Dans cette bibliothèque, on peut louer une scie comme une machine à pop-corn

Développement durableUn Genevois lance un local de dépôt d’objets. Le stock est alimenté par des dons, les outils empruntés par des coopérateurs.

Boris, Robert, Sophie, Gabriel et Tamara font partie avec Dimitri – absent de la photo – des membres fondateurs. Ils posent devant le local de prêt, au 18, rue du Vélodrome.

Boris, Robert, Sophie, Gabriel et Tamara font partie avec Dimitri – absent de la photo – des membres fondateurs. Ils posent devant le local de prêt, au 18, rue du Vélodrome. Image: LAURENT GUIRAUD

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Une perceuse, des raquettes à neige, une charrette pour le vélo, une tente, un four à raclette. Autant d’objets utiles mais dont on se sert souvent au compte-gouttes. Ils occupent de la place dans le logement et ils ont demandé un certain investissement. «Aujourd’hui, on ne peut utiliser que ce qu’on peut s’acheter. Nous voulons proposer un nouveau système, en se basant non plus sur un droit de propriété mais sur un droit d’usage.» Robert Stitelmann, 27 ans, vient de lancer La Manivelle, en collaboration avec neuf membres fondateurs.

Repenser la consommation

Une bibliothèque d’un nouveau genre, où l’on emprunte des outils et des objets, installée au 18, rue du Vélodrome, dans l’ancien local de 80 m2 de la brasserie L’Apaisée. L’initiative s’inscrit dans la continuité des plateformes d’échange entre particuliers. Une économie du partage pour limiter le gaspillage et les dépenses, favoriser les échanges et les rencontres. «On repense la consommation, résument Robert et Gabriel, membres fondateurs. On utilise l’objet sans avoir besoin de l’acheter, on change la perception de la propriété.»

Cela ouvre des perspectives – se lancer dans la couture en empruntant une machine qu’on n’aurait jamais pu/voulu acheter –, libère de la place chez soi «et amène la société vers des valeurs plus solidaires et écologiques. D’où le nom de «manivelle», qui implique une action et un mouvement pour enclencher un processus». Le principe: avant d’obtenir le statut d’emprunteur, il faut acquérir celui de coopérateur grâce à une part sociale de 100 francs. «Cela permet d’accéder aux services, certes, mais aussi de devenir un acteur, un copropriétaire qui peut s’impliquer dans le fonctionnement et les prises de décision», souligne Robert.

Taille-haie et spots de disco

Le stock commence à se remplir, il rassemble déjà une centaine d’objets. Chacun peut apporter un outil dont il n’a plus vraiment l’utilité. Des objets en bon état et utilitaires, pas de meubles ni de vaisselle, la bibliothèque n’est pas un débarras. Du matériel de travaux manuels comme de camping, de sport, de peinture, de voyage, de cuisine, d’événements. «On a déjà reçu une belle diversité, des spots de disco, une machine à pain, un taille-haie, un sac étanche ou encore les outils d’un bricoleur parti à l’étranger.» Et d’ajouter qu’à terme, s’il existe une demande forte pour un objet absent du stock, un achat pourrait être envisagé. Les objets à emprunter sont rassemblés dans un catalogue en ligne, avec photos d’identité et notice. On paie un abonnement pour emprunter ensuite librement les objets. «Nous proposons un forfait d’emprunt illimité d’une année à 100 francs comme offre de lancement.» L’emprunt dure généralement une semaine, renouvelable si personne d’autre n’a de visées sur l’objet. «Les réservations peuvent se faire jusqu’à trois mois à l’avance et les durées de location peuvent être extensibles selon l’objet, je pense par exemple au matériel de camping.»

Crowdfunding lancé samedi

Un objet, ça s’use et ça peut être endommagé. Qui se charge des réparations? «L’entretien est un défi et il sera compris dans le prix d’abonnement. La coopérative prendra en charge les réparations de l’usure normale.» Pour constituer un fonds destiné à ces réparations, mais aussi pour payer le loyer, les frais d’installation, le programme informatique qui permet le catalogue en ligne, un poste de permanence lors des heures d’ouverture et le travail administratif, La Manivelle lancera une campagne de crowdfunding.

Les fondateurs espèrent récolter au minimum 20 000 fr. – «Pour nous permettre de démarrer avec les frais d’aménagement couverts» – et au mieux atteindre 50 000 fr. ainsi que 500 utilisateurs pour être autonomes. Coup d’envoi en fête samedi, au Pneu, l’espace commun des usagers du Vélodrome, qui jouxte le local de prêt. Prix d’entrée: «Un outil qui traîne tristement chez vous.» À terme, Robert et les autres membres fondateurs ambitionnent également d’organiser des ateliers. Sophie, l’une des membres, a déjà ses idées. «L’espace du Pneu permet d’offrir un cadre convivial. On pourrait imaginer un atelier de construction de meubles en carton, de cuisine, de fabrication de bouillottes!» Des ateliers réparations aussi avec des retraités, «pour valoriser leurs connaissances et leur permettre de transmettre leur savoir-faire».

Si ce concept de bibliothèques est rare en Suisse, il est toutefois répandu ailleurs, «surtout aux États-Unis, au Canada, en Belgique. Ce sont même parfois les villes qui les gèrent et on en trouve dans chaque quartier.»

Plus d’information et dépôt de matériel sur www.manivelle.ch (TDG)

Créé: 15.11.2018, 17h15

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