Des bureaux tatoués pour libérer la parole des élèves

Harcèlement scolaireAction Innocence lance une campagne d’information dans les classes d’un Cycle. Des dessins s’animent en 3D sur les pupitres

Tiziana Bellucci, d’Action Innocence, lance une campagne de prévention sur les pupitres du Cycle de Cayla, avec Pierre Bischofberger, son directeur.

Tiziana Bellucci, d’Action Innocence, lance une campagne de prévention sur les pupitres du Cycle de Cayla, avec Pierre Bischofberger, son directeur. Image: Laurent Guiraud

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En marge des gribouillages et des états d’âme griffonnés, un dessin gravé: un jeune sur un banc, tête baissée, isolé. En pointant un téléphone portable sur sa silhouette, voilà que le décor prend vie sur l’écran, le jeune est esseulé à table, dans sa chambre, malmené dans des vestiaires. Cette animation fait partie de la nouvelle campagne de l’Association Action Innocence sur le harcèlement, «Ose en parler!»

Après plusieurs affiches chocs, elle s’invite cette fois dans les classes, sous le nez des élèves. Vingt bureaux portant des illustrations de dix artistes sur le thème du harcèlement sont installés dans des classes du Cycle de Cayla, aux Charmilles, durant un mois. Ils seront ensuite rassemblés dans une exposition destinée aux élèves et à leurs parents.

Le message: oser en parler

À l’origine de cette campagne, un constat: «Le harcèlement scolaire, et plus précisément le cyberharcèlement, est une réalité quotidienne, sur laquelle on nous sollicite de plus en plus, indique la directrice d’Action Innocence, Tiziana Bellucci. Nous voulions produire une campagne d’information qui réponde aux attentes des élèves et qui ne soit pas alarmiste.» L’Association a donc contacté le Cycle de Cayla, qui travaille sur ces questions depuis plusieurs années. Deux groupes d’une dizaine d’élèves ont été constitués pour participer à des séances de travail avec l’agence Havas, qui a imaginé la campagne gracieusement. «Les jeunes étaient unanimes: le message à faire passer est d’oser parler. Amener le message directement en classe permet de toucher une majorité d’élèves et de lancer le débat dans les cours.»

Dix artistes de styles différents, de la BD au graffiti, ont composé les visuels, sur des thèmes comme l’isolement, le rôle des témoins, la viralité. Les œuvres ont ensuite été gravées sur d’anciens pupitres, «la partie réalisation nous a coûté 200 000 francs, couverts par nos donateurs», précise la directrice. Les dessins s’animent grâce à une application, sur le modèle des scanners de QR code (sorte de code-barres qui renvoie à du contenu sur une page web). Sauf qu’il est interdit de sortir son téléphone en classe… «Effectivement, on ne pourra pas voir les animations durant les cours, reconnaît Tiziana Bellucci. Ce sera pour un second temps, lors de l’exposition.»

Le Cycle de Cayla n’a pas été choisi au hasard. «Un groupe d’enseignants et de membres de l’équipe psychosociale travaillent sur le vivre ensemble depuis plusieurs années, explique Pierre Bischofberger, directeur de l’établissement. Il s’est chargé aussi de médiation avant de se concentrer sur la violence quotidienne, dont le harcèlement.»

Savoir à qui se confier

Une quinzaine de maîtres ont reçu une formation pour apprendre à gérer ce genre de cas – les autres ont reçu une sensibilisation et ont un rôle de relais – et leur cahier des charges prévoit du temps pour recevoir des élèves. «Ils ont notamment été formés à la méthode de préoccupation partagée (Ndlr: développée par le professeur français de philosophie Jean-Pierre Bellon). Elle implique les harceleurs, n’a pas pour objectif la sanction mais plutôt de faire admettre qu’il faut un changement d’attitude et les parents ne sont pas nécessairement mis au courant.» Après plusieurs entretiens, ou si la situation de harcèlement est considérée comme sévère, une deuxième phase est enclenchée. «D’autres professionnels entrent en jeu, il peut y avoir sanction et dépôt de plainte, les parents sont informés.»

Depuis le début de l’année scolaire, le groupe a déjà eu à gérer une vingtaine de cas. «Des études indiquent qu’entre 5 et 10% des jeunes du secondaire sont victimes de harcèlement, rappelle le directeur. Nous sommes en deçà de ce pourcentage et pour l’instant, la totalité de ces situations a été gérée par le groupe.» La campagne d’Action innocence s’accompagne d’affiches portant l’adresse e-mail du groupe, un canal discret. Et Tiziana Bellucci de relever la nécessité d’un véritable dispositif d’écoute: «D’autres écoles se sont montrées intéressées par cette campagne. Mais il y a un prérequis: avoir instauré un protocole qui favorise la prise en charge des élèves.»

L'isolement

Les témoins suiveurs

Le harcèlement continu

(TDG)

Créé: 15.04.2018, 17h21

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