Le Burundi réclame le roi enterré à Meyrin

Processus de réconciliationEn exil forcé, Mwanbusta IV est mort à Genève en 1977. Le retour de sa dépouille s’inscrit dans le processus de réconciliation

Image: DR

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Le Burundi a fait savoir qu’il souhaitait récupérer les restes du roi Mwanbusta IV, enterré dans le cimetière de Meyrin, à l’occasion des fêtes du 50e anniversaire de l’indépendance organisées en juillet prochain. Engagé dans un difficile processus de réconciliation nationale après des décennies de rivalités interethniques, le pays se tourne vers son passé pour essayer de retrouver son unité.

Le départ de ce roi pour la Suisse, en 1965, coïncide avec l’entrée dans une longue période de troubles ponctuée de massacres de masse qui ont semé la haine et la peur dans toute la région des Grands Lacs. Venu en Suisse pour se faire soigner, Mwanbusta IV n’en est jamais reparti. En juillet 1966, il est renversé.

Des paroles d’unité

L’ancien roi du Burundi a vécu à la rue des Alpes à Genève, où il avait noué quelques amitiés, puis à Meyrin où sa présence ne passa pas inaperçue. Il y meurt en 1977. Sur le site Internet de la Commune de Meyrin, on peut voir la photo de la tombe en marbre noir de Mwanbusta IV. Héritier d’une longue dynastie Ganwa, il avait accédé au trône en 1915 à l’âge de 3 ans. C’est sous son règne que le Burundi accéda à l’indépendance après avoir été sous protectorat allemand, puis belge.

«Ce désir de rapatrier le corps du roi Mwambusta intervient au moment où les autorités burundaises viennent aussi d’ordonner l’analyse de tests ADN pour retrouver les restes du corps du jeune Ntare V, l’un des fils de Mwambusta IV, qui a aussi séjourné en Suisse avant d’être kidnappé en Ouganda et assassiné en 1972», explique Déo Hakizimana, président du Centre indépendant de recherche et d’initiative pour le dialogue (CIRID). Farouche défenseur du processus de réconciliation nationale, ce Burundais installé à Genève est convaincu que le retour du corps de Mwambusta IV au Burundi «peut rapprocher les gens». «La monarchie était un système dans lequel tout le monde se reconnaissait», explique-t-il.

A l’appui de cet argument, il reste les déclarations du défunt roi. Interviewé en 1972 par le magazine Remarques africaines , Mwambusta IV déclarait: «Pour moi, il n’y a toujours eu qu’un seul peuple composé de Burundais à parts égales. Je n’ai jamais toléré la moindre discrimination entre Tutsi, Hutu, Twa ou Muganwa.»

Accord de la famille

Dans quelque temps, la dépouille du roi devrait donc être chargée à bord d’un avion pour être acheminé vers Bujunbura, la capitale burundaise. Sans doute avant les fêtes de l’indépendance programmées pour le début du mois de juillet. Plus de quarante ans après le renversement de ce roi, les plaies sont encore ouvertes. Le retour de sa dépouille suscite autant d’espoirs que d’appréhensions. Certains de ceux qui l’on trahi et participé aux massacres qui ont suivi sont encore en vie. «Le peuple a droit à la vérité. C’est pourquoi le gouvernement a le devoir sacré de laisser les langues se délier dans le cadre d’un processus de consolidation du dialogue pour la paix qui ne semble plus pouvoir faire marche arrière», poursuit Déo Hakizimana.

Sa fille vit à Meyrin

A Meyrin, Colette Uwimana, l’une des filles du roi, se prépare à cette échéance. Il y a seulement deux ans, elle y était opposée, expliquant que son père avait émis le souhait de rester enterré en Suisse parce qu’il ne s’était jamais remis du choc de la mort de ses fils et de toutes les tragédies survenues au Burundi. Aujourd’hui, sentant que cette demande émane autant du gouvernement que de la population, elle n’y est plus opposée.

«Chez nous, on dit que le père ne peut pas maudire ses enfants s’ils demandent pardon, explique-t-elle. Quand mon père régnait, le Burundi était un pays paisible. J’ai grandi jusqu’à l’âge de 16 ans sans savoir ce que c’était qu’une ethnie. C’est quand la guerre a commencé que j’ai compris. On nous a créé ce problème qui n’existait pas avant», tient-elle à ajouter.

«Le rapatriement du corps du roi constituera un événement extrêmement important», confirme Pierre Claver Ndayiragije, ambassadeur du Burundi à Genève. Le diplomate affirme avoir noué des contacts avec les autorités suisses pour préparer ce départ. Pour l’instant, les descendants du roi et le gouvernement burundais continuent de discuter les modalités de ce retour. (TDG)

Créé: 30.04.2012, 07h16

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