. C’est pourquoi il faudra aussi inciter les propriétaires privés à planter des arbres chez eux.»

Une fois qu’on a déterminé où planter de nouveaux arbres, reste à savoir lesquels choisir. L’étude «Nos arbres» recommande des essences méridionales, comme le micocoulier de Provence, le sophora du Japon ou le chêne vert, qui auront davantage de chances de résister au réchauffement climatique. De même, il faudrait au moins 20% de futurs très grands arbres, qui rendent proportionnellement plus de services que les individus plus petits. Mais qui ont également besoin de plus de place pour leurs racines.


«Il faut végétaliser la ville»

Conseiller administratif chargé des espaces verts en Ville de Genève, Guillaume Barazzone a donné l’impulsion de départ pour le projet «Nos arbres». Il en commente les résultats.

Guillaume Barazzone, quels enseignements tirez-vous du projet «Nos arbres»?

Je note que, même si nous plantons déjà beaucoup d’arbres en ville de Genève, nous devrons en faire davantage à l’avenir. Ce qui est très utile pour nos services, c’est que l’étude donne des conseils pratiques, en expliquant par exemple quelles essences d’arbres captent le plus de CO2, ou lesquelles résistent le mieux au réchauffement climatique.

Planter des arbres, surtout des grands comme le préconise l’étude, coûte cher. La Ville est-elle prête à s’en donner les moyens?

Il nous manque un mécanisme pour financer la végétalisation des quartiers, comme celui dont dispose Bâle avec son fonds vert alimenté par la taxe sur les déclassements de terrains. Mais il faut aussi anticiper davantage, car ce qui coûte cher, ce n’est pas l’arbre en tant que tel, mais les travaux de génie civil pour lui aménager une fosse. Nous devons donc agir en amont des projets d’aménagement, car planter des arbres après coup coûte encore plus cher.

Selon les chercheurs, le projet du PAV (Praille-Acacias-Vernets) ne prévoit pas assez d’arbres. Qu’en pensez-vous?

D’une manière générale, c’est aussi mon impression. Mais la Ville et le Canton sont en train d’y réfléchir. Si on veut densifier la ville, il faut la végétaliser. (TDG)

Créé: 14.09.2018, 07h29

Articles en relation

Nyon renforce la protection de ses arbres

Environnement Dans son nouveau règlement, la Ville propose d’élargir la protection à une grande partie du couvert végétal. Plus...

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.