Bernard Bertossa fustige le «tout-sécuritaire»

JusticeL’ancien procureur général genevois se livre dans un film diffusé ce soir aux cinémas du Grütli.

Né en 1942, Bernard Bertossa admet d’emblée: «Je ne suis pas trop du genre à raconter ma vie.»

Né en 1942, Bernard Bertossa admet d’emblée: «Je ne suis pas trop du genre à raconter ma vie.» Image: Pierre Abensur

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Une bibliothèque remplie, une lumière tamisée, un vieux fauteuil aux accoudoirs molletonnés. Des souvenirs d’enfance, une carrière de magistrat, le bilan de toute une vie. L’ancien procureur général Bernard Bertossa se livre dans son salon à Anières pour les films Plan-Fixes. Le fossoyeur des criminels en col blanc parle de sa famille, des immigrés grisons italophones. Fils d’un peintre en bâtiment et d’une mère au foyer, il forge son engagement dans les rangs des scouts et sur les bancs de la paroisse de Sainte-Marie-du-Peuple.

A l’Université, il crée un syndicat pour défendre la démocratisation des études: «J’ai été élevé dans un milieu pauvre sans jalousie ni envie. Sans avoir l’idée de prendre un jour une revanche. Je n’ai pas eu le sentiment de subir des injustices, mais je suis devenu sensible aux injustices du monde.»

Vous êtes quelqu’un de réservé, pourquoi accepter cet exercice?

Cette association constitue des archives de personnages ayant joué, selon elle, un rôle dans la région. Cette démarche, sorte de bibliothèque de portraits, est intéressante. Je m’y suis soumis. Je ne suis pas trop du genre à raconter ma vie. C’est l’association qui a insisté pour parler de moi.

Cela a l’air de vous étonner…

Cela me gêne, je ne suis pas sûr que ce soit intéressant. Mais on me dit que oui. Alors je l’ai fait. Avec modération.

Vous retrouvez-vous dans la sobriété de ce film de 50 minutes en noir et blanc?

J’ai aimé le côté perfectionniste et le style dépouillé, brut. Le tout appuyé par des moyens techniques et humains assez impressionnants.

Vous déclarez que la lutte contre la corruption et le blanchiment a un effet sur la criminalité dans nos rues. On ne peut pas dire que cette dernière ait fléchi dans le canton…

Cela fait onze ans que j’ai quitté le Ministère public. Mon successeur n’a pas eu la même politique que moi. Elle suppose un effort collectif dans la durée. J’ai essayé de faire ma part du travail. Malheureusement, la corruption et l’exploitation des matières premières dans le tiers-monde continuent. Avec la bénédiction des politiques du Nord et de l’Ouest. Pourtant, il y a des choses à faire, notamment sur le plan de la justice fiscale.

C’est-à-dire?

Il y a par exemple trop de multinationales, installées dans le Sud, qui transfèrent leurs profits dans des paradis fiscaux alors que ces recettes doivent bénéficier aux populations locales, contraintes d’émigrer.

Pour se retrouver, pour certains, à faire du trafic de drogue à Genève…

C’est cela.

Vous ne mentionnez pas directement la politique du procureur général, Olivier Jornot ou celle du ministre en charge de la Police, Pierre Maudet, mais vous fustigez le «tout-sécuritaire». Pourquoi?

C’est un leurre. Cette dérive pousse de plus en plus à se replier sur soi-même. Avec comme sous-entendu que le danger, c’est l’étranger. Il y a de la criminalité locale qui n’a rien à voir avec les déplacements de population. La sécurité absolue n’est pas possible. C’est un moyen d’exclusion.

Un exemple?

Les mendiants. A part la mauvaise conscience qu’ils nous procurent, ils ne nous dérangent pas. Ils sont pourtant la cible préférée de certains qui les accusent d’augmenter l’insécurité pour les exclure. Pendant ce temps, on ne parle pas des entrepreneurs qui font faillite après avoir détourné de l’argent. Les subprime, ce n’est pas le fait des Roumains. Or personne ne dit d’exclure les traders! (TDG)

Créé: 19.03.2013, 07h52

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