Baseball, rhum et reggaeton à Vessy

Barbecues et pique-niques dans les communautés (5/5)Tous les dimanches, de mars à septembre, le sport réunit des familles originaires des Caraïbes.

De mars à septembre, des équipes originaires des Caraïbes s’affrontent au stade de Vessy. Ci-dessus, Wilkin et Juan regardant un match.

De mars à septembre, des équipes originaires des Caraïbes s’affrontent au stade de Vessy. Ci-dessus, Wilkin et Juan regardant un match. Image: Laure Gabus

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Reggaeton et merengue ainsi que d’autres rythmes ensoleillés font tour à tour battre le cœur de la grosse sono posée sur l’herbe qui longe le terrain de baseball de Vessy. La glacière est pleine mais pas de saucisses ni d’entrecôtes en vue. Et pour cause: «Au bord du terrain, les grillades sont interdites. D’habitude, on prépare des judías secas et du pollo guisado (ndlr: riz aux haricots et poulet mariné) mais aujourd’hui je me suis levée trop tard et il se trouve que la buvette du stade est fermée, explique Rosa Angela. Si vous voulez à manger, allez voir du côté des Nicaraguayens.»

Le «chancho con yuca» de Nelly

Tous les dimanches du début d’avril à la fin de septembre, sur les terrains situés au bord de l’Arve, un tournoi de softball – une forme simplifiée de baseball – réunit une cinquantaine d’équipes, dont quelques Américains et une grande majorité de Latinos originaires des Caraïbes. Les équipes de softball sont mixtes et doivent inclure au minimum deux femmes. Le sport réunit les familles, toutes générations confondues. Chacun vient avec sa propre tente, sa propre musique, sa nourriture et ses enfants.

«Partager, manger et s'amuser»

«Le sport est familial, on vient partager, manger et s’amuser, résume Juan Marin, originaire du Venezuela et capitaine de l’équipe des Leones . Le baseball fait partie de nos cultures et nous permet de mélanger toutes nos nationalités; malheureusement on peine à avoir des terrains pour jouer.»

Les dernières années, le tournoi avait lieu au sein de l’ambassade américaine. Elle n’a pas voulu reconduire l’expérience cette année. La Ville de Genève a donc accepté de prêter aux joueurs le terrain du stade de Vessy, mais uniquement les dimanches, précisent-ils.

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«Près de 90% d’entre nous vivent à Genève depuis de longues années et ont maintenant des permis de séjour», nous explique Sandra, une Colombienne. «J’espère que vous avez prévu des boules Quiès parce que les Dominicains parlent fort», rit-elle en s’approchant de la tente des Hot Dog, les champions de l’an dernier, des Dominicains pour la plupart. «Je viens du pays où il y a de l’amour», salue John, un cœur à prendre autoproclamé pendant qu’un verre de rhum glacé atterrit entre nos mains. «Ecrivez qu’ici on ne boit que du lait de vache, rien de plus», plaisante Julio.

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Confortablement installée dans sa chaise de pêcheur, protégée du soleil de plomb par un chapeau, des lunettes extra-larges et une couverture, Jasmine suit plus particulièrement les prouesses de son fils. En ce début d’après-midi, l’équipe des Leones affronte celle du CERN. De temps à autre, la grand-mère guette ses petits-enfants qui s’amusent avec leurs amis sous une tente en plastique. La Panaméenne est en visite pour la cinquième fois à Genève et ici, à Vessy, elle ne se sent aucunement dépaysée: «Au Panamá, on joue aussi au baseball et il y a du soleil, c’est la même chose.»

Sous la tente des Amarillos, Bestabe observe calmement le match et son mari dominicain les mains posées sur son ventre arrondi: «Je suis Espagnole, j’aime mieux le football, mais je me suis mise au baseball et j’aime beaucoup aussi.» Des cigares dépassent d’un sac de sport: «Mon mari en apporte à chaque fois», sourit la jeune femme. Ce dimanche, sa belle-mère a préparé et vendu des empanadas. Elles ont déjà toutes disparu. «Si vous voulez trouver des plats cuisinés, allez voir du côté des Nicaraguayens!» conseille-t-elle à son tour.

Les Nicaraguayens de l’équipe des Nikas se sont rassemblés en retrait, derrière le grillage, à l’ombre de deux petits parasols. Ils boivent une bière en dégustant du chancho con yuca (ndlr: porc avec du manioc) et de la salade de chou et carottes préparés par Nelly. Cette dernière nous tend une assiette bien remplie: «Il faut que tu goûtes», nous lance-t-elle. Puis elle sert Raydel, un jeune Cubain qui accepte le plat sans se faire prier. «C’est vraiment délicieux! Vous avez fait mariner le porc?dans quels ingrédients?» «Juste de l’ail, du poivre et un peu d’huile. Si ça te plaît, reviens, on est là tous les dimanches», répond-elle, sous les encouragements de l’équipe. «Et si tu me cherches, moi, je serai toujours là», renchérit Raydel, provoquant les rires des filles de l’équipe.

Créé: 11.08.2016, 19h28

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