Chez Brigitte, tous les genres bambochent

Geneva Pride 2019Le célèbre squat gay de la rue Prévost-Martin a beaucoup favorisé la mixité.

Julien, pilier de Chez Brigitte, aimait aussi passer des disques.

Julien, pilier de Chez Brigitte, aimait aussi passer des disques. Image: DR

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Un laboratoire de la mixité. Voilà qui résume bien ce que fut Chez Brigitte durant huit ans. Au soir du 11 novembre 1994, quatre loustics un peu piqués investissent une maison du XIXe à l’abandon au 12 de la rue Prévost-Martin. Le premier squat gay de Suisse romande est né.


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Dès ses débuts, l’espace affiche une volonté farouche de mélanger les genres, prônant une mixité hommes-femmes mais aussi homo et hétéro et de classe. «À l’époque, ça n’était pas la règle: il y avait les filles d’un côté et les garçons de l’autre», rappelle Philippe Scandolera, de l'association 360. D’abord tea-room alternatif, Chez Brigitte se transforme vite en haut lieu de la vie nocturne. Les prix y sont libres, les bringues quotidiennes et furieuses. «On se déguisait tous les jours, on refaisait le bistrot toutes les semaines, se souvient Laure Schwarz, qui y a résidé quatre ans. C’était formidable et assez freak.»

Truc en plumes et costard

Des gars lovés dans leur truc en plumes et des nanas en costard terminent à l’aube des fêtes improbables sous la sévère église Saint-François. «Lors d’une soirée bien arrosée, on s’est dit: et si on organisait une Gay Pride?» raconte Laure Schwarz. Contacts sont pris avec les associations pour préparer ce plan un peu fou, qui se concrétisera le 5 juillet 1997 à Artamis. L’ancienne squatteuse poursuit: «On a trouvé tellement bien de travailler ensemble qu’on a fondé 360 dans la foulée».

Dans l’Espace infini du village de la Geneva Pride 2019, une exposition retracera la saga de ce temple festif qui a fermé en 2002. Une soirée Brigitte se tiendra aussi sur le «Bateau Genève» le mercredi 3 juillet. Dress code: robe éponge et perruque, évidemment.

Brigitte vs Barbie Le mercredi 3 juillet dès 22 h sur le «Bateau Genève»


Il y a 50 ans, Stonewall renversait les normes

Le 31 août 1970, des militants sont rudement molestés par la police après une marche pour les droits gays à New York, un peu plus d’un an après les événements de Stonewall. ©KEYSTONE

Ce fut la fois de trop. Dans la nuit du 27 au 28 juin 1969, les forces de l’ordre new-yorkaises s’offrent une énième descente au Stonewall Inn, un bar homosexuel clandestin niché à Greenwich Village. Mais au lieu de fuir pour éviter les arrestations et la ratonnade, les clients font face et ripostent. Gays, lesbiennes, transgenres et drag-queens jettent canettes, briques et projectiles en feu à la tête des policiers. Et hurlent leur colère à la face du monde: s’ensuivront cinq nuits d’émeutes qui marqueront l’éclosion du militantisme LGBT contemporain.

Quelques mois après cet acte de rébellion fondateur, plusieurs organisations de défense des droits homosexuels voient le jour. Un an plus tard, le 28 juin 1970, le tribunal de New York autorise in extremis deux mille manifestants à défiler pour la Christopher Street Liberation Day Parade, ancêtre de toutes les gay prides.

Créé: 29.06.2019, 15h24

Geneva Pride: menu politique et festif

Dès aujourd’hui et pour neuf jours, la Pride établit son village à la rue Lissignol. Après 1997, 2004 et 2011, la manifestation revient à Genève, en axant son programme sur son histoire. «Nous avons voulu porter un regard sur ce que ces cinquante années de luttes ont apporté, explique Jacopo Ograbek, coprésident de l’association Geneva Pride 2019. Célébrer les avancées permet aussi de mettre en lumière ce qu’il reste à faire.» Le comité a rédigé un manifeste – une première – qui met en exergue la dimension politique de la fête.

La soirée d’ouverture se tiendra le samedi 29 juin à Pitoëff; après les allocutions officielles, le 50e anniversaire de Stonewall sera célébré jusqu’au bout d’une nuit baptisée «69, année héroïque». Puis, en sus des divertissements nocturnes, des événements culturels, politiques et associatifs jalonneront la semaine. Au menu: débats, concerts, performances et films, sans oublier les expositions, «Chez Brigitte», au village de la rue Lissignol, et «Genève, fière de son histoire LGBTIQ+», organisée par la Ville aux Bastions.

Enfin, le samedi 6 juillet, l’événement trouvera son point d’orgue avec la Marche des fiertés. Outre les soutiens institutionnels, le défilé bénéficie de l’appui financier de multinationales, ce qui a provoqué de vives discussions au sein de la communauté, certains dénonçant un pinkwashing, selon «Le Courrier». Ce différend n’empêchera pas le cortège de partir à 15 h 30 du Palais Wilson pour se rendre au parc des Bastions. «C’est l’instant de visibilité dans la cité, se réjouit le coprésident. Pour la première fois, nous pouvons passer par les Rues-Basses. Cela signifie beaucoup d’être présents au cœur de la ville.»

www.genevapride.ch

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