Bataille féroce autour d’un héritage belge à 60 millions

JusticeUne avocate d’affaires comparaît au Tribunal correctionnel pour avoir caché 815 000 actions à Genève. Récit d’une audience électrique.

Entourée de ses avocats, la prévenue de 57 ans soutient que le montant correspond à ses honoraires.

Entourée de ses avocats, la prévenue de 57 ans soutient que le montant correspond à ses honoraires. Image: Patrick Tondeux

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Un héritage de 60 millions peut rendre très nerveux. Quand il se joue au Palais de justice, il engage la présence d’une quinzaine d’avocats en robe, parmi lesquels deux anciens bâtonniers se livrant coup pour coup. «Je pensais que ce serait un combat sanglant, ça va l’être», annonce Me Pascal Maurer alors que les débats ne font que commencer.

Avant lui, Me Pierre de Preux avait ouvert les hostilités en pointant la prévenue, une avocate d’affaires accusée de s’être appropriée 815 000 actions d’Interbrew (aujourd’hui AB-InBev), numéro un mondial de la bière. «Elle revient avec cette même attitude menaçante et brutale.» Au Tribunal correctionnel, lundi matin, les échanges nourris ont débuté avant même d’aborder le fond de l’affaire.

Famille milliardaire

La femme de 57 ans convoquée à la barre a une apparence sophistiquée. Née au Maroc, de nationalité belge, elle a passé dix mois derrière les barreaux de Champ-Dollon et a interdiction de quitter le territoire. Durant près d’une décennie, elle avait fait de Genève sa discrète base arrière. C’est ici, selon l’accusation, dans les banques de la place, qu’elle a déposé des titres valant des dizaines de millions. Au même moment, elle était l’objet d’attaques judiciaires par les frères Bailo de Spoelberch au Luxembourg. Ces derniers lui reprochaient de s’être appropriée 815 000 actions au porteur au détriment de leur mère adoptive, la vicomtesse Amicie de Spoelberch. Aujourd’hui décédée, cette dernière était assise sur le patrimoine de l’une des familles les plus riches de Belgique.

La prévenue était l’avocate de la famille héritière. S’est-elle appropriée ces actions – elles atteignent aujourd’hui une valeur supérieure à 60 millions d’euros – destinées à revenir aux deux frères ? Certitude, elle a physiquement sorti les papiers-valeurs du coffre familial en 2004. La justice luxembourgeoise ne les a jamais retrouvés, c’est pourquoi elle a acquitté l’avocate de vol, tout en la condamnant pour un faux testament. Le Parquet genevois, lui, a mis la main sur ces actions et la poursuit pour blanchiment d’argent.

Les actions? «Mes honoraires»

Ce n’est qu’après une longue bataille entre ténors du barreau quant à la validité de la procédure que la voix de la prévenue se fait entendre à la barre. Calme, claire dans le propos, la mère de trois enfants fond en larmes quand elle revient sur ses dix mois de détention, mais ne courbe jamais l’échine. «Je confirme la légitimité de mon patrimoine», dit-elle. Selon ses déclarations à la justice, sa fortune se monte à 25 millions. Comment expliquer que les fonds séquestrés à Genève sont nettement supérieurs? questionne la juge. «Je suis incapable de répondre à cette question.»

Ces actions sont diluées dans un entrelacs de sociétés et d’opérations financières complexes. Si l’avocate d’affaires ne peut plus les dissimuler, c’est en raison du signalement de ces actifs douteux par les banques suisses au bureau de communication en matière de blanchiment d’argent. Elle a une explication: ces titres correspondaient aux honoraires pour son travail auprès de la famille héritière. Une attestation l’atteste. Problème, il s’agit d’un faux document, selon le Ministère public.

Dom Pérignon à Saint-Tropez

Cette affaire serait moins romanesque sans les figures des deux frères héritiers Bailo de Spoelberch. Lundi, seul l’un d’eux était assis sur le banc réservé aux plaignants. L’autre est absent depuis le début de la procédure. Pour l’excuser, ses avocats brandissent un certificat médical signé par un psychiatre.

Mais dans cette affaire où chaque camp a fait suivre ses adversaires par des détectives privés, Yaël Hayat, à la défense de l’avocate d’affaires, ne manque pas de relever les récentes croisières de l’héritier à bord de son yacht, sa passion du jet-ski, les soirées à Saint-Tropez et les tournées générales en boîte de nuit à coups de bouteilles de Dom Pérignon. Réplique du procureur Niki Casonato: «Quelle personne qui détient une telle fortune ne partirait pas en vacances sur son yacht? Ça ne change rien au fait que, psychiquement, il n’est pas en état de répondre aux questions de la justice.»

Le procès se poursuit jusqu’à mercredi sans ce frère mal en point, dans une ambiance électrique.

Créé: 02.12.2019, 19h28

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