Bizutage en prison à Genève: ruée de gardiens au tribunal

Champ-DollonDeux collègues ont été «intronisés» à coups de peinture et de nourriture. Audience devant la Chambre administrative.

A l'occasion de l'audience devant les juges, la Tribune a appris que l'enquête sur la prison porte sur deux épisodes litigieux.

A l'occasion de l'audience devant les juges, la Tribune a appris que l'enquête sur la prison porte sur deux épisodes litigieux. Image: Laurent Guiraud

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Grosse mobilisation de robes et uniformes la semaine dernière au Palais de justice: une quinzaine de gardiens de prison, huit avocats et presque autant de juges de la Chambre administrative étaient réunis pour une affaire hors du commun révélée dans nos colonnes en mars dernier. Cette audience a permis de comprendre qu’il n’y a pas un, mais bien deux épisodes litigieux. Les «bizutages», pour certains, ou «rites de passages» pour d’autres sont survenus à Champ-Dollon en septembre 2017 et en avril 2018.

Au total, quatorze gardiens se retrouvent sous enquête pour avoir «intronisé» deux nouveaux collègues à coups de peinture, d’eau et d’autres produits alimentaires solides et liquides… Leurs avocats estiment que le Département de la sécurité de l’emploi et de la santé (DSES), absent durant l’audience, a ouvert à tort une procédure séparée pour chaque détenu au lieu de «nouer la gerbe». «Et tout cela a débuté avec une dénonciation anonyme pour une affaire où les deux nouveaux gardiens estiment qu’il s’agissait d’un rite bon enfant», précise d’emblée Me Marc Oederlin, avocat d’un gardien. «Ce saucissonnage limite nos droits, l’accès aux informations, la participation aux auditions, dont certaines ont déjà eu lieu.»

Catenaccio à l’italienne

Pour Me Romain Jordan, fustigeant au passage «l’absence non excusée des autorités intimées, embarrassées de toute évidence», «la procédure ne peut donc pas aller de l’avant ainsi: la justice doit intervenir. Il faut joindre toutes les affaires afin que nous puissions avoir accès à toutes les informations, poser des questions et assister à tous les actes d’enquête, comme les auditions.»

C’est pour cela que la plupart des défenseurs des matons ont fait recours devant la Chambre administrative. «Et non pas pour retarder la procédure ou faire du catenaccio à l’italienne, assure Me Nicolas Jeandin. Nous n’avons rien à cacher. Ce dossier, une sorte de machine à Tinguely qui s’emballe, est mal emmanché depuis le début par le DSES, qui saucissonne l’affaire. Contrairement à vous qui nous recevez tous en même temps», dit-il en s’adressant à la rangée de juges. Me Thomas Barth estime que cette façon de procéder nuit également à une bonne gestion des deniers publics et d’une certaine efficience de l’État.

«Les faits reprochés aux quatorze gardiens sont les mêmes, tout comme les questions de droits. Il faut joindre les causes. Il aurait fallu n’en ouvrir qu’une seule depuis le début pour les mis en cause mais aussi pour le contribuable.»

Humour potache ou dérapage en prison? Dans une vidéo, on voit les gardiens qui font mine d’arrêter un collègue ne portant pas l’uniforme et qui feint de s’agiter et de crier dans un local équipé d’une douche. Ils appellent alors le bizuté à la rescousse. Histoire de l’attirer dans le «piège». Il est menotté dans le dos «par cinq gardiens», précise l’arrêté du DSES rendu en février, et allongé face contre terre: «Un des gardiens a mis la tête de l’intéressé sous le jet d’eau de la douche.»

On lui verse ensuite le contenu du mélange poisseux. Il essuie encore des jets de farine avant d’être emballé dans du papier cellophane. Un gardien lui spraye de la peinture verte sur la barbe en ajoutant dans la foulée des paillettes.

Ce n’est pas tout. Des collègues déboulent avec un tuyau d’incendie et l’aspergent. Toujours, selon les images de la vidéo, le bizuté semble, il est vrai, plutôt amusé. «Je n’ai pas pris d’habits de rechange!» jette-t-il à ses camarades en souriant.

«Tout cela n’est pas sérieux»

D’après le DSES, les participants pourraient avoir mis en péril la sécurité de l’établissement. Par ailleurs, il rappelle que les vidéos montrant des membres du personnel de surveillance en uniforme sont interdites.

L’arrêté du DSES relève la nécessité pour le personnel d’adopter un comportement digne, respectueux d’autrui et exemplaire en termes d’image de la fonction publique. «Si la sécurité de l’établissement avait vraiment été en jeu, pourquoi le département a-t-il alors attendu plus de six mois avant d’y mettre fin? Tout cela n’est pas sérieux», conclut Me Jordan.

La Chambre administrative tranchera sur le recours ultérieurement.

Créé: 12.06.2019, 06h45

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