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L’œil bienveillant de Demir Sönmez, de retour du Kurdistan

Le photographe genevois voit dans le peuple kurde et la Suisse des modèles de tolérance et de démocratie.

Le photographe genevois Demir Sönmez a suivi durant une douzaine de jours la campagne du référendum d’indépendance de la région autonome kurde d’Irak.
Le photographe genevois Demir Sönmez a suivi durant une douzaine de jours la campagne du référendum d’indépendance de la région autonome kurde d’Irak.
DR

Quand il vous dit avec des yeux d’enfant que le peuple kurde est le plus gentil du monde, on a envie de le croire. De retour de reportage au Kurdistan irakien, le photographe genevois Demir Sönmez a encore la tête pleine d’images et de rêves. Appareil photo en main, il a suivi durant une douzaine de jours la campagne du référendum d’indépendance de la région autonome kurde d’Irak et le scrutin du 25 septembre à Erbil et Souleimaniye.

Pour ce fils d’une mère kurde et d’un père arménien, né à Erzurum, en Turquie, le vent de liberté qu’il a senti souffler là-bas est rempli de parfums d’espoir. «Je n’avais jamais vu ça: des jeunes qui chantent et dansent dans une ambiance de carnaval; des commerçants qui pavoisent leurs boutiques du drapeau kurde; une vieille dame qui a revêtu sa plus belle tenue traditionnelle pour aller voter», raconte-t-il, encore électrisé d’avoir vécu un événement historique. Mais soudain, son expression se fige. «J’espère que le monde entier comprendra et soutiendra le peuple kurde pour qu’il n’ait pas à payer trop cher le prix de sa liberté.»

Lundi, l’armée irakienne a pris position à Kirkouk, jusqu’ici sous administration kurde. Les peshmergas de l’Union patriotique du Kurdistan (UPK) du clan Talabani se sont retirés sans résistance. «Une trahison du clan du défunt président Talabani, rival du président Barzani et du Parti démocratique du Kurdistan (PDK), commente Demir Sönmez. Le peuple kurde a beaucoup de qualités, mais il a un défaut: il est divisé.»

«Le peuple kurde est le plus laïque et démocratique du Moyen-Orient»

Lui qui a fait cinq ans de prison pour militantisme politique et syndical à l’âge de 18 ans en Turquie est fier d’affirmer que dans cette région d’Irak administrée par les Kurdes, il n’y a ni prisonnier politique ni journaliste derrière des barreaux. «Combien y en a-t-il en Turquie ou en Iran?» demande-t-il malicieusement. «Dans le quartier d’Ankawa, à Erbil, il y a des juifs, des catholiques, des Assyriens, des Chaldéens, des Yézidis… Au Kurdistan, il y a aussi des Turkmènes et des Arabes. Autant de minorités qui sont respectées», souligne Demir. «Dans une rue d’Erbil, il y avait même une croix lumineuse. Inimaginable dans la Turquie d’Erdogan!» Il en est sûr, «un Kurdistan indépendant coopérera avec ses voisins turc, iranien, syrien, arménien. Mais les ennemis d’hier, la Turquie et l’Iran, sont d’accord aujourd’hui pour empêcher les Kurdes de devenir libres.»

Rejoindrait-il un Etat kurde indépendant, lui qui vit désormais à Genève? Demir Sönmez fouille dans son portefeuille et en tire sa carte d’identité suisse. «Elle est unique. Regardez la date de naissance: inconnue… 00.00.1960! La Suisse m’a accueilli comme réfugié politique en 1990. J’ai été naturalisé en 2005. Mes deux fils sont nés ici. Ma vie est ici», enchaîne d’une traite le photographe, désormais bien connu en ville. «Le système suisse, ce serait une solution dans cet Orient compliqué: une confédération, la démocratie directe. Le peuple kurde est le plus laïque et démocratique du Moyen-Orient», conclut-il, dans un sourire généreux.

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