Et c'est comment, une vie de chien à Genève?

CynoramaLe peuple dira le 9 février s’il veut biffer ou non l’impôt sur les chiens. Au-delà du vote, la radiographie canine du canton montre que les toutous sont plus ou moins bien lotis selon leur lieu de vie.

Image: PXHERE

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur ?

Depuis quelques semaines, ils sont l’objet de toutes les attentions, au cœur d’une votation qui fait beaucoup causer dans les chaumières et au Café du Commerce: les chiens genevois doivent-ils ou non bénéficier d’une exonération d’impôts? L’objet du présent article n’est pas de faire débattre partisans et opposants, mais de s’intéresser d’un peu plus près à la population canine du canton. Où vit-elle en majorité? Dans quel coin du canton est-elle le moins à l’étroit? Où résident les bâtards et les chiens de race? Quelles communes accordent aux chiens le plus d’avantages? Warf, warf! Les toutous auraient sans doute bien des choses à nous dire sur cette lutte des classes, mais, c’est un fait, on peine à les comprendre. À défaut, les statistiques nous renseignent, un peu, sur leur statut pas vraiment identique d’un bout à l’autre du canton.

Un Genevois très… confédéré

La République compte actuellement un peu plus de 31'600 chiens vivants, recensés dans Amicus, la base de données fédérale qui enregistre – c’est une obligation du détenteur – tous les chiens qui vivent en Suisse. À l’échelle du canton, cela représente un peu plus de six chiens (6,3%) pour cent humains, soit pile-poil l’équivalent de la moyenne suisse. On ne sait si cela lui plaît, mais au sujet de l’amour porté aux clébards, le Genevois semble donc être un Confédéré moyen… Le canton de Genève est ainsi beaucoup plus porté sur nos amis à quatre pattes que le canton de Bâle-Ville (2,5%) ou de Zurich (3,9%), mais beaucoup moins que le vert canton du Jura (12,8%).

Surreprésentés dans la campagne chic

Mais regardons plus en détail où vivent les chiens sur notre territoire. La Ville de Genève en compte bien évidemment le plus grand nombre – ils représentent 30% du total – mais si l’on s’intéresse à la proportion chien-humain (voir la grande carte), c’est une tout autre histoire.

Pas forcément marrant de vivre au milieu du béton: en Ville de Genève, on ne dénombre que 4,7 chiens pour 100 habitants, le taux le plus bas des 45 communes. À l’inverse, certaines communes rurales et cossues se situent bien au-dessus de la moyenne. «Coco» ou «Chanel», pour citer deux noms figurant dans le top 20 des noms de chiens préférés des Genevois (lire l’encadré), y résident dans une proportion bien plus importante qu’en ville. À Anières et son bord de lac, on compte ainsi 11,8 canidés pour 100 résidents; à Jussy et ses jolis bois, 13,8; à Vandœuvres et ses belles maisons, 14,6.

Bernex monte à un taux de 18,8%. La présence sur son sol de la SPA, avec 300 inscriptions par an auprès d’Amicus et au moins 50 chiens en permanence dans son refuge, pourrait expliquer trois points de ce pourcentage élevé, mais pas davantage. Pour le reste, il faut donner sa langue… au chat.

Tiens, une commune riche n’a pas autant de «chien» qu’on pourrait le penser: seulement 10 bêtes pour 100 habitants à Cologny. Pourrait mieux faire. Mais le chien est pourtant bien un indicateur de richesse, à lire les statistiques de l’administration fiscale cantonale: plus notre revenu est confortable, plus on est enclin à en posséder un. Au top de l’échelle des contribuables, les plus fortunés sont 21,3% à avoir un chien, contre 6 à 7% pour la classe moyenne.

Plutôt chihuahua ou labrador?

Les bâtards représentent 20% de la population canine genevoise, constituant évidemment le plus gros bataillon. Pour établir ce pourcentage, les données ont été difficiles à manier, car aux indications «bâtards» il a fallu rajouter certains chiens croisés. Parmi les chiens de race, les plus courants sont le yorkshire (2196), le chihuahua (1862), le Jack Russell, le labrador (1329), le bouledogue français (1134) et le golden retriever (852).

Question taille, les chiens moyens sont les plus nombreux, juste devant les petits formats. Ils se partagent à eux deux 85% du marché. Les grands et les très grands chiens sont peu présents en ville – les deux pièces, très peu pour eux. Ils ne représentent que 9,9% de la population canine en Ville de Genève. Leur proportion croît en revanche dans les communes rurales. À Troinex par exemple, ils sont 23,5%, à Veyrier 19,9%.

À Cologny, Vandœuvres ou Anières, on n’est pas très bâtards

Dis-moi quel est ton chien, et je te dirai où tu vis… La maxime n’est pas applicable à la lettre, mais tout de même, quelques tendances se dessinent. C’est à Cologny, Anières, Vandœuvres, Collonge-Bellerive, Russin, Jussy et Gy que l’on trouve le moins de bâtards ou de chiens croisés. Dans ces communes, ils pèsent de 9 à 13% de la population canine. C’est beaucoup moins qu’à Chancy, Cartigny ou Bardonnex (25 à 27%). Les bâtards représentent même 39% de la population canine à Bernex. La SPA, encore elle, doit peser dans ce pourcentage. On se dit que selon leur pedigree, tous les chiens ne sont peut-être pas logés à la même enseigne sur le risque d’abandon…

Combien de chiens au kilomètre carré?

Pour chaque commune, il est intéressant aussi de se pencher sur la densité canine. Elle peut compter dans le ressenti vis-à-vis des canidés, notamment parmi les promeneurs avec ou sans animal à poil. Là aussi, il y a de fortes disparités communales. Championne toutes catégories, la Ville de Genève compte 595 chiens au kilomètre carré, devant Carouge (509) et Chêne-Bourg (426). Heureux sont les chiens qui n’ont pas à partager trop de territoire? Ce seraient alors ceux de Russin, Laconnex, Satigny, Jussy et Presinge, où l’on compte moins de 16 chiens au kilomètre carré. Bon, bien sûr, c’est sans compter les promeneurs avec chiens des autres communes qui viennent y chercher les grands espaces…

Des molosses et des modes

Les chiens d’attaque, qualifiés de dangereux et qu’il est interdit d’acquérir depuis juillet 2011, ne sont plus guère nombreux à occuper le territoire. On en dénombre 40 en tout et pour tout, probablement vieillissants. En revanche, tous les chiens musclés, de type molossoïde, n’ont pas dit leur dernier mot. Ils sont bien représentés avec, par exemple, 750 staffordshire bull terriers.

Certaines races à la mode chez nos voisins français sont aussi présentes sur le sol genevois. Les bergers, globalement, sont très prisés. On dénombre par exemple 420 bergers australiens. Le bouledogue français a la cote. Il est à notre époque ce que le caniche était aux années 80.

Les exotiques

On trouve à l’inverse une bonne quarantaine de races rares, représentées par quelques unités seulement. Certaines ont des noms très exotiques. Notons, pour ne citer que quelques-uns de ces chiens, trois do-khyi (dogue du Tibet employé par les bergers nomades de l’Himalaya), trois chiens de recherche au sang de la montagne bavaroise (!), qu’on appelle de manière plus pratique «rouge de Bavière», un seul laïka de Sibérie orientale (chien de chasse d’origine russe), un seul azawakh (lévrier du Sahel) ou un seul chien nu du Pérou, dont la particularité est de ne pas avoir de poil, sauf au sommet de la tête. Relevons aussi la présence de quelques chiens d’origine hongroise, huit vizsla, six puli, un pumi et un kuvasz, qui, au pays de Viktor Orban, bénéficieraient d’une exonération d’impôt du fait qu’ils incarnent la pureté magyare. À chacun ses critères…

Impôts: des chiens taxés du simple au double selon leur lieu de vie

L’impôt canin, justement, c’est un chaud sujet de conversation à Genève. La brochure des votations ne le dit pas très explicitement, mais les chiens, selon dans quel coin du canton ils vivent, n’ont, jusqu’ici, pas tous été tondus de la même manière. En matière d’impôt s’entend.

La taxe cantonale, abolie par le Grand Conseil mais qui pourrait revenir selon la décision des urnes le 9 février (et en ce cas appliquée rétroactivement pour 2019), est de 50 francs pour le premier chien de tout citoyen du canton. De 70 francs pour le deuxième, et 100 francs à partir du troisième. Mais à cette taxe cantonale s’ajoutent encore les centimes additionnels des communes, que celles-ci appliquent ou non, selon leur bon vouloir.

Résultat: la taxe peut ainsi varier du simple au double selon l’endroit où «Lucky» ou «Max» habite. Ces dernières années, elle a par exemple été de 50 francs à Pregny-Chambésy pour un chien unique, commune qui n’applique pas les centimes additionnels, mais de 107 francs en Ville de Genève, qui les applique à taux fort. Sur ce choix de politique, c’est quasi moitié-moitié: sur les 45 communes, 25 ont renoncé à taxer les citoyens en sus de l’impôt cantonal; 20, en revanche, l’ont fait. Chez ces dernières, la facture double dans 16 communes, et augmente de 50% dans quatre autres. La règle n’est pas absolue, mais globalement, les communes riches ont eu plutôt tendance à laisser tomber les centimes additionnels. Celles qui taxent estiment que les déjections canines ne rentrent pas dans le traitement des déchets ordinaires et que le concept du pollueur-payeur doit s’appliquer.

Il y a également disparité territoriale sur les émoluments perçus sur la marque de contrôle (la médaille), obligatoire pour chaque chien en sus de l’impôt perçu jusqu’ici. Ce montant varie de 0 à 24 francs selon les communes. Pregny-Chambésy, par exemple, ne fait pas payer la médaille non plus. Bref, en matière de taxes aussi, nos amis à quatre pattes sont plus ou moins bien choyés selon leur lieu de vie.


L'impôt: quelle part du budget chien?

Quelle est la part de l’impôt, d’un montant de 50 à 100 francs, dans le coût annuel d’un chien? Il est difficile de répondre précisément à cette question, mais des estimations sont possibles. Selon l’Office vétérinaire fédéral, un ménage en possession d’un chien doit être capable d’investir, pour une durée de dix à quinze ans, entre 1000 et 2000 francs par an. La largeur de la fourchette s’explique du fait qu’un chihuahua ou un labrador n’ingurgite pas, évidemment, les mêmes quantités de nourriture. Or, le poste alimentation pèse pour au moins 50% du budget global. Sur la base de cette fourchette, l’impôt représente donc entre 5% à 10% du budget pour un petit chien; entre 2,5% et 5% pour grand chien.

Le reste des dépenses se concentre sur les frais annuels et fixes (vaccination, vermifugation) et non prévus (médicaments, opérations) du vétérinaire, et dans une moindre mesure le matériel (couche, laisse, jouets, etc.). Il faut aussi compter la dépense unique mais conséquente des cours d’éducation canine. Ils sont obligatoires pour les chiens de plus de 25 kilos et 56 centimètres au garrot et sont fortement conseillés pour les autres chiens.

C.M.

Créé: 27.01.2020, 10h36

Le top 50 des noms de chiens à Genève

1. Luna 387
2. Lucky 199
3. Lola 181
4. Max 179
5. Snoopy 173
6. Nala 172
7. Rocky 155
8. Nina 150
9. Simba 147
10. Maya 145
11. Cookie 126
12. Jack 103
13. Chanel 97
14. Bella 96
15. Laika 89
16. Coco 85
17. Oscar 81
18. Lady 79
19. Tyson 79
20. Marley 78
21. Joy 76
22. Lili 72
23. Daisy 70
24. Mia 68
25. Naya 67
26. Toby 67
27. Rex 66
28. Caramel 64
29. Kira 62
30. Kiko 58
31. Chipie 57
32. Billy 54
33. Caline 54
34. Lilou 53
35. Molly 53
36. Charlie 52
37. Tara 51
38. Bobby 50
39. Lily 50
40. Stella 50
41. Kitty 49
42. Mimi 49
43. Kenzo 48
44. Roxy 48
45. Fifi 47
46. Kali 47
47. Leo 47
48. Mila 47
49. Milou 47
50. Sam 47

Source: Amicus

Articles en relation

Impôt sur les chiens: recours déposé

Contestation La brochure de la votation du 9 février est «partiale», selon un mouvement de défense des propriétaires de canidés. Plus...

Ce que pèsent les chiens sur les finances publiques

Votations du 9 février Les 2 millions rapportés par l’impôt ne couvrent pas les frais des canidés genevois. Plus...

Les défenseurs de l’impôt sur les chiens donnent de la voix

Votations cantonales Un comité défend une taxe jugée normale pour compenser les coûts retombant sur les Communes. Plus...

«L'impôt sur les chiens est discriminatoire»

Genève Un comité s'est constitué pour abolir cet impôt considéré comme totalement discriminatoire. Les Genevois trancheront le 9 février. Plus...

La rédaction sur Twitter

Restez informé et soyez à jour. Suivez-nous sur le site de microblogage

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.

Caricatures

La fin des rentes à vie des conseillers d'Etat est proche
Plus...