Mauro Poggia: «Je suis le candidat des Genevois, pas seulement celui du MCG»

Élection au Conseil d’ÉtatLe magistrat ne souhaite pas représenter des slogans. Il préconise le bon sens. Pur opportunisme? Les Genevois adhèrent.

La popularité de Mauro Poggia contraste parfois avec l’appréciation des acteurs qui le côtoient sur le terrain.

La popularité de Mauro Poggia contraste parfois avec l’appréciation des acteurs qui le côtoient sur le terrain. Image: Laurent Guiraud

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Conseiller d’État en charge de l’Emploi, des Affaires sociales et de la Santé, Mauro Poggia dort entre cinq et six heures par nuit; sept heures le week-end. Et il note tout précisément dans son smartphone! Le magistrat MCG n’est pas pour autant un drogué de la politique: «Pour moi, c’est un jeu intellectuel.» Un jeu visiblement payant auprès des électeurs. Interview.

Vous êtes arrivé deuxième au premier tour. Quelle est la recette de votre popularité?
Je gère des sujets qui sont souvent sur le devant de la scène. Cela me permet d’avoir de la visibilité. Et puis j’ai mené une politique dans la nuance avec des explications compréhensibles pour la population, malgré la complexité des dossiers.

Tranquille pour le second tour?
On n’est jamais tranquille, même si c’est mieux de partir devant. Il y a toujours une part d’irrationnel dans toute élection. On peut aussi craindre une démobilisation.

Avec le MCG, vous êtes le chantre de la préférence cantonale. Pourtant, vous faites campagne en solo, sans mention de votre parti. Le MCG serait-il soudain devenu un boulet pour vous?
Je vais vous étonner, mais ce n’est pas moi qui ai demandé de ne pas mentionner le parti sur les affiches. Ses responsables ont constaté que je touchais des gens plus loin que le parti, qu’il ne fallait pas me mettre une étiquette qui dissuaderait certains de voter pour moi, que je devais être le candidat des Genevois.

Votre parti veille sur vous…
Il n’est en tout cas pas égocentrique. De mon côté, je n’ai jamais eu l’ambition de ne parler qu’à des électeurs MCG, c’est comme ça que je conçois un parti citoyen. Je ne suis pas là pour représenter des slogans, mais une politique de bon sens.

On vous attribue volontiers deux visages: l’un progressiste, l’autre conservateur. L’ambivalence serait-elle votre marque de fabrique? Voire l’opportunisme?
L’opportunisme n’est pas un vilain mot; il ne faut pas le confondre avec l’arrivisme. On doit savoir saisir les occasions qui se présentent pour porter les idées auxquelles on croit. J’ai été qualifié d’opportuniste quand j’ai quitté le PDC. Pourtant, il voulait que j’attende avant de me présenter et moi je me sentais prêt.

Nombreux sont ceux qui vous reprochent des effets d’annonce peu suivis de réalisations concrètes. Que leur répondez-vous?
Alors ça… Ces critiques, je les ai entendues seulement en période électorale. Certains disent: «Poggia parle beaucoup mais ne fait rien.» Ce sont des accusations à l’emporte-pièce! Je ne suis pas un politique classique, j’ai été avocat pendant trente ans. Parler sans suivi, c’est pire que de ne rien faire pour moi. On m’a reproché d’avoir promis que j’allais faire baisser les primes maladie (lire ci-dessous), alors qu’il a toujours été question de les contenir.

On vous accuse d’avoir divisé les acteurs de la santé: HUG contre médecine privée. Allez-vous répondre à la main que vous tend le privé en vous invitant aux Assises de la santé?
J’ai justement discuté de cela lundi avec Monsieur Rufenacht (Ndlr: président des cliniques privées). Je n’ai aucun problème à participer à des assises, à condition que l’on discute de problèmes généraux et non pas de défendre les prés carrés des uns et des autres. À ce sujet, si j’avais été opportuniste, je n’aurais pas lancé ce pavé dans la mare sur les rémunérations des médecins en janvier…

Vous le regrettez?
Non, ce n’était pas une lubie. Et cela a eu un double effet: lever un tabou sur la rémunération et voir le vrai visage de certains interlocuteurs qui disent se préoccuper des patients mais défendent avant tout leur revenu. Lorsque j’ai critiqué la grève des chirurgiens, on m’a traité de populiste et d’électoraliste, mais personne n’a dit qu’il était inadmissible de prendre les patients en otage. À un moment donné, la population n’est pas dupe! Certains médecins vivent dans un autre monde.

Quid des collaborations public-privé?
Je n’ai pas de dogme ni de tabou. Je ne veux juste pas utiliser l’argent public pour servir les cliniques. Mais je suis favorable aux partenariats et je ne crois pas que les HUG aient pour vocation de grossir indéfiniment. Si le privé s’engage à pratiquer certaines activités dans la durée et à former les jeunes, pourquoi pas? Je veillerai le cas échéant à ce que des contrats les obligent à tenir parole.

Vous sentez-vous bien dans ce département ou voulez-vous changer?
C’est un superbe département, où le lien retrouvé entre santé et social est évident. Ça l’était moins pour l’emploi. Je veux toutefois conserver ces trois domaines. Aujourd’hui, je me rends compte que tout cela fait sens. On a tellement travaillé sur la préférence cantonale! Je n’aimerais pas que le soufflé retombe.

Avez-vous une préférence de majorité pour le futur Conseil d’État?
Je suis favorable à un 3-3 pour pouvoir jouer le rôle de médiateur. Et puis cet équilibre serait logique avec le parlement en présence. Sur les gros enjeux de Genève, la gauche et la droite doivent se retrouver.

Quelle est la mesure dont vous êtes le plus fier?
Au niveau de l’orgueil personnel, avoir réussi à se faire rembourser les charges des indigents français. La France contestait une convention de 1931 depuis les accords bilatéraux de 2002 et Berne ne voulait pas se mettre la France à dos. J’ai été désigné pour intervenir à Berne comme représentant de tous les cantons suisses. Et on a fini par s’entendre avec la France et à s’accorder sur un montant de 41,5 millions de francs pour toute la Suisse. Je suis d’autant plus satisfait que cela m’a permis de faire un travail d’avocat.


Primes maladie: Berne sous pression

Vous vouliez réduire les primes maladie. Elles ont augmenté de 20% en quatre ans. Un échec?
Que l’on me montre où j’ai dit que j’allais faire baisser les primes. J’ai toujours eu l’ambition de contenir leur hausse. Pour agir, il faut pouvoir freiner l’installation des nouveaux médecins, créer une caisse cantonale, imaginer de nouvelles structures tarifaires au forfait et enfin instaurer des contrôles de qualité. Sans oublier de faire pression sur les assureurs privés, qui n’ont pas baissé leurs primes alors que leurs charges ont diminué.

Croyez-vous encore à la caisse publique?
On va y arriver, en tirant les leçons des votations précédentes. En 2007, on voulait lier la prime au revenu, ça a tué le projet. En 2014, les gens ont montré qu’ils étaient attachés à leurs assureurs. Créer une caisse cantonale de compensation permettrait de maintenir la diversité des assureurs. Ils contrôleraient les factures, alors que la caisse de compensation fixerait et encaisserait les primes. L’avantage? On pourrait ajuster leur montant d’année en année alors qu’aujourd’hui les réserves échappent à tout contrôle et que les changements de caisse créent des frais administratifs inutiles.

Quel est votre objectif?
Avec cette initiative fédérale et l’autre visant à réduire le lobby des assureurs, le parlement sera sous pression. Et puis la Confédération doit arrêter de se désengager du financement de la santé. La Suisse doit-elle privilégier la santé ou la défense nationale? Est-il plus important d’avoir des soins de qualité ou des avions de combat? L.B./S.D. (TDG)

Créé: 25.04.2018, 20h29

Bio express

Naissance
Le 25 avril 1959 à Moutier, dans le Jura bernois.
Politique
D’abord membre du Parti démocrate-chrétien, il le quitte pour rejoindre le MCG. Élu en 2009 au Grand Conseil, puis en 2011 au Conseil national, Mauro Poggia renonce à siéger à Berne lorsqu’il est propulsé au Conseil d’État le 10 novembre 2013.
Formation
A pratiqué «avec bonheur» le métier d’avocat pendant trente ans.
Famille
Féru de travail, Mauro Poggia se ressource en famille. Il est père de trois garçons; l’aîné et le cadet sont issus d’un premier mariage, le benjamin d’un second. Grand-père d’une petite fille de 3 ans. L.B.

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