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Le cannabis débarque dans les kiosques et fait un tabac

Le produit est légal car très faible en THC. Les buralistes annoncent de très bonnes ventes. De quoi concurrencer le marché noir?

Les buralistes qui disposent de cannabis légal depuis deux semaines jubilent.
Les buralistes qui disposent de cannabis légal depuis deux semaines jubilent.
Georges Cabrera

Le cannabis légal débarque à Genève. Depuis deux semaines, on l’achète en kiosque. En vente libre, comme des cigarettes. La nouvelle s’est répandue comme une traînée de poudre. Les buralistes qui en disposent jubilent. D’autres en cherchent désespérément. «Je n’en ai pas, se lamente une gérante d’un kiosque aux Acacias. Mais depuis trois jours, on ne parle que de ça et plein de clients m’en réclament.»

Pour en trouver, il faut monter… sur les hauts de Champel. Dans le magasin de Firouz Husseini et de sa femme Gisely, avenue de Miremont. «Ça marche très, très fort, se réjouit cette dernière, avant de plaisanter: Je crois que je vais arrêter de vendre des cigarettes.» En dix jours, elle a vendu une cinquantaine de petits pots. C’est modeste comparé aux ventes de leur magasin de la Servette. «Ici, nous en avons déjà vendu 150», glisse son mari. A 62 fr. 50 le pot de 5 grammes, cela représente un chiffre d’affaires de 9000 francs environ. Rien à voir avec la vente de chewing-gums! Par ailleurs, le prix est proche de celui du marché noir.

Molécule relaxante

Du cannabis légal? Oui, car sa teneur en THC, la substance interdite, est inférieure à 1%. En revanche, il contient du cannabidiol, une molécule qui décontracte. En résumé, ce nouveau produit ne «pète» pas, mais il relaxe et aurait par ailleurs des effets curatifs ou antidouleur.

C’est justement ces propriétés que recherchent les acheteurs, lassés des produits trop forts que l’on trouve sur le marché noir, si l’on en croit les buralistes. «Des gens de tout âge en achètent, raconte l’un d’eux aux Eaux-Vives, qui préfère rester anonyme. J’ai même un malade de Parkinson qui me dit prendre moins de médicaments.» Selon lui, le prix n’est pas rédhibitoire. «Ici, tout ce qui est cher se vend. Surtout les produits faits en Suisse.»

La vente de cannabis légal cartonne à Zurich et à Berne depuis plusieurs mois. Plusieurs sociétés s’activent sur ce marché. A Genève, CBDlivraison vient d’entamer ses activités avec des petits pots blancs. Son patron peine à nous consacrer du temps tant il court de gauche à droite pour ses livraisons. «Nous contrôlons toute la chaîne de production, explique Nicolas Perez. Le cannabis est cultivé en Suisse alémanique et nous faisons analyser notre produit par des laboratoires agréés pour s’assurer que le taux de THC ne dépasse pas 1%.» Il s’occupe ensuite du conditionnement et de la vente.

Il a lancé son entreprise avec prudence. Car si la vente de ce produit est autorisée depuis 2011, la législation est peu connue. «J’ai averti les autorités sanitaires et la Brigade des stupéfiants. Personne n’a vraiment compris de quoi je leur parlais. Seul l’Office fédéral de la santé m’a prévenu que je ne pouvais pas utiliser l’argument des effets thérapeutiques dans mon marketing.» Il relève toutefois que plusieurs de ses clients sont des malades chroniques.

Il fournit une quinzaine de kiosques, mais son téléphone ne cesse de sonner. «En Suisse, il y a une quinzaine de petites sociétés de distribution. Le marché est embryonnaire mais il va exploser. Il peut peser des milliards.»

Taxe sur le tabac

Pour l’heure, il paie la TVA à 8%, comme les produits agricoles. «Mais on veut me faire payer la taxe sur le tabac. C’est contestable, car tous les consommateurs ne fument pas le cannabis. Certains le prennent en tisane, d’autres en font du beurre.» Il a aussi décidé d’interdire la vente au moins de 18 ans. «C’est mon choix, mais rien ne m’y oblige.»

On le voit, si le produit est légal, il n’a pas encore trouvé sa place dans le dédale des taxes et des politiques de prévention. La police, elle aussi, se montre dépourvue. Que va-t-elle faire si un consommateur appréhendé avec du cannabis affirme qu’il est légal? La question viendra avec la pratique. Pour l’heure, la police se contente d’affirmer: «Nous n’avons aucun problème avec ce phénomène mais nous restons attentifs à son développement. Il va de soi que toute activité contraire à la Loi sur les stupéfiants serait sanctionnée.»

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