Bartholomé Tecia, victime de l'homophobie pas si innocente que ça?

PolémiqueLe site lesobservateurs.ch accuse les autorités genevoises de prendre des libertés avec l'histoire de la Ville.

Sous le titre «Affaire Tecia, la géométrie des certitudes», le site internet genevois lesobservateurs.ch remet en cause la vérité officielle.

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«Innocenter Tecia pour simple fait d’homosexualité au XXIe siècle serait aussi injuste que le contraire au XVIe.» Qui remet ainsi en cause le dévoilement, le 10 juin dernier, par les autorités de la Ville et du canton de Genève, d'une plaque en hommage à Bartholomé Tecia, condamné en 1566 à la noyade dans le Rhône pour «crime d'homosexualité»?

L'article, long et très documenté, est publié par le site lesobservateurs.ch. Un journal en ligne lancé au début 2012 par le sociologue genevois Uli Windisch.

«Le rédacteur est anonyme, parce que certains de nos auteurs craignent pour leur carrière», explique le rédacteur en chef. Le «Berufsverbot» dont ont été victimes des militants d'extrême gauche naguère en Suisse menacerait-il aujourd'hui les contradicteurs de la vérité officielle? Uli Windisch n'en doute pas. «L'auteur est un jeune journaliste, assure-t-il. Il s'est replongé dans les archives de la République qu'il cite abondamment à l'appui de son papier et conteste l'histoire romancée du jeune homme dénoncé par deux de ses camarades dont le célèbre Théodore Agrippa d'Aubigné, écrivain et écuyer du roi Henri IV.»

«Que disent donc les dépositions des dénonciateurs», s'interroge l'auteur masqué en guise de conclusion? «Que Bartholomé Tecia, un étudiant piémontais de 15 ans, a exercé une contrainte sexuelle sur la personne de deux garçons, se rendant coupable de tentative de viol et de harcèlement. A ce titre, en Suisse, à notre époque, il est a peu près certain qu’il eût fait de la préventive et ait été condamné à une peine privative de liberté, fût-ce avec sursis. Et jamais personne n’aurait eu l’idée d’exciper du caractère homosexuel de ses actes pour justifier de son innocence et l’ériger en victime du système.»

«Seulement voilà, poursuit l'auteur, il y a eu une pièce de théâtre, une association et de l’eau sous les ponts. La condamnation de la peine de mort n’est pas en cause ici, mais que les autorités aient pu applaudir à l’endroit présumé de l’exécution d’un jeune homme vraisemblablement coupable de tentative de viol et de harcèlement est tout simplement glaçant.»

Au Département de l'instruction publique, Franceline Dupanloup, en charge des questions d'homophobie pour l'Etat de Genève, ne partage pas la lecture de l'histoire genevoise proposée par le site lesobservateurs.ch. Bartolomeo Tecia a été torturé et condamné à la noyade pour crime de sodomie, pas pour contrainte sexuelle à l'égard des plaignants. Or c'était à l'époque la manière de qualifier les homosexuels. L'hommage qui est rendu à Tecia par la Ville de Genève, auquel l'Etat s'est associé, veut rappeler qu'aujourd'hui encore des hommes et des femmes de part le monde sont poursuivis et condamnés en raison de leur orientation sexuelle. Francine Dupanloup soutient la proposition d'inscrire l'homophobie dans l'article 262 bis du code pénal au même titre que le racisme ou l'antisémitisme.

Tecia un martyr de la cause gay

La controverse est intéressante analyse Yves Nidegger, président de la commission des Affaires juridiques du Conseil national. Elle s'inscrit dans la déjà longue histoire des gays d'être reconnus comme une communauté et d'être en tant que telle mise au bénéfice de droits civils spécifiques aux Etats-Unis, à l'instar de la communauté noire, et en Suisse d'être protégés contre les discriminations par le biais de la norme antiraciste de l'article 262 bis du code pénal.

Dans son article publié par lesobservateurs.ch, l'auteur masqué indique que l'histoire de Tecia est connue depuis des décennies. Il cite l'ouvrage d'Eugénie Droz publié en 1947, «Le premier séjour d’Agrippa d’Aubigné à Genève», où l'auteur fait lecture de passages entiers du dossier Tecia.

L'affaire remonte à la surface en 2007. Sonia Vernhes Rappaz, étudiante de l’université de Genève, consacre son mémoire de licence sur les noyades judiciaires dans la Genève calviniste de 1558 à 1620. De 1444 à 1662, date de la dernière exécution à Genève pour « sodomie », 31 hommes et 2 femmes furent condamnés à mort pour un tel crime, note l'étudiante. L’affaire Tecia vient aux oreilles Jean-Claude Humbert. Il en tirera une pièce de théâtre, “Bartholomé Tecia, un procès ordinaire”.

(TDG)

Créé: 25.06.2013, 11h45

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En un peu plus d'un an, le site lesobservateurs.ch a publié 1200 articles et reçu 14'000 commentaires. Il peut compter sur une cinquantaine de contributeurs bénévoles plus ou moins réguliers. Uli Windisch qui apparaît seul dans l'impressum du site fait état d'une audience cumulée de deux millions de pages vues.

Un énorme boulot pour le professeur à la retraite aidé de quelques collaborateurs, pas plus d'un équivalent à plein temps. Il n'a pris, dit-il, l'an dernier que trois jours de vacances. Les dons arrivent mais pas encore suffisamment pour doubler les effectifs.

Le site est édité par WindischMediaProd SA inscrite au registre du commerce. Une dizaine d'actionnaires se partagent le capital de 115'000 francs, dont Medienvielfalt Holding, une société créée par le financier tessinois Tito Tettamanti, qui a repris l'an dernier la Baslerzeitung et défend des rédactions ayant une ligne claire, c'est-à-dire libérale. Uli Windisch est membre du conseil d'administration de Medienvielfalt Holding. (JFM)

(Image: DR/Horizons)

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