En baskets, elle se libère sur le chemin du travail

Ces Genevois qui se déplacent différemment (6/6) Passionnée, obsédée par la performance, Patricia Bongini mène sa vie au pas de course

Image: Laurent Guiraud/Tribune de Genève

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Pourquoi s’embêter avec les itinéraires conseillés? De la Place de l’Octroi à la rue Versonnex, le trajet le plus court est tout trouvé. Il suit les voies de tram et les pendulaires à la mine fermée et aux cernes bien creusées. Mais des parcours, il en existe des dizaines d’autres, sans doute plus glamours. Au fil des jours qui avancent, Patricia Bongini les écume. Baskets au pied, elle se laisse porter et compose avec le timing qui s’offre à elle. Un seul objectif: être à l’heure au travail, à l’agence Crédit Suisse des Eaux-Vives.

La douche au lavabo

Alors, trois à quatre fois par semaine, peu importe la météo, elle enfile ses baskets, revêt ses vêtements de sport et endosse son petit sac à dos dans lequel elle laisse ses quelques effets personnels. Le trajet direct la fait passer par la Vielle-Ville. Mais, quand elle n’est pas pressée, elle n’hésite pas à avaler les kilomètres de bitume comme bon lui semble, sans se préoccuper de ses détours. Partant de son appartement carougeois, elle se faufile à travers les sentiers longeant l’Arve, escalade la montée de Champel depuis le Bout-du-Monde, coupe Florissant pour retomber sur le Parc des Eaux-Vives.

Et si l’envie lui prend, elle défile le long du quai Gustave-Ador et celui de Cologny avant de revenir sur ses pas pour gagner son travail, où l’attendent ses habits de rechange. Avec jusqu’à dix bornes dans les mollets, la journée est bien lancée. Le seul accroc d’une course fluide surgit en fin de parcours: pas de douche au bureau. «Alors je fais ça à l’ancienne, rigole Patricia Bongini. Je vais aux toilettes et je me lave au lavabo.» De quoi situer le degré de motivation.

Mais cette passionnée n’en fait pas un calvaire. Au contraire. «Non seulement, cela me permet d’optimiser mon temps. Mais aussi ça me relaxe avant de travailler.» Surtout, il y a ce sentiment d’indépendance qui l’habite. «Je peux chausser mes baskets quand je veux. Je ne suis tributaire de rien, sauf de moi-même.» Et son porte-monnaie approuve: hormis les deux ou trois paires de chaussures annuelles, elle ne dépense rien pour ses trajets matinaux.

A 52 ans, Patricia Bongini ne fait pas partie de ces nouveaux adeptes du running. «J’ai l’impression d’avoir toujours couru, de n’avoir jamais commencé. Je n’ai pas eu de déclic.» En fait, tout a débuté enfant, dans son petit village de Malissard, dans la Drôme. «A l’époque, pour tous les gamins, c’était la même chose, se souvient-elle. On courait naturellement, en faisant nos propres concours sur le chemin de l’école. Au fil du temps, c’est devenu une passion. Mais je n’ai jamais pensé à devenir une athlète.»

Organisatrice reconnue

La performance, cette Française arrivée à Genève il y a trente ans la regarde à moitié. Juste pour voir où elle se situe. «Mais je n’ai jamais appartenu à un club. Pour moi, courir, c’est être libre.» Elle fait quand même quelques courses pour le plaisir. Cet automne, elle participera à un trail à Funchal, sur l’île portugaise de Madère. Mais son truc, c’est plutôt l’organisation. Depuis dix ans, elle fait partie du comité de Run2Run, troisième course pédestre du canton en termes de fréquentation. Elle entame même sa troisième année comme présidente. Son comité et elle apportent aussi leur soutien pour la mise en place d’autres évènements, comme l’Antigel Run ou la Course des Ponts.

«Mon principe, c’est de faire partager mon plaisir de courir. Le but est d’amener les gens qui ne courent jamais à le faire.» Pas toujours facile. Mais Patricia Bongini a des idées. Depuis trois ans, en marge de Run2Run, elle organise la Color Carouge. De quoi permettre aux participants de déambuler à leur rythme dans les rues de la cité Sarde arrosés de poudres de couleur. Elle assure aussi avoir d’autres projets pour dynamiser les courses. Ils resteront secrets pour l’instant.

Elle est en revanche plus loquace sur les efforts à faire pour que Genève soit plus running friendly. «Ce n’est pas une ville conçue pour les coureurs. Il y a par exemple beaucoup trop d’asphalte. Si vous longez les quais jusqu’à Vésenaz, tout est bétonné. Il y aurait les moyens de mieux faire. Le pourtour de la ville pourrait être mieux exploité, plus mis en valeur.» Les coureurs du dimanche le consentent. Leurs articulations aussi.

(TDG)

Créé: 11.08.2017, 18h26

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