La caisse de l’Etat traverse une zone de turbulences

RetraitesLa caisse de prévoyance des fonctionnaires a perdu 75 millions en 2015, ce qui ravive les craintes d’élus sur la solidité de l’institution. Sa direction plaide pour une recapitalisation.

En 2013, la campagne qui avait précédé le vote sur la création et la recapitalisation de la nouvelle caisse des fonctionnaires avait été intense.

En 2013, la campagne qui avait précédé le vote sur la création et la recapitalisation de la nouvelle caisse des fonctionnaires avait été intense. Image: Steeve Iuncker-Gomez

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Comme pour la plupart des institutions suisses de prévoyance, 2015 aura été une annus horribilis pour la Caisse de pension de l’Etat de Genève (CPEG). La faute en revient aux taux négatifs qui ont plombé le résultat: la performance de la fortune a été négative (-0,4%). «La CPEG a dû effectuer un prélèvement de trésorerie de 75 millions pour payer les rentes des pensionnés, explique Christophe Decor, directeur général de la caisse. Le déficit de fonctionnement est, lui, de 64 millions.»

Divulguée mardi sur les ondes de la RTS, l’information a été commentée par Serge Dal Busco, conseiller d’Etat chargé des Finances. Qualifiant la situation de «sérieuse», le magistrat PDC estime que des choix politiques devront être faits. Et d’évoquer deux pistes: une recapitalisation par l’Etat et/ou passer de la primauté des prestations à la primauté des cotisations (moins favorable pour les assurés).

Une caisse sous-capitalisée

Le hic, c’est que la CPEG a déjà bénéficié lors de sa création en 2014 d’une recapitalisation à hauteur de 800 millions. Un versement, accepté en votation populaire, qui lui a permis d’atteindre un taux de couverture de ses engagements d’environ 60%. On reste toutefois loin du taux de 80% à atteindre d’ici à 2052, comme l’exigent les nouvelles normes fédérales.

C’est dans ce contexte qu’il faut situer la poussée de fièvre politique qu’a suscitée la publication du résultat 2015, alors qu’il n’est en soit pas surprenant. Qu’en pense la direction de la caisse? Selon Christophe Decor, «l’environnement macroéconomique a fortement évolué depuis la création de la CPEG, et ce n’était pas prévisible. La persistance de taux bas pénalise doublement la caisse, agissant à la fois à la baisse sur les rendements et à la hausse sur les engagements (par la baisse du taux technique).»

L'heure des comptes

Le directeur général ne cache donc pas son souhait d’un apport supplémentaire de capital. «La CPEG prend acte avec satisfaction de la proposition du gouvernement de recapitaliser notre caisse, qui est structurellement sous-capitalisée», admet Christophe Decor. Pour l’heure, le Conseil d’Etat n’a toutefois articulé aucun chiffre ni délai. Hier, François Longchamp a promis d’en dire plus le 22 mars, en présentant les comptes 2015 de l’Etat.

Ce hasard du calendrier n’a pas échappé à certains observateurs. «Ces annonces, à l’alarmisme injustifié, arrivent à une semaine de la publication des comptes», note Marc Simeth, président du Cartel intersyndical de la fonction publique. Et le député socialiste Roger Deneys, membre de la Commission des finances, de prédire: «Le Conseil d’Etat, qui s’attendait à des chiffres rouges pour 2015, réduira le résultat positif qui est finalement sorti en constituant des provisions pour la caisse de pension.» Sur les comptes 2014,203 millions de francs ont été provisionnés à cette même fin.

La droite s’inquiète

En Commission des finances, justement, les nouvelles ne font pas l’effet d’une bombe. «On sait qu’on va dans le mur depuis un an et qu’il faudra recapitaliser et passer en primauté de cotisations», résume Béatrice Hirsch (PDC). Quant au niveau d’inquiétude des élus, il varie. La droite fronce les sourcils. «Le calcul sur lequel on a voté en 2013 était faux et le système envisagé alors est périmé, juge Eric Stauffer, qui préside la commission. Il manquait du capital pour produire les rendements espérés». L’élu MCG pense qu’il est trop tôt pour prôner des solutions, tant que les responsabilités passées ne sont pas établies.

Cyril Aellen (PLR) est plus pressé: «Il est urgent de trouver une solution préservant les intérêts de la fonction publique et ceux de l’Etat. Pour éviter l’hémorragie, il faut soit renflouer la caisse, soit rehausser les cotisations (des salariés comme de l’Etat). On doit avoir le courage de passer en primauté de cotisations, ce qui nécessite une recapitalisation rapide, plus onéreuse que ce qui a été prévu, mais qui reste moins cher que ce qui nous attend si on ne fait rien.» Quant au projet du PLR d’exiger des cotisations égales des fonctionnaires et de l’Etat, il serait condamné, selon Béatrice Hirsch: «Cela nécessiterait de constituer une réserve pour le libre-passage et cela ferait plonger le taux de couverture: ce n’est pas la solution.»

La gauche relativise

A gauche, on reste plus zen. «Ceux qui étaient insatisfaits de la réforme votée en 2013 profitent de la mauvaise passe conjoncturelle pour raviver le débat, estime la Verte Emilie Flamand-Lew. Il faudra discuter de la santé de la caisse, mais il n’y a pas péril en la demeure. Les seuls éléments nouveaux sont que la mauvaise conjoncture a empêché de suivre en 2015 le chemin de croissance prévu et qu’en l’absence d’inflation, les pensionnés ont échappé au seul effort qui était attendu d’eux, la non-indexation de leurs rentes.» (TDG)

Créé: 16.03.2016, 19h50

LA CPEG en chiffres

La Caisse de pension de l’Etat de Genève (CPEG) est née en 2014 de la fusion de la CIA (Caisse de prévoyance du personnel enseignant de l’instruction publique et des fonctionnaires de l’administration du canton de Genève) et de la CEH (Caisse de prévoyance du personnel des établissements publics médicaux du canton de Genève).



L’institution compte plus de 67?000 assurés, dont plus de 22?000 pensionnés.
Sa fortune, au 31 décembre 2015, se montait à 11,246 milliards de francs.

En 2014, son taux de rendement a été de 7%. En 2015, il est tombé à -0,4%.

La CPEG doit atteindre un taux de couverture de ses engagements de 80% d’ici 2052. A fin 2015, le taux était de 59,8%, en recul de 1,8?point.

Une recapitalisation réussie chez les Vaudois

Le franc fort, des taux d’intérêt négatifs sur les comptes de virement hébergés à la Banque nationale suisse (BNS), des marchés toujours extrêmement volatils et les plongeons à répétition de bourses chinoises ne fragilisent pas autant toutes les caisses de pensions helvétiques. Le taux de couverture de celle de l’Etat de Vaud (CPEV) s’élevait à 72,4% en septembre 2015, contre 59,8% au 31 décembre pour son homologue genevoise. La loi fédérale imposant un taux de 80% d’ici à 2052.

La CPEV a il est vrai bénéficié d’une recapitalisation menée tambour battant. L’assise financière de la CPEV aura ainsi été consolidée avec une injection totale de 1,44 milliard de francs sur trois ans, les dernières centaines de millions ayant dû être versées l’an dernier. Cette performance aura coûté cher, notamment au canton. S’ajoutant à cela des recettes fiscales stagnantes, le gouvernement vaudois ne prévoit qu’un tout petit excédent budgétaire cette année de 1,5 million.

Cette situation relativement favorable n’épargne cependant pas la CPEV de toutes les préoccupations d’une caisse de pensions. Les coûts de l’épargne nécessitent de développer des investissements prometteurs. Rappelons que la caisse doit gérer des fonds avec un rendement minimum de 3,5%. Un réel défi dans le contexte actuel! Les résultats de l’exercice écoulé devraient d’ailleurs se révéler décevants lors de leur publication imminente.

«Nous cherchons à acquérir de l’immobilier, mais tout le monde veut investir dans la pierre. Nous aimerions aussi nous développer dans les infrastructures, mais les projets avec un rendement correct s’avèrent rares», déplorait en 2015 le président du conseil d’administration de la CPEV, Wolfgang Martz.

Beat Zaugg, responsable des investissements en Suisse pour le consultant américain Aon Hewitt, se permet une recommandation: «Une caisse de pension suisse moyenne peut, sans accroître les risques, améliorer sa performance de 0,5% par année en diversifiant mieux ses placements.»

Le conseil peut paraître facile. La part de l’immobilier dépasse en tout cas le cinquième dans le portefeuille de la CPEV et celle des actions atteint 28%, dont 17% sur des valeurs non-suisses. Philippe Rodrick

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