Bizutage à la prison de Champ-Dollon: des gardiens sous enquête

GenèveUne enquête administrative a été confiée à un ancien juge de la Cour de justice.

Les faits ont eu lieu le 9 avril 2018.

Les faits ont eu lieu le 9 avril 2018. Image: Laurent Guiraud

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Humour potache ou dérapage en prison? La Tribune de Genève a appris que le Département de la sécurité, de l’emploi et de la santé (DSES) a ordonné l’ouverture d’une enquête administrative après le bizutage d’un gardien à Champ-Dollon. Les événements, qui se sont déroulés le 9 avril 2018 sur le site pénitentiaire, impliquent «au moins neuf agents de détention», selon l’arrêté du DSES daté du 6 février.

D’après le document, que nous avons consulté, le bizutage s’est déroulé en deux étapes filmées à chaque fois par un participant. Dans les premières images en main du département, on voit des gardiens mélanger de nombreuses denrées alimentaire «solides et liquides» dans plusieurs récipients «afin de constituer une substance liquide infecte et nauséabonde», d’après le département. La seconde étape se déroule dans une autre pièce du site.

Dans une mise en scène assez grossière, les gardiens font mine d’arrêter un gardien qui n’a pas l’uniforme, qui feint de s’agiter et de crier dans un local équipé d’une douche. Ils appellent alors le bizuté à la rescousse. Histoire de l’attirer dans le «piège». Il est menotté dans le dos «par cinq gardiens», précise l’arrêt, et allongé face contre terre: «Un des gardiens a mis la tête de l’intéressé sous le jet d’eau de la douche.» On lui verse ensuite le contenu du mélange poisseux. Il essuie encore des jets de farine avant d’être emballé dans du papier cellophane. Un gardien lui spraye de la peinture verte sur la barbe en ajoutant dans la foulée des paillettes.

Ce n’est pas tout. Des collègues déboulent avec un tuyau d’incendie et l’aspergent. Selon nos sources, le bizuté semble, il est vrai, plutôt amusé: «J’ai pas pris d’habits de rechange», dit-il dans le feu de l’action.

Selon l’arrêté, les participants pourraient ainsi par leurs agissements avoir mis en péril la sécurité de l’établissement et avoir porté atteinte à la personnalité de la victime du bizutage. Par ailleurs le document du département rappelle que les vidéos mettant en vue des membres du personnel de surveillance en uniforme sont interdites. Relevant la nécessité pour le personnel d’adopter un comportement digne, respectueux d’autrui et exemplaire en matière de représentativité de la fonction publique, l’arrêté signifie aux gardiens concernés que l’enquête a été confiée à un ancien juge de la Cour de justice.

Des audiences ont d’ores et déjà eu lieu la semaine dernière. Pour Me Romain Jordan, avocat d’un gardien, «Ce genre de cérémonie ou rite est une pratique admise jusque dans l’armée suisse, puisqu’il renforce l’esprit de corps. Il faut bien sûr que l’alcool n’entre pas en jeu, qu’il ne contienne aucune allusion raciste, sexiste ou discriminatoire et qu’il ne soit pas humiliant pour la personne concernée. Ces conditions étaient toutes réunies, étant souligné que la sécurité de la prison comme celles des gardiens n’a jamais été compromise. Tous les gardiens ont été entendus et ont confirmé qu’ils étaient tous consentants, même demandeurs. Lancer autant d’enquêtes administratives pour de tels faits est largement disproportionné. »

Selon Me Thomas Barth, qui représente l’un des gardiens impliqués, «l’affaire ne présente vraiment aucun signe de gravité, tous les participants étant conscients qu’il s’agit simplement ici d’initier avec humour un nouvel arrivant, rien de plus. Cette pratique est fort ancienne est il est hors de question que nos clients assument seuls une pratique prévalant manifestement dans de nombreux corps civils et militaires depuis des dizaines d’années, y compris donc à Champ-Dollon.»

Me Robert Assaël, qui défend un autre gardien, refuse le terme bizutage: «Je parlerais plutôt d’un rite de passage. C’est une pratique ancestrale qui existe depuis toujours à Champ Dollon dans de nombreuses associations ou professions... même chez les avocats! Cela étant, il faut bien sûr proscrire ses dérives et ses excès! Ici, rien de tel: pas de brimades, pas de vexation, pas d’alcool! Ambiance bon enfant! Le gardien a d’ailleurs souri tout du long. Une fois de plus, au lieu de féliciter les gardiens, grâce auxquels la prison n’implose pas, on leur fait des chicaneries. Je me battrai pour que mon client soit blanchi!» Mes Nicolas Jeandin, Saskia Ditisheim et Marc Oederlin défendent d'autres gardiens mis en cause.

Créé: 11.03.2019, 18h04

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