Les braqueurs disent qu’ils étaient ivres et shootés

Hold-upQuatre Lituaniens comparaissent pour un braquage violent à la rue de la Corraterie en 2018. Ils nient toute organisation.

Le lieu du braquage survenu le 31 mai 2018.

Le lieu du braquage survenu le 31 mai 2018. Image: Laurent Guiraud

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Des bras cassés du braquage. Des toxicomanes sous héroïne entrés dans une boutique pour y voler quelques montres. C’est en petites frappes désorganisées que se sont décrits, mercredi, les quatre Lituaniens qui comparaissaient devant le Tribunal correctionnel pour le casse d’une bijouterie de la rue de la Corraterie en 2018.

On distingue d’abord trois hommes, entre 35 et 40 ans, cheveux blonds rasés et corps bodybuildés avec, comme point commun, près de dix ans passés derrière des barreaux. Un quatrième individu complète l’équipe. Moins imposant, presque élégant dans son gilet en laine, il tranche avec les autres prévenus. À entendre le quatuor balte, il n’y avait ni commanditaire, ni distribution des tâches. Les membres ne se connaissaient même pas, ou peut-être juste de vue. Quand il leur est demandé s’ils sont des professionnels, ils secouent la tête.

Traînée par les pieds

Thèse crédible ou unique voie de secours quand les images de vidéosurveillance ne permettent plus de nier les faits? L’accusation, elle, ne fait état d’aucun dilettantisme. L’action du quatuor a été «brutale, violente et parfaitement coordonnée», soutient le procureur Walther Cimino. Les quatre hommes ont d’abord fait le trajet de Lituanie à Annemasse. Là, ils ont réservé quelques nuits d’hôtel. Comme des pendulaires, ils ont fait des allers-retours en tram à Genève, identifié une bijouterie, observé les habitudes du personnel et coordonné l’attaque.

L’assaut est donné le 31 mai. En fin de matinée, le plus petit sonne à la porte. L’une des trois femmes qui se trouve à l’intérieur ouvre, il entre, brandit un pistolet. Les autres le rejoignent, sauf l’un des prévenus, qui fait le guet à l’extérieur. «C’était très violent, une violence froide et inouïe», raconte l’une des victimes. La plaignante qui parle a été traînée par les jambes jusque dans l’arrière-boutique et frappée d’un coup de poing au visage. Les deux autres femmes s’en sortiront indemnes, mais choquées. «Ils n’avaient rien des drogués qu’on voit dans la rue. Ils savaient parfaitement ce qu’ils faisaient», assure l’une des plaignantes.

Après 120 secondes durant lesquelles les hommes se sont servis dans le coffre et les vitrines, ils ressortent et se séparent. Mais la police quadrille rapidement le quartier. Les quatre hommes seront tour à tour arrêtés dans la rue, dans une boucherie et dans un magasin de téléphonie du centre-ville. Sur eux, des montres du magasin attestent de leur méfait. Quelques heures plus tard, on retrouvera un pistolet à billes derrière le siège d’un tram. Il avait été caché là par le plus petit des braqueurs.

Mystérieux «étudiant»

Dans cette affaire, un cinquième homme manque à l’appel. Les quatre Lituaniens l’appellent «l’étudiant», c’est lui qui aurait fait venir ses compatriotes dans la région avec la promesse d’un vrai travail. Son nom, aucun des quatre prévenus ne le révèle. «L’étudiant» est aussi celui qui est parvenu à disparaître, probablement avec une partie du butin et plusieurs milliers de francs saisis dans le coffre de la bijouterie.

Alors, professionnels ou pieds nickelés? Le procureur Walther Cimino ne doute pas. «C’est une véritable équipe, avec des automatismes et du matériel soigneusement préparé. De vieux brisquards, des mercenaires de la violence, qui ont fait carrière dans la délinquance. À Vilnius, quand ils montent dans un minibus, ils savent parfaitement ce qu’ils vont faire.» Après avoir égrené le contenu des casiers judiciaires des quatre hommes, le représentant du Parquet a demandé aux juges de condamner chacun des prévenus à six ans de prison.

Une sévérité excessive pour les quatre avocats de la défense, qui se sont affairés à montrer l’amateurisme «déconcertant, voire risible» du quatuor et demandé des peines soit inférieures soit avec sursis.

De cette journée d’auditions animée, on retiendra enfin la phrase de l’avocat des trois plaignantes, Me Serge Milani: «J’aurais voulu m’adresser à eux, leur dire: «Messieurs, quand on est grand et costaud, on ne cogne pas sur une femme pour lui prendre son pognon.» Mais ça ne sert à rien, ils s’en foutent.»

Le verdict sera rendu vendredi.

(TDG)

Créé: 22.05.2019, 20h01

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