Les caisses de pension publiques dans la tempête

Finances genevoisesLa Caisse de prévoyance de l’Etat annonce l’augmentation à 65 ans de l’âge de la retraite. La mesure devrait être effective en 2018. D’autres propositions interviendront en décembre.

Parmi les mesures évoquées, la baisse de la rente par rapport au dernier salaire assuré. «La question de l’attractivité de la fonction publique risque de se poser», s’inquiète le vice-président de la CPEG

Parmi les mesures évoquées, la baisse de la rente par rapport au dernier salaire assuré. «La question de l’attractivité de la fonction publique risque de se poser», s’inquiète le vice-président de la CPEG Image: Laurent Guiraud

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Les prestations des futurs retraités de l’Etat vont-elles baisser? C’est possible, et pas qu’un peu. «Des prévisions de baisse de 10 à 20% sont à l’ordre du jour», expliquait il y a dix jours, devant les fonctionnaires réunis à la salle du Faubourg, le secrétaire syndical du SIT, Davide De Filippo. En attendant, une première mesure choc est tombée au début de novembre: la hausse de l’âge de la retraite de 64 à 65 ans. Elle devrait être effective en 2018.

Pas de réserve pour les actifs

La situation de la Caisse de prévoyance de l’Etat de Genève (CPEG) est préoccupante: la récente baisse du taux technique a augmenté les engagements envers les pensionnés et les actifs de 1,4 milliard de francs, malgré les bons rendements de sa fortune (4,1% en octobre 2016). Cette somme dépasse l’ensemble de l’argent versé ou provisionné par l’Etat lors et depuis la fusion des anciennes caisses CIA et CEH en 2013.

A ces aléas s’ajoutent des problèmes de fond: une capitalisation trop basse, un rapport entre les actifs et les retraités qui se dégrade et un plan de prestations trop généreux par rapport aux trop faibles cotisations versées par les employés et l’employeur. Résultat: aujourd’hui, les 46 000 actifs de la CPEG ne cotisent que pour alimenter les retraites des 23 000 pensionnés. Rien n’est mis en réserve pour eux, relevait en substance Pierre Béguet, président de la CPEG, dans la lettre d’information distribuée aux membres en juin dernier.

Vers une baisse des rentes?

C’est désormais l’heure des mesures structurelles. La première, c’est la hausse de l’âge de départ à la retraite. «Elle ne représente que le quart du chemin à parcourir pour équilibrer la situation», explique Davide De Filippo. Mais d’autres suivront: on évoque notamment la baisse de la rente par rapport au dernier salaire assuré. «La question de l’attractivité de la fonction publique risque de se poser, notamment pour les cadres», avance Michael Paparou, vice-président de la CPEG.

Mercredi, les représentants des associations du personnel de l’Etat ont rencontré la délégation au personnel du gouvernement, comprenant le président, François Longchamp, et la ministre de l’Instruction publique, Anne Emery-Torracinta. Objectif: évoquer, entre autres, la situation de la caisse. Un calendrier de rencontres a été mis sur pied. Par ailleurs, une réunion du comité de la CPEG est prévue le 15 décembre pour entériner les mesures annoncées. L’Etat sera certainement appelé à mettre la main au porte-monnaie. L’année 2017 sera déterminante. Si le taux technique continue de baisser, sans le soutien de l’Etat, la caisse pourrait être mise en liquidation. Les fonctionnaires ne toucheraient plus alors que les mesures minimales prévues par la loi fédérale.


Police, TPG, communes: situations variables

La CPEG n’est pas la seule caisse à être sous tension. La baisse du taux technique pose des problèmes à toutes les institutions de prévoyance publiques et privées du pays. A Genève, la galaxie de la prévoyance du secteur public compte trois autres institutions, qui couvrent des domaines différents: la Caisse des TPG (FTPG), celle de la police (CP) et celle des communes (CAP). Quelle est leur situation?

La Fondation des TPG

La Fondation des TPG a été créée en 1918. Elle compte 1880 actifs pour 580 pensionnés, soit trois actifs pour un retraité. En 2014 déjà, la caisse a baissé une première fois son taux technique, puis elle a décidé une nouvelle diminution à partir de 2017 et pris des mesures d’économie. «Ces baisses ont des conséquences importantes sur les prestations offertes aux assurés de la Fondation, explique David Gagliardo, son directeur. L’impact pour les assurés actifs peut atteindre jusqu’à 18% de réduction de prestations selon les tranches d’âges. Elles touchent toutes les catégories d’assurés. Il s’agit là de la réduction pure et simple du taux de rente annuel acquis.» Pour tenir le choc, la FTPG a consommé près de 60 millions pris dans ses réserves, qui s’épuisent. Du coup, ajoute le directeur, «si la baisse du taux se poursuit en 2017, des mesures d’assainissement devront être prises. Or, à la différence de la CPEG aidée par l’Etat ces dernières années, notre caisse n’a rien reçu.» Une recapitalisation intégrale de la FTPG est évaluée à 300 millions.

Le cas spécial de la police

En primauté de prestations et ne bénéficiant pas d’une garantie de l’Etat, la Caisse de la police (CP) est en meilleure situation que les autres. Mais son rapport actif/passif est le plus bas de tous: 1,4 actif pour 1 retraité. Par ailleurs, la baisse du taux technique lui coûte cher. Cette diminution de 3.25% à 2.5% sans modifier d’autres paramètres de gestion coûterait à la caisse de la police environ 128 millions. Que faire? Des voix évoquent diverses options, comme le relèvement de l’âge de la retraite de 58 à 59 ans… Des études seraient en cours pour obtenir une solution équilibrée à terme. Une chose est sûre, la générosité de ses prestations donne à cette Caisse une marge possible d’économie. D’autant qu’on quitte la CP avec une rente égale à 75% du dernier salaire.

Une fusion avec la CPEG est-elle possible? La réponse de la Caisse: «Cette idée n’est légalement pas envisageable vu que la CP est gérée en capitalisation complète alors que la CPEG est gérée en semi-répartition. Pour effectuer une fusion, il faudrait, au sens du droit fédéral, que la CPEG soit entièrement recapitalisée, et ce, avant la fusion. Le coût de cette opération, si l’on en croit les chiffres communiqués, dépasserait les 8 milliards (…)»

La Caisse des communes

C’est le dernier gros morceau du secteur public. La CAP bénéficie de la garantie des communes. Elle est organisée en deux divisions: l’une gère les retraites des communes et de la Ville, l’autre des employés des Services industriels de Genève (SIG). La partie «communes», comme la CPEG, fonctionne en capitalisation partielle, celle des SIG en capitalisation complète. Fin 2015, les taux de couverture variaient: leur moyenne dépasse les 91%. Avec 7752 actifs et 4634 retraités, la Caisse compte 1,67 actif pour un retraité. Un retraité la quitte avec une rente égale à 70% de son dernier salaire. Fin 2015, la CAP disposait de 200 millions de réserve, en baisse de 104 millions par rapport à 2014. L’an prochain, explique Norma Magri, sa directrice, des études seront menées pour «définir les stratégies de placement tenant compte d’hypothèses relatives aux évolutions futures des marchés financiers, des investissements immobiliers directs et des engagements de prévoyance spécifiques à CAP Prévoyance. Ces études consisteront à déterminer les besoins de rendement, l’évaluation des tolérances aux risques et les conséquences en termes de placement pour l’équilibre financier propre à chacune des caisses de pensions internes.» M.BN

(TDG)

Créé: 28.11.2016, 18h40

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Le président de la CPEG est-il muselé?

Alors que la situation de la Caisse de prévoyance de l’Etat (CPEG) soulève passablement de questions, son président, Pierre Béguet, par ailleurs responsable des Finances de l’Etat, n’est plus joignable sur ce thème. Le haut fonctionnaire a-t-il reçu l’ordre de se taire? Officiellement non, bien sûr. «Pierre Béguet, écrit le Département des finances (DF), ne souhaite pas être en avant publiquement sur ce dossier, et d’autant moins à présent que la problématique a été empoignée par le Conseil d’Etat qui entame un processus de réflexion et de discussions avec les syndicats», avance un des porte-parole du DF.
Voici qui éclaire d’un jour particulier le danger du port de la double casquette de fonctionnaire et de représentant de l’employeur dans une structure sous tension. M.BN

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