Un bâtiment très écolo déstabilise ses locataires

EnergieDeux bâtiments ont fortement réduit leurs besoins en chauffage. Mais les vieux locataires doivent s’acclimater à leur nouvel habitat.

Construits en 1952, les immeubles de La Cigale étaient de véritables passoires énergétiques.

Construits en 1952, les immeubles de La Cigale étaient de véritables passoires énergétiques. Image: Laurent Guiraud

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Une cigale érigée en modèle de vertu? Ça existe. Dans le quartier de Vermont, les deux immeubles de la coopérative La Cigale ont été rénovés selon les plus hauts standards énergétiques Minergie-P. Une première en Suisse pour une opération de cette envergure, qui lui a valu plusieurs prix. Une année après la fin des travaux, il valait donc la peine d’en tirer un premier bilan. Et, au passage, de prendre l’avis des habitants, qui, surprise, ont quelque peine à s’acclimater à leur nouvel environnement (lire ci-contre).

Avec leurs nouvelles façades rehaussées d’orange, les immeubles de La Cigale apportent un bol d’air frais dans la grisaille ambiante. Mais à l’intérieur, ce sont des fourmis qui poussent à l’extrême les économies d’énergie.

Construites en 1952, ces bâtisses étaient des passoires énergétiques. «Elles consommaient 300 000 litres de mazout par année», rappelle l’architecte François Baud. Avec l’accord des coopérateurs, un programme de rénovation a été lancé sous l’égide de la régie Brolliet, qui gère les immeubles.

L’opération a consisté à isoler les façades et la toiture, ainsi qu’à changer les fenêtres. Pour parfaire l’isolation, les balcons ont été fermés pour en faire des loggias disposant de grandes fenêtres. Le toit a été recouvert de 1700 m2 de panneaux solaires et la chaudière à mazout envoyée à la casse.

Un bâtiment ascétique

Le concept de chauffage combine une pompe à chaleur, un accumulateur de glace et les panneaux solaires. Après une année d’exploitation, le système est conforme aux attentes, à quelques réglages près. «Il permet de réduire par sept le besoin en chauffage et par quatre les besoins globaux en énergie, la consommation d’eau chaude ne variant pas», relève François Baud. Non seulement les bâtiments sont beaucoup moins gourmands, mais ils couvrent également eux-mêmes 80% de leurs besoins, par le biais des panneaux solaires. Il a juste fallu installer une petite chaudière à gaz pour faire l’appoint. En conclusion, les besoins en énergie fossile ont été diminués par vingt.

Etant donné l’isolation performante de l’enveloppe, les appartements ont été équipés d’un système de double flux. L’air est aspiré, sa chaleur est récupérée et réinsufflée dans les intérieurs.

Cette rénovation, étalée sur treize mois, a coûté 20 millions de francs. Par chance, et c’est la grande vertu des coopératives, les loyers y sont modiques, ce qui a permis de répercuter le coût des travaux tout en restant dans le cadre fixé par la loi.

Charges en baisse

En moyenne, le quatre-pièces se louait à 710 francs. Il est passé à 900 francs. En revanche, les charges, qui s’élevaient auparavant à 185 francs, devraient passer, à la suite du décompte final, à 105 francs. En clair, la hausse totale suite à la rénovation se monte à 110 francs par mois pour un quatre-pièces.

A priori, les charges devraient baisser davantage étant donné la réduction massive de la consommation de combustible. Mais le nouveau système implique des frais d’électricité et d’entretien supplémentaires. «En l’optimisant, nous pourrons encore réaliser quelques économies», estime Alexandre Molinari, gestionnaire à la régie Brolliet. Qui relève un élément essentiel: les locataires sont désormais protégés contre les hausses futures du prix des énergies fossiles. (TDG)

Créé: 10.06.2015, 20h24

«Je me sens comme dans un bocal»

La rénovation n’est pas sans conséquences sur le quotidien. Elle induit des changements, apparemment mineurs, mais auxquels les locataires sont d’autant plus sensibles qu’ils sont âgés et passent de longues journées dans leur logis.

«Depuis la rénovation, je ne vois plus dehors!» se plaint une nonagénaire. Pour comprendre, nous montons chez elle. «Voyez, avant, je pouvais me pencher au balcon pour voir les gens dans la rue et causer avec ma voisine sur le balcon d’à côté. Maintenant, c’est fini.» En effet, les garde-corps, désormais isolés, sont plus épais et plus hauts. Avec sa petite taille, plus possible de se pencher.

Sa voisine, tout aussi âgée, poursuit: «Avant, je vivais à l’air; maintenant, je suis dans un bocal.» La fermeture des balcons est en cause. De grandes fenêtres en triptyque ont été posées, de manière à s’ouvrir entièrement. Mais les battants sont lourds et peu maniables. «Et ils sont si grands qu’il faut débarrasser toute la table quand on les ouvre.» Résultat: ces fenêtres restent souvent fermées.

Une autre locataire, plus jeune et pourtant très positive sur la rénovation, souligne cet aspect: «Avant, je mangeais tout l’été sur le balcon. Plus maintenant. Ces fenêtres sont mal pratiques.» Toutefois, un locataire souligne le gain de place. «Durant l’entre-saison, on profite mieux de cet espace. Mais pas en été.» L’isolation contre le bruit est aussi très appréciée. Pour autant que les fenêtres soient fermées…

Le plus gênant reste le double flux et l’air pulsé qu’il implique. Pour favoriser sa circulation, le bas des portes a été raboté. Plusieurs locataires se plaignent de courants d’air et même d’odeurs.

La régie dit avoir eu vent de certaines critiques, dont elle tient compte. «La rénovation fait l’objet d’un suivi afin d’optimiser les installations et le confort des locataires, relève Alexandre Molinari. Les assemblées des coopérateurs sont l’occasion de recueillir leurs retours et d’y apporter des réponses. Il est important que les gens se sentent bien chez eux. Cela dit, un sondage a montré un taux de satisfaction important.»

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