Des biens pillés en Syrie saisis aux Ports Francs

Justice genevoiseDes pièces issues de Palmyre, du Yémen et de Libye ont été confisquées. Elles seront exposées en attendant d’être restituées.

Bas-relief funéraire, de Palmyre, en Syrie.

Bas-relief funéraire, de Palmyre, en Syrie. Image: Ministère pulic genevois

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La justice genevoise a confisqué neuf vestiges archéologiques provenant de Palmyre, en Syrie, du Yémen et de Libye qui dormaient dans un local aux Ports Francs. Dans l’attente d’être restituées aux Etats d’où elles proviennent, ces pièces issues de pillages seront confiées, fait rare, au Musée d’art et d’histoire, pour être exposés au public, a communiqué vendredi le Ministère public.

Tout est parti d’un contrôle d’inventaires – souvent réalisé sur la base d’un ciblage – effectué en avril 2013 par l’Administration fédérale des douanes dans l’immense stock des Ports Francs, sis à la Praille. Dans un local loué par un propriétaire privé, les douaniers s’intéressent à neuf pièces à l’origine douteuse. Contacté en janvier 2015, l’Office fédéral de la culture (OFC) mandate un expert, qui confirme leur authenticité.

Passés par le Qatar

Une tête de prêtre coiffé de sa tiare et deux bas-reliefs funéraires proviennent de Palmyre, site inscrit sur la liste du Patrimoine mondial de l’Unesco. Elles sont d’importance muséale. Une table circulaire avec décor d’oves et tête d’ibex, un orant, deux stèles anthropomorphes et une stèle à inscription quâtabanite «sont originaires du Yémen et reflètent l’histoire culturelle de la Péninsule arabe méridionale». L’inscription a même une valeur scientifique. Enfin, une tête d’Aphrodite provient de Libye.

Ces biens culturels ont été entreposés aux Ports Francs entre 2009 et 2010, soit avant le début du conflit en Syrie. Grâce à des documents, on sait que certains objets ont été expédiés du Qatar et des Emirats arabes unis vers la Suisse.

Sur dénonciation des douanes en février 2016, une procédure pénale pour infraction à la Loi fédérale sur le transfert international des biens culturels a été ouverte un mois plus tard par le Ministère public et confiée au procureur Gregory Orci.

«Les éléments recueillis durant l’instruction ont conduit le Ministère public à conclure que les biens séquestrés provenaient de pillages et que leur confiscation devait être ordonnée.» Comment le propriétaire a-t-il acquis ces objets? Avait-il conscience de leur origine douteuse? On n’en saura pas plus. Toujours est-il que «le détenteur n’a pas remis en cause la confiscation», déclare à la Tribune de Genève Gregory Orci. Celui-ci a classé la procédure pénale.

189 objets vérifiés

Les découvertes se succèdent aux Ports Francs. A la mi-novembre, une stèle antique, également retrouvées lors d’un contrôle d’inventaire, a été remise aux autorités égyptiennes. En mai, la Cour de justice genevoise a décidé de restituer à la Turquie un sarcophage romain en marbre blanc dormant aux Ports Francs depuis des années. Lieu de stockage provisoire des marchandises les plus précieuses, sous le feu des critiques depuis 2015, les Ports Francs veulent faire le ménage. Le contrôle des biens à l’entrée du site a été confié en septembre dernier à la société KPMG. «A ce jour, 14 dossiers ont été ouverts comprenant 189 objets vérifiés et tous validés pour un entreposage», indique Alain Decrausaz, directeur général des Ports Francs et Entrepôts de Genève. Pour en finir avec les scandales, la société veut «régler ce dossier, une fois pour toutes».

«Ce sont de bonnes mesures, relève Marc-André Renold, professeur à l’Université de Genève, mais il reste un gros problème avec le stock existant, qui peut comprendre des objets entreposés depuis très longtemps et sur lesquels les contrôles sont très difficiles.» Conscients de ce risque, les Ports Francs vont au-delà de leurs obligations légales. «Nous avons proposé au printemps à l’OFC des mesures portant sur une catégorie d’objets à risque et nous attendons une réponse», annonce Alain Decrausaz, sans en dire davantage. (TDG)

Créé: 02.12.2016, 23h05

Stèle anthropomorphe, du Yémen.

Une tête de prêtre coiffé de sa tiare, de Palmyre. (Image: Ministère public genevois)

Refuge à Genève?

La Suisse a présenté hier à Abu Dhabi, où se tient la Conférence internationale sur la protection des biens culturels menacés, son concept de refuge, premier du genre. Tableaux, statues, monnaies et autres objets en danger sur leur territoire seraient placés à l’abri près de Zurich pour une durée déterminée. Second objectif de la conférence: un fonds de 100 millions de dollars sera constitué sous la forme d’une «entité juridique indépendante». La décision définitive n’a pas encore été prise, mais une «fondation de droit suisse» est susceptible d’être établie à Genève dès 2017. Le fonds pourrait bénéficier d’incitations fiscales et s’inspirer des statuts du Fonds mondial de lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme. ATS

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