Des enfants s'autohypnosent contre la douleur et la peur

Aux HUGLes Hôpitaux universitaires de Genève forment le personnel médical à l’hypnose. Des dizaines d’enfants ont appris cette technique et l’utilisent.

Les HUG utilisent l'hypnose pour aider les enfants malades. Image: Pascal Frautschi

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On a tous des super-pouvoirs, dont on ne soupçonne pas l’existence et qu’on laisse en état d’hibernation. Un outil permet pourtant de les activer: l’hypnose. Cette technique permet d’apprendre à utiliser ses ressources pour focaliser son attention sur des images et sensations agréables et atténuer ainsi le volume d’une souffrance ou d’une peur et de limiter le recours aux médicaments. Depuis un an, des enfants soignés aux Hôpitaux universitaires de Genève (HUG) en bénéficient et apprennent à la pratiquer. Quatre d’entre eux ont accepté de témoigner (lire ci-dessous).

L’hypnose était utilisée depuis les années 80 aux HUG de manière limitée, avant d’entrer par la grande porte en 2017. L’Hôpital lance un programme sur deux axes: optimiser la communication thérapeutique – manière de dialoguer avec le patient pour avoir un impact positif sur le vécu et le soin – et former les soignants à l’hypnose afin d’améliorer le bien-être des patients. Un projet porté par la Dre Adriana Wolff, médecin adjointe dans le Service d’anesthésiologie, et la pédiatre et vaccinologue Claire-Anne Siegrist.

Les soins invasifs facilités

Un an plus tard, l’hypnose est offerte aussi aux jeunes patients, grâce à un soutien de la fondation Children Action. Pour diminuer leurs angoisses, faciliter des soins comme des prises de sang, la pose de perfusion ou d’un plâtre, entre autres. Quelque 314 collaborateurs de l’Hôpital des enfants ont déjà été formés à la communication thérapeutique et 58 à l’hypnose clinique, des infirmières comme des médecins et des physiothérapeutes. Le programme porte ses fruits: les HUG indiquent qu’avant l’introduction du programme, un tiers de certains examens invasifs, tels que la pose d’une sonde nasogastrique, se soldaient par un échec. «Aujourd’hui, la majorité peut être menée à bien.» En 2021, les 600 soignants de pédiatrie auront été formés à la communication thérapeutique et 70 à l’hypnose.

À cela s’ajoute l’ouverture, en novembre 2018, d’une consultation dédiée à l’hypnose clinique pédiatrique: enfants et adolescents soignés aux HUG peuvent bénéficier d’hypnose pour des problèmes plus complexes, comme des douleurs chroniques, et apprendre l’autohypnose. Au total, «entre 50 et 100 jeunes patients bénéficient chaque mois d’une prise en charge incluant l’hypnose, en consultation, aux Urgences ou durant l’hospitalisation», rapporte Claire-Anne Siegrist, qui partage la consultation ambulatoire avec la pédiatre Stéphanie Gollut-Tanner.

Comment ça marche? Les deux spécialistes précisent que l’hypnose clinique n’a rien à voir avec l’hypnose de spectacle, directive et manipulatrice. Cet outil thérapeutique permet de plonger dans un état de conscience modifié, une transe similaire à une rêverie profonde, tout en restant conscient. «Nous révélons au patient comment activer ses ressources qui vont lui permettre de modifier ses perceptions afin de traverser des peurs, des douleurs», résume Claire-Anne Siegrist. Derrière ces «super-pouvoirs», un mécanisme de sélection des informations par le cerveau. L’organe ne peut gérer qu’un certain nombre d’informations en même temps. Ainsi, s’il est saturé d’images, de sons, de sensations confortables, celles-ci vont prendre le pas sur les informations négatives ressenties ou interprétées. «Ces dernières deviennent alors un bruit de fond», image la professeure.

Canal, transe et «safe place»

Si le patient adulte aura plutôt tendance à vivre une transe calme, avec les yeux clos, l’enfant, lui, est plus actif. «Il peut bouger, interagir, dessiner, tout en étant absorbé dans son monde imaginaire.» Stéphanie Gollut-Tanner détaille le modus operandi. «D’abord, on détermine l’objectif, si on va travailler sur des angoisses, sur des douleurs. Ensuite, on cible un canal sensoriel: visuel, auditif, kinesthésique (par le toucher) et on choisit une induction qui va amener à la transe. Ça peut être caresser une couverture douce, imaginer s’envoler avec des ballons, se concentrer sur sa respiration.» Puis l’enfant est guidé vers une zone de confort où il se sent en sécurité. «À partir de là, on peut l’emmener ailleurs et commencer à traiter des angoisses ou des peurs. En les enfermant dans un ballon dans lequel on shoote, en diminuant virtuellement le curseur d’une douleur, en utilisant un gant magique qui apaise ( lire ci-dessous ). Enfin, on le fait ressortir de cet état de conscience modifié.»

Au bout de deux à trois séances, le patient peut apprendre à s’autohypnotiser et être capable de retourner dans sa zone de confort et réactiver seul les outils de gestion de la douleur ou de l’anxiété. Et renforcer son estime de soi.

Créé: 17.06.2019, 08h03

La mer de Sardaigne

Lucie, 14 ans, a été opérée le 14 mai. Sept heures et demie d’intervention et une cicatrice de 26 centimètres. Elle souffre d’une scoliose sévère et de veines peu accessibles. «Avant l’opération, il fallait me poser une voie veineuse. Après dix tentatives, j’avais trop mal. On m’a alors proposé l’hypnose.» Avec un soignant formé, Lucie s’évade en Sardaigne, où elle aime passer ses vacances. La douleur s’éloigne. «On a réussi à piquer!» Elle utilise aussi l’hypnose durant sa rééducation avec sa physiothérapeute. «Au lieu de penser à la douleur en montant l’escalier, j’imaginais gravir une dune. Si j’avais mal, je plongeais dans la mer. En une séance, j’ai appris l’autohypnose. Dix jours après l’opération, je ne prenais plus d’antidouleurs!» sourit fièrement Lucie. L’hypnose l’a aussi aidée à apaiser ses peurs. «Ça va me servir toute la vie.»

A.T.

Île Maurice en famille

«Depuis mes 6 ans, j’avais tout le temps mal au ventre, matin et soir. Et je grinçais des dents la nuit. Aujourd’hui, ça s’est beaucoup calmé et quand ça revient, j’utilise l’hypnose.» Lorsqu’elle pratique cette technique, Anya, 12 ans, s’imagine sur une plage de l’île Maurice, «où je passe souvent les vacances mais pas chaque année parce que ça coûte cher». Elle se représente en famille, «on construit des châteaux, on joue avec le chien, on boit l’eau de la noix de coco qu’a cassée mon papa. Ou bien je suis juste installée dans mon siège de plage.» Elle voyage dans sa tête avec les yeux fermés ou ouverts, parfois quelques minutes seulement, le soir pour s’endormir ou à l’école «quand j’ai peur d’avoir une mauvaise note ou que je suis stressée. Ça marche à tous les coups!»

A.T

Gant magique contre l’eczéma et les douleurs

Rien que le mot déclenchait une crise de panique. Alba, 9 ans, a toujours été terrifiée par les piqûres. «Un médecin sans patience l’avait un jour forcée à faire une prise de sang, sans ménagement, ça l’a traumatisée et créé une peur du milieu médical, raconte son père. C’est devenu un problème, le moindre soin devenait compliqué.» Les HUG ont alors proposé d’essayer l’hypnose. «J’avais un peu peur qu’on me force à faire des choses et que je ne m’en rappelle pas», confie Alba. La première séance ne la convainc pas. La deuxième la fait changer d’avis. «J’étais bien, je me suis même endormie!» Avec l’hypnothérapeute, Alba s’évade dans une cabane avec un observatoire d’où elle regarde le monde, elle se construit une bulle sur laquelle «tout glisse».

Depuis, «la phobie des piqûres est toujours là, mais c’est gérable», résume-t-elle. Derrière son regard profond se cachent toutefois d’autres angoisses qui l’empêchent de dormir la nuit. «La peur que mes amies ne m’aiment pas, qu’on ne veuille plus de moi…» confie-t-elle. Avant d’expliquer que l’hypnose l’aide «à oublier ces soucis, c’est très utile. Je me sens plus légère.»

Il y a aussi cet eczéma, qui démange sur les jambes, qui pique sur le contour des yeux. «Alors j’imagine que je mets un gant très très serré sur ma main et ça m’aide à guérir. Je le dépose à différents endroits et ça me calme quand ça gratte.»

«Elle a réussi à utiliser l’hypnose pour apaiser son anxiété et trouver de nouvelles ressources, constate son papa. J’ai même l’impression que ça a des effets sur son côté artistique, sur ses poèmes.»

A.T.

S’envoler avec des ballons et dévaler un arc-en-ciel

Elle triture son pendentif papillon offert par une copine tout en résumant sa maladie: «Tout le monde a du mucus dans les poumons. Mais la mucoviscidose fait que moi j’en ai trop. Alors je tousse et j’ai des problèmes à l’estomac.» Nina, 6 ans, souffre d’une maladie pulmonaire chronique nécessitant régulièrement des examens médicaux. Dont une séance régulière de «gratte-gorge». «C’est un coton-tige avec une plaque marron qu’on me met dans la gorge (ndlr: un frottis ) . Au bout d’un moment, je n’en pouvais plus, ça me faisait trop mal de faire ça. Alors je ne voulais plus ouvrir la bouche.»

Les HUG proposent à ses parents d’essayer l’hypnose. Nina apprend à s’envoler en s’accrochant à des ballons, direction les nuages. «Là-haut, il y a une petite maison avec une petite cage dedans. Je peux y mettre ma peur et ma colère.» Après quelques séances d’hypnose vient le moment tant redouté du gratte-gorge. «Alors je suis allée sur mon nuage, j’ai fait du toboggan sur un arc-en-ciel et dans une boîte, j’ai trouvé un spray qui t’endort la bouche. Elle devient comme glacée et on ne sent plus rien. Je me suis sentie bien.» Sa bouche s’est ouverte, le gratte-gorge a pu s’y glisser.

Nina se sert aussi de l’hypnose pour s’endormir le soir et pour gérer ses émotions, notamment la colère. «Quand je suis énervée ou que je ne suis pas bien, je prends mes ballons et sur le nuage, je retrouve des choses que j’aime. Comme mes parents, mon frère, les chats, les licornes. Ou faire de la corde à sauter… Ça marche à tous les coups!»

A.T

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