Canicule: distribution d’eau aux plus démunis

PrécaritéLa Ville de Genève organise des tournées auprès des sans-abri et des grands précaires pour les prévenir des effets de la chaleur.

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Michel est assis sous un porche, les jambes étendues sur son sac de couchage. Un caddie à ses côtés garde ses biens. Farah Mahieddine, travailleuse sociale de la Ville de Genève, s’accroupit à sa hauteur et s’enquiert de sa prochaine hospitalisation en lui tendant une bouteille d’eau fraîche. «Vous voulez vous doucher avant de rentrer à l’hôpital?» demande-t-elle avec douceur. «Non, pas besoin.»

Il est 16h ce jeudi après-midi, le thermomètre affiche 39?°C. A l’instar des pics de grand froid, la canicule met en péril les plus vulnérables. Face à ce constat, et pour la première fois cette année, lorsque les températures dépassent 34?°C, des travailleurs sociaux de la Ville, assistés d’astreints à la protection civile rattachés au Service d’incendie et de secours, font des tournées de prévention canicule auprès des grands précaires et des sans-abri.

La chaleur pire que le froid

Les sans-abri sont des personnes au profil très divers, qui dorment dehors, faute de mieux. Aucun recensement n’existe, mais la Ville évalue qu’entre 200 et 300?d’entre eux dorment sur son territoire. Une autre catégorie encore plus vulnérable est celle des grands précaires; la Ville en recense une trentaine.

De qui s’agit-il? «Ce sont des grands exclus qui vivent isolés, ne recherchent pas le contact et en ont très peu; des personnes dont la santé mentale et physique est extrêmement fragile, qui sont déconnectées de leur corps», observent Farah Mahieddine et Valérie Spagna, responsable des hébergements d’urgence et du suivi de cette population. Nous embarquons dans le second bus qui va à leur rencontre.

«Pour les grands précaires, la chaleur est plus dangereuse que le froid, explique Valérie Spagna en chemin. L’été, un manque d’hygiène entraîne des infections plus fréquentes. Beaucoup ont des problèmes d’incontinence et restent dans leur saleté durant plusieurs jours, voire plusieurs mois.»

C’est le cas de cet homme, signalé au début de juillet: «Il était dans un état d’hygiène déplorable et n’avait ni mangé ni bu depuis un jour ou deux», se rappelle Farah Mahieddine. Il a été hospitalisé et est ressorti le lendemain. Depuis, le service le suit. Mais cet après-midi, il n’est pas sur son banc habituel du parc Bertrand. «La journée, certains vont à l’aéroport, à la gare ou dans des centres commerciaux pour se rafraîchir et se fondre dans la masse», explique Valérie Spagna.

«L’eau n’est qu’un outil»

On croise deux grands précaires dans le hall de la gare. L’un accepte la bouteille d’eau, l’autre non. «On leur dit que la bière rafraîchit, mais qu’il faut penser à l’eau, sans être moralisateur», résume Farah Mahieddine. Devant la gare, la travailleuse sociale va trouver une femme qu’elle suit depuis plusieurs années. Un léger sourire s’esquisse alors sur le visage usé et la discussion démarre.

«L’eau n’est qu’un outil pour rentrer en contact et évaluer l’état de la personne», explique Farah Mahieddine. Et ensuite? «Nous proposons de l’aide. Parfois les démarches à entreprendre nous semblent simples, mais si la personne ne veut pas les faire, cela peut prendre des mois, voire des années, jusqu’à ce qu’elle régularise sa situation. Certaines personnes sortent de la précarité. Mais c’est un travail de longue haleine.»

En attendant, la jeune femme sait que ses visites personnalisées «aident un peu». Et humanisent. A Plainpalais, un homme sort de sa grogne alcoolisée pour poser avec elle sur une photo. «Farah, c’est la meilleure», dit-il. «Tu ne veux pas de l’eau?» répond-elle. L’homme montre sa bière en refusant. Dans un sourire, Farah Mahieddine retourne tout de même chercher une bouteille au camion et la lui tend. «S’il a pris une bouteille d’eau, je suis tranquille», explique-t-elle en reprenant la route.

Créé: 17.07.2015, 17h30

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