Barrages et poissons, une délicate cohabitation

NatureUne étude a évalué l’impact des centrales hydrauliques sur les poissons. Résultat mitigé.

Le barrage Hydroélectrique de Chancy-Pougny.

Le barrage Hydroélectrique de Chancy-Pougny. Image: Pierre Abensur

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur?

Les poissons des cours d’eau genevois peuvent être de grands voyageurs. Certains migrent parfois sur des dizaines de kilomètres, principalement pour se reproduire. Ils doivent donc pouvoir circuler sans que les barrages et autres obstacles artificiels (seuils, enrochements) ne les bloquent. C’est ce qui ressort d’une étude menée sur le Rhône genevois et dans le bassin de l’Arve par la Haute Ecole du paysage, d’ingénierie et d’architecture (Hepia), en partenariat avec la Fédération pour la pêche et la protection du milieu aquatique de Haute-Savoie.

Grâce à des puces et des radioémetteurs, les chercheurs suivent depuis près de trois ans les déplacements de plus de 1800 truites fario, ombres communs, barbeaux et chevaines. Le but est de voir l’espace dont ils ont besoin et de vérifier si les échelles à poissons des barrages de Chancy-Pougny, de Verbois, du Seujet, de Vessy et d’Arthaz, en Haute-Savoie, remplissent bien leur rôle. Leur efficacité est souvent remise en cause par les défenseurs de l’environnement et les milieux de la pêche. Genève est le seul canton à avoir passé tous ses barrages au crible (une recherche similaire est en cours sur ceux de la Versoix).

Moins bien qu’en Europe

Les premiers résultats de cette étude – financée par l’Etat et par les exploitants des barrages, dont les Services industriels de Genève (SIG) – ont été publiés récemment. La probabilité qu’un poisson parvienne à traverser ces ouvrages va de 11% à 21%. Les barrages de Chancy-Pougny et d’Arthaz sont les plus efficaces à ce titre. Les observations doivent en revanche se prolonger au controversé barrage du Seujet, les scientifiques n’y ayant pas recueilli assez de données pour l’instant. Mais le directeur général des SIG, Christian Brunier, reconnaissait lui-même récemment que l’efficacité de l’échelle à poissons du Seujet n’est pas optimale.

Il faut toutefois relativiser ces résultats: «Parmi une même espèce, tous les poissons ne cherchent pas à franchir les barrages, certains ont un comportement sédentaire», explique Franck Cattanéo, professeur en gestion de la nature à l’Hepia. Mais les pourcentages sont quand même inférieurs à ceux relevés ailleurs en Europe: «Dans les grandes rivières, la probabilité de franchissement se situe habituellement entre 20 et 30%», précise David Grimardias, adjoint scientifique à l’Hepia.

Analyses génétiques

L’un des points noirs, c’est l’attractivité de certaines échelles à poissons. «A Verbois, par exemple, les poissons mettent beaucoup de temps à en trouver l’entrée, constate David Grimardias. Des individus sont revenus trois années de suite avant d’y parvenir.» Le problème vient peut-être de l’insuffisance du débit d’attrait (courant créé pour attirer les poissons, qui cherchent les courants forts face auxquels ils remontent les cours d’eau).

L’étude montre par ailleurs que les poissons ont parfois la bougeotte. «Dans la Menoge, un affluent français de l’Arve, nous avons retrouvé des chevaines et des barbeaux que nous avions marqués dans le Rhône genevois, à 30 kilomètres de là, relève David Grimardias. Les habitats sont donc interconnectés.» Cela signifie-t-il que les différentes populations d’une même espèce se reproduisent entre elles et ont besoin d’être en contact? Pour le savoir, les scientifiques ont fait des prélèvements génétiques sur les chabots de la vallée de l’Arve. En l’occurrence, pour cette espèce, des groupes distincts occupent chacun un territoire différent.

Il s’agirait désormais d’élargir cette analyse biologique et spatiale aux autres espèces, et d’évaluer si les taux de franchissement des barrages suffisent à assurer leur survie à long terme. Il y a des enjeux financiers importants: «Améliorer les échelles à poissons ou en créer de nouvelles peut se chiffrer en millions de francs», souligne Franck Cattanéo. Ce sera à l’Etat et aux gestionnaires de barrages de faire une pesée d’intérêts entre ces coûts et les bénéfices écologiques attendus. «De tels travaux sont-ils indispensables si la pérennité des populations n’est pas menacée? C’est la question qui les intéresse.» (TDG)

Créé: 05.10.2015, 18h16

Articles en relation

Relâcher son poisson: l'action est tolérée, l'intention condamnée

Pêche à Genève La loi suisse interdit aux pêcheurs la pratique du «no-kill», tout en laissant une certaine marge à ceux souhaitant remettre leur prise à l'eau. Plus...

La crue de l’Arve provoque une pêche miraculeuse

Nature Des centaines de truites lacustres sont passées dans le Rhône grâce à l’ouverture du barrage du Seujet. Plus...

Un cours sur la bonne façon de tuer un poisson

Nature Depuis janvier, cette connaissance pratique est exigée pour l’obtention du brevet de pêche. Plus...

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.

Caricatures

En droit suisse, un homme ne peut être violé
Plus...