La Bretelle, quarante ans d’airs gaillards aux cœur des Étuves

Vie nocturneOuvert en 1979 par l’accordéoniste Marie-Claire Roulin, le bar a offert un repère aux lesbiennes avant de s’ouvrir à tous les goûts. En 2019? La relève est jeune et toujours musicale.

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Il est un lieu, aux Étuves, qui porte encore l’histoire de cette rue que le citoyen respectable, jadis, considérait de mœurs légères. On y croisait les prostituées. On s’y saoulait aussi, on s’y bagarrait souvent. Et l’on y jouait du musette, de l’accordéon, chaque enseigne réservant au piano à bretelles un coin protégé des noceurs turbulents par une barrière en bois. Vous avez dit bretelle? C’est bien ça. Accessoire essentiel pour porter l’instrument devant soi et libérer les mains. Ainsi va la musique. Ainsi va aussi La Bretelle, ce merveilleux petit troquet où il fait bon boire et causer en écoutant les musiciens de passage. La Bretelle, qui fête en 2019 ses quarante ans d’existence avec une série de soirées offrant concerts, contes, jeux et ripailles.

Quarante ans, ça fait une drôle d’histoire à raconter. L’enseigne a ouvert en 1979, lorsque l’accordéoniste Marie-Claire Roulin, qui se produisait depuis son adolescence dans les nombreux cafés de la rue, rachetait sur un coup de tête l’ancienne Channe valaisanne. Du temps d’avant La Bretelle, il ne reste rien que cette lambourde de bois au nom de la Channe, retrouvée par hasard lors des dernières transformations. Des trente années que Marie-Claire a consacrées à La Bretelle, en revanche, il demeure beaucoup.

«Elle est à vendre? Achetons-la!»

Longtemps, La Bretelle est restée l’un des rares repaires pour les lesbiennes, avant de s’ouvrir aux homos et aux hétéros. Seuls les anciens clients s’en souviennent. Pourtant, ce caractère mixte perdure, en 2019 encore. Il aura fallu pour cela la ténacité des repreneurs successifs. Passons les détails et retenons ceci: en 2011, deux femmes achètent le fonds de commerce, Ethiopia et Francesca. L’esprit à 360 degrés persiste. Un jour, cependant, ou plutôt une nuit, car l’adresse n’ouvre qu’en soirée, un petit mot a été collé sur la porte: «À vendre».

Mais La Bretelle n’était pas prête à rendre son dernier souffle. Les piliers du bar, les Loulou, les Yannis et compagnie, ne s’en irait pas de sitôt. On les connaît, ces deux-là: une comédienne et metteuse en scène gouailleuse en diable, un musicien gaillard, banjoïste dans les fameux Legroup. Des enfants de la balle, des costauds dans l’âme. Et puis il y a là des jeunes gens, 20, 25 ans tout au plus. Ils apprécient l’ambiance, la carte à petits prix, les animations. D’ailleurs, c’est à cause du même instrument dont joue Marie-Claire que l’affaire s’est poursuivie…

COCA, COCU et SEXE

«On était venu pour un concours d’accordéon. Les musiciens s’affrontaient au défi, la soirée était animée par Yannis. On a vu la pancarte sur la porte. On était ivre, et on s’est dit: puisque La Bretelle est à vendre, achetons-la!» Tu parles… Mais si! «Le temps qu’on demande des sous à droite à gauche, à nos tontons, papas et mamans, l’essentiel était réuni.» C’est Catarina Rosa qui raconte. Les emprunts seront bientôt remboursés, dit-elle, preuve que la gérance est saine. Catarina n’est pas la tenancière, mais l’un des nombreux membres, une cinquantaine, y compris le nécessaire détenteur d’une patente de cafetier, qui portent l’association Les Amis de La Bretelle. Première assemblée générale en 2014. La succession est assurée.

Dire que La Bretelle aurait pu devenir un bar à huîtres… Des propositions plus argentées, il y en a eu. Mais Ethiopia et Francesca ont préféré le projet de la jeune équipe. Parce que l’association proposait trois objectifs: préserver le lieu et le faire vivre, promouvoir les produits du terroir, des bières artisanales notamment, et, surtout, soutenir les activités culturelles. Au printemps 2015, enfin, la vente était conclue. La Bretelle, désormais, serait un bar associatif. Avec ses commissions: pour la carte, c’est la COCA, pour l’agenda culturel – chanson, musiques du monde, rock acoustique, lectures – c’est la COCU. Quant au service d’exploitation et entretien, ce dernier écope de l’acronyme SEXE.

Les angelots savaient pécher

Tout le monde participe. Pas de serveurs professionnels ici. Seuls les responsables hygiène et stock sont rémunérés – entre 10 et 20% de taux d’emploi. Le travail au bar est défrayé, de sorte que les serveurs ne perdent aucun argent lorsqu’il faut manger ou payer le taxi du retour si besoin. «Pour beaucoup, il s’agit d’une première expérience, toujours encadrée par un responsable de soirée», précise Catarina. Qui sourit lorsqu’on l’interroge sur le devenir de l’association: «Oui, les membres se renouvellent. De bouche à oreille, les plus jeunes viennent voir, apprécient, puis s’engagent.»

Il est 23 heures. La conversation s’achève. Pendant ce temps, ses collègues ont accroché sur les murs de grands panneaux représentant ici des angelots coquins, très affairés à réaliser les sept péchés capitaux, colère, luxure, gourmandise... Et là des fumeurs célèbres, Freud, Che Guevara, Fritz The Cat, évocation de l’interdiction de fumer dans les bars votée en 2009. Toutes les peintures sont de Clarence et ont décoré à tour de rôle La Bretelle durant les trente ans que Marie-Claire Roulin y a passés. Marie-Claire? Elle sera là, samedi 23 novembre, pour fêter les 40 ans. Avec son accordéon évidemment.

Les 40 ans de La Bretelle Du sa 16 au di 24 nov., rue des Étuves 17 samedi 16 novembre,

Créé: 16.11.2019, 15h30

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