Boucheries caillassées par les commandos «antispécistes»

GenèveTrois boucheries de la place ont été vandalisées à coups de jets de pierres, entre vendredi et dimanche. Les dégâts sont importants, les auteurs courent toujours.

Après la boucherie du Molard, et avant celle des Grottes, la boucherie de Champel, sise à l'avenue Alfred-Bertrand, caillassée dans la nuit de vendredi à samedi.Son responsable Christian Mansey pose devant la vitrine.

Après la boucherie du Molard, et avant celle des Grottes, la boucherie de Champel, sise à l'avenue Alfred-Bertrand, caillassée dans la nuit de vendredi à samedi.Son responsable Christian Mansey pose devant la vitrine. Image: Lucien Fortunati

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La cause animale avait jusqu’ici ses défenseurs; elle a maintenant ses commandos. Ils se recrutent chez ceux et celles qui militent pour la fin du spécisme, cette forme de racisme qui, à leurs yeux, considère que la vie et les intérêts des animaux peuvent être négligés simplement parce qu’ils sont d’une autre espèce. «Nous sommes tous égaux devant la mort et le bonheur», répètent en boucle les «antispécistes» quand ils descendent dans la rue pour manifester.

Tous sauf les bouchers si l’on en croit les événements récents. Depuis la fin de la semaine dernière, un traitement particulier leur est réservé chaque nuit. Enseignes caillassées et souillées à la peinture quand les gens dorment. Entre jeudi et dimanche, Rues-Basses, Champel et Grottes ont eu la visite de ces opérations coup de poing, utilisant du lourd pour exploser les vitrines des «criminels» qui vendent de la viande.

Vendredi 13, à 2h du matin, les vitrines de la Grande Boucherie du Molard volent en éclats (lire notre édition du 14 avril). Jets de pierres et autocollants appliqués sur les vitres qui tiennent encore. La police est sur place, le directeur de l’enseigne, Serge Belime, porte plainte contre inconnu, en commentant à mots choisis l’acte qu’il dénonce publiquement: «C’est bien d’avoir des convictions, mais je trouve regrettable que certains ultras utilisent des moyens de voyous pour faire passer leur message.»

Le prochain sur la liste

Son confrère sur le plateau de Champel, Christian Mansey – 32 ans de métier comme boucher indépendant – apprend la nouvelle dans la journée de vendredi et se dit qu’il sera le prochain sur la liste. Sa lucidité se confirme la nuit suivante, par un appel de la police, samedi 14 avril à 2h du matin. «Quand je suis arrivé, mon commerce était dévasté, raconte-t-il. Ils ont lancé leurs projectiles, équivalant à des boules de pétanque, en visant les cloisons au centre pour faire le maximum de dégâts.»

Deux pierres rondes ont touché les présentoirs réfrigérés à l’intérieur; une troisième a fini sa course en laissant son impact contre la porte métallique du frigidaire mural. «Heureusement pour moi, je retire chaque soir ma marchandise exposée. Je suis là chaque matin à 5h30 pour ma mise en place. Les premiers clients arrivent à 6h30.»

Nuit blanche pour le boucher

Nuit blanche pour le boucher de quartier, voisinant de surcroît depuis sept ans avec le chantier du CEVA. «J’ai dû me séparer de mon employé. Le chiffre d’affaires a baissé», explique-t-il d’une voix aimable, qui n’a rien de plaintif. Le voici désormais, après avoir déposé plainte au poste de police, en discussion quotidienne avec sa nouvelle clientèle: les agents d’assurance.

«Pour être indemnisé et faire valoir ma perte d’exploitation, il faudrait que je commence par fermer mon commerce. Et la viande dans mon frigo, j’en fais quoi?», ajoute-t-il. Terrine, pâté en croûte sur les rayons, de l’artisanat charcutier qui fait toute la différence. «Cela ne sert à rien d’agir de la sorte, chacun fait comme il veut, dans le respect de l’autre et de ses habitudes alimentaires, poursuit M. Mansey. J’ai des amis végétariens; on se voit, on s’apprécie, on mange ensemble. Je ne vais pas crever les pneus de leur voiture…»

D’une rive à l’autre

Commando à rallonge, passant d’une rive à l’autre. Dans la nuit de samedi à dimanche, au tour du boucher Eric Muller d’être visité, rue et place des Grottes. Côté rue, des projections de peinture rouge «vinasse» dégoulinant jusqu’au marbre; côté place, des autocollants dénonçant les abattoirs. Des heures de nettoyage, à gratter et laver les vitrines. «Je suis allé porter plainte dimanche au poste de Cornavin», précise le responsable de cette enseigne bien connue, fréquentée par une clientèle de tous âges qui s’arrache ses petits pâtés à la viande (oui, à la viande), notamment les jeudis, soirs de marché des Grottes.

Haine dénonciatrice

D’autres enseignes touchées? D’après nos informations, un kebab aurait également été victime des vandales antispécistes. S’ils continuent à fixer leur haine dénonciatrice sur les petits commerces, leur parcours à venir est tout tracé. Il ne reste plus en effet qu’une trentaine de bouchers indépendants sur le territoire genevois. Ils sont fiers de l’être et ne se cachent pas. Pour faire le tour des kebabs, cela prendra un peu plus de temps.

La police s’est déplacée sur chacun des lieux caillassés, repartant à chaque fois avec les projectiles retrouvés. De quoi remplir le coffre du véhicule de patrouille. Et chasser l’ADN des lanceurs. Ils opèrent en bande, avec une rapidité d’exécution qui rappelle la discipline collective des manifestations annuelles de la cause.

Discipline collective

Au milieu de l’été, entre 500 et 1000 personnes défendant la cause antispéciste avaient défilé partant de la place de la Navigation pour aller jusque sur le parvis de la cathédrale, avec la bénédiction des autorités locales. Au pas de charge, meneurs d’allure en tête, une visibilité orchestrée dans le strict respect des consignes propagandistes: le nombre fait l’image. Aujourd’hui, l’image ne suffit plus, on l’anime en passant nuitamment à l’action directe. (TDG)

Créé: 17.04.2018, 10h58

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Antispécisme, mode d’emploi et arsenal analogique

L’antispéciste s’exprime dans l’espace public au moins une fois par année, à l’occasion de la Journée mondiale pour la fin du spécisme (JMFS). Genève a déjà accueilli à plusieurs reprises ce genre de manifestations, réunissant des sympathisants venus de toute la Suisse et des pays voisins. La prochaine édition est prévue en août de cette année, toujours à Genève.

L’antispéciste de base dénonce par définition la supériorité de l’homme sur les autres espèces et la vision, éculée à ses yeux, de «l’animal-machine». Son adversaire désigné est le «carniste», l’amateur de beefsteaks et de pâtés en croûte. Le concept qui conduit à la cause remonte aux années 70. On le doit à un psychologue britannique, Richard Ryder, sensible au sort des animaux. La carrière sémantique de ce mot à la prononciation délicate lui a valu de faire, il n’y a pas si longtemps que cela, son entrée tonitruante dans le dictionnaire Robert.

Quant au rapprochement de l’homme et de l’animal, il offre à ses adeptes convaincus la pratique infinie de l’analogie et du parallèle. Ainsi a-t-on appris lors d’une précédente manifestation organisée à Genève que «le système concentrationnaire de l’élevage intensif (bovins ou volailles) était assimilable aux camps d’extermination nazis».

La comparaison a été applaudie par la foule; comme plus tard cette évocation d’une «vache contrainte à l’insémination artificielle» dont l’expérience de vie est, de l’avis de l’oratrice du jour, à rapprocher de celle d’une «femme séquestrée et violée».
TH.M.

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