Berne sanctionne Epsilon pour ses salaires illégaux

Livreurs de journauxLa filiale de La Poste écope d’une amende de 180000fr. pour avoir violé les conditions de travail à Genève.

Les livreurs de journaux travaillent à l'aube et par tous les temps, dans des conditions difficiles.

Les livreurs de journaux travaillent à l'aube et par tous les temps, dans des conditions difficiles. Image: Laurent Guiraud

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur ?

C’est une sanction plutôt rare dans le monde du travail. Ce n’est en effet pas tous les jours qu’on voit une entreprise écoper d’une amende -salée qui plus est- pour n’avoir pas respecté les conditions légales de travail. Epsilon, la filiale de La Poste en charge de la livraison matinale des journaux, a été condamnée par la Commission fédérale de la poste (PostCom) à une amende de 180000francs. Elle doit de plus se mettre en conformité d’ici au 31 mars.

Sa faute? Avoir payé ses employés genevois très en dessous du salaire minimal en vigueur dans le secteur postal. Suite à des révélations dans les médias en novembre 2018, la PostCom avait ouvert une procédure contre Epsilon en mai 2019. Il en ressort que la rémunération la plus basse versée à Genève était clairement inférieure au salaire minimal fixé par l’ordonnance fédérale en la matière, qui est de 18fr.27 par heure. Or, c’est ce texte qui s’applique en l’absence de convention collective de travail entre Epsilon et les syndicats. La différence de salaire doit également être reversée rétroactivement sur l’ensemble de l’année 2019.

Cette situation s’expliquait notamment par la non-compensation du travail de nuit et par le fait que les livreurs étaient payés à la tournée, la durée de celle-ci pouvant varier fortement, par exemple en fonction des conditions météorologiques.

Directeur remercié

La PostCom souligne que le non-respect des salaires légaux est une infraction «particulièrement grave», ce qui justifie le montant élevé de l’amende. Toutefois, celui-ci a été atténué en tenant compte de l’attitude coopérative de La Poste et d’Epsilon. «Dès le début, elles ont fait preuve de leur volonté d’éliminer les irrégularités constatées, écrit la PostCom dans un communiqué. Les travaux de révision des salaires ont été entamés dès la première prise de contact, avant l’ouverture de la procédure. Par ailleurs, Epsilon a entre-temps déjà annoncé avoir adapté tous les salaires nécessitant un ajustement à la hausse et procédé à la compensation des irrégularités salariales en versant avec effet rétroactif au 1er janvier 2019 les différences constatées, et ce avec un intérêt moratoire à 5%.»

La Poste et Epsilon ont déclaré qu’elles acceptaient l’amende de la PostCom et indiqué que le directeur de l’entreprise avait été remercié. Elles expliquent qu’elles ont mis en place dès décembre 2018 un groupe de travail chargé de faire toute la lumière sur les infractions commises et d’y mettre un terme, en étroite collaboration avec les syndicats et l’Inspection paritaire des entreprises (IPE) du canton de Genève.

Après un préavis de grève, des négociations s’étaient ouvertes en décembre 2018 avec le syndicat Unia, qui défendait une soixantaine de porteuses et porteurs de journaux. Elles ont abouti à la conclusion d’un accord à l’amiable neuf mois plus tard. Epsilon s’y engageait à verser des arriérés de salaire d’environ 600000 francs. Des suppléments pour le travail de nuit ont également été introduits, ainsi qu’un salaire calculé à l’heure et non plus à la tournée, avec un système d’enregistrement du temps de travail.

Discussions pour une CCT

Des négociations sont encore en cours sur la compensation des arriérés de salaire aussi pour les ex-employés d’Epsilon. De plus, des discussions se sont ouvertes sur une éventuelle Convention collective de travail. «Nous nous réjouissons qu’une instance fédérale prenne au sérieux le respect des conditions de travail d’une régie publique et d’une de ses filiales, commente le secrétaire régional genevois d’Unia, Alessandro Pelizzari. Ces salaires étaient indécents.»

«La violation des conditions de travail constitue une infraction particulièrement grave»

Créé: 07.02.2020, 20h26

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.

Caricatures

Selon Hodgers, les récentes votations bloqueront la construction de 20.000 logements
Plus...