Des cancers ne frappent que les jeunes femmes

Recherche médicale Une équipe de chercheurs, dont des Genevois, découvrent d’étranges ressemblances entre deux types de kystes.

Les travaux ont été dirigés par les HUG et l'UNIGE.

Les travaux ont été dirigés par les HUG et l'UNIGE. Image: Maxime Schmid

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«Nous sommes ici au cœur de l’oncologie personnalisée: connaître son ennemi dans les moindres détails permet de mieux le combattre», relève la doctoresse Intidhar Labidi-Galy. L’ennemi, ce sont certains types de cancers qui ne frappent que les femmes souvent jeunes.

L’origine de ces tumeurs est désormais mieux connue, grâce à des travaux dirigés par cette chercheuse au Centre de recherche translationnelle en onco-hématologie de la Faculté de médecine de l’Université de Genève (UNIGE) et des Hôpitaux universitaires de Genève (HUG). Une découverte à lire dans le «Journal of Pathology», qui ouvre la voie à une prise en charge des malades mieux adaptée et personnalisée.

L’équipe, composée de scientifiques américains et genevois, s’est d’abord penchée sur l’une des nombreuses formes de cancer du pancréas, dite «kyste mucineux», qui ne touche que les femmes souvent jeunes. Or, celle-ci présente d’étranges ressemblances avec un autre cancer mucineux, celui de l’ovaire. Bizarre, se sont dit les chercheurs, car «ces deux organes n’ont aucune relation directe l’un avec l’autre», souligne la Dre Labidi-Galy.

«Nous avons identifié les mêmes mutations génétiques, les mêmes types de victimes – des femmes jeunes, souvent fumeuses – et, encore plus surprenant, le fait que des tissus d’origine ovarienne soient retrouvés dans les kystes pancréatiques», enchaîne le docteur Kevin Elias, premier auteur de l’étude et professeur assistant au Brigham and Women’s Hospital Boston.

Pourquoi un cancer non gynécologique toucherait-il presque exclusivement des femmes? Quel est le lien entre l’ovaire et le pancréas? Pour répondre à ces questions, les scientifiques ont plongé aux origines de la vie, au début de la grossesse. Là où ces deux organes sont proches l’un de l’autre. L’embryon dispose alors «de cellules germinales primordiales qui, entre 4 et 6 semaines de grossesse, vont faire une longue migration dans le corps humain, explique la Dre Labidi-Galy. Elles traversent tout le corps, passent derrière le futur pancréas et arrivent dans l’ébauche des gonades (ndlr: glandes sexuelles) vers la 7e semaine. Très probablement, certaines s’arrêtent en chemin.»

Les scientifiques genevois ont étudié le pancréas et l’ovaire, mais des cas similaires ont été constatés partout sur la ligne de migration des cellules germinales, notamment dans le foie. «Nos résultats ne vont pas changer la prise en charge chirurgicale des patientes, mais peuvent nous amener à une réflexion sur les protocoles de chimiothérapie, conclut la Dre Labidi-Galy. En rapprochant ces tumeurs rares d’autres cancers, nous espérons identifier des traitements qui se révéleraient efficaces.» (TDG)

Créé: 20.10.2018, 11h54

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