Les bancs carougeois font une fleur aux aînés

AménagementLa Mairie a décidé d’adapter son mobilier urbain aux personnes du troisième âge. Les jeunes s’étonnent.

Banc carougeois, au Bd. des Promenades.

Banc carougeois, au Bd. des Promenades. Image: Paolo Battiston

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Au boulevard des Promenades, à Carouge, les premières feuilles d’automne se déposent sur des bancs flambants neuf. Ils remplacent les précédents, devenus trop fragiles et coûteux à réparer. Leurs successeurs arborent un détail de conception qui accroche l’œil. Quatre accoudoirs ont été installés, au lieu de deux habituellement. Ils compartimentent les bancs. Inconfort garanti pour les gens qui souhaiteraient adopter une position plus détendue que la station assise.

A la place de Sardaigne, la Voirie retourne les pavés pour ancrer ce mobilier au sol. «Je crois que ces accoudoirs sont là pour empêcher les gens de dormir sur le banc», confie un des employés. «Non, c’est pour aider les personnes âgées à se relever», rétorque un de ses collègues, mimant un appui sur l’accoudoir.

Démarche participative

«L’inadaptation du mobilier urbain est un des problèmes révélés par une étude de l’association Equiterre, ciblant la mobilité des aînés dans le quartier, explique Nicolas Walder, maire de Carouge. Nous avons mené une démarche participative en demandant à des seniors de 75 ans à 93 ans d’indiquer sur le terrain quels étaient les freins à leurs déplacements. Le rehaussement du dossier des bancs et l’ajout d’accoudoirs ont été désignés, tout comme l’abaissement de certains trottoirs et le prolongement des feux piétons.»

De la conception à la construction de ce nouveau mobilier, tout a été réalisé localement. Les bancs sont assemblés dans les ateliers de la Voirie. La serrurerie forge les pieds, la menuiserie taille les assises et l’atelier de peinture applique le vernis. Le coût de l’opération est difficile à estimer, «400 francs pour les fournitures et des heures de main-d’œuvre sont nécessaires à la production d’un banc», estime Denis Martin, chef de la Voirie. Depuis 2012, 25 bancs et 25 chaises sont sortis des ateliers. On en trouve au boulevard des Promenades, à la place de Sardaigne et à la rue du Centenaire. A terme, tous les anciens bancs seront remplacés.

Les banquettes du métro

Ce nouveau design rappelle néanmoins celui des bancs anticlochards du métro parisien, qui divise les banquettes avec des accoudoirs centraux pour éviter que des indésirables ne s’y allongent. Une mesure connue sous le nom technocratique de «prévention situationnelle», un aménagement sécuritaire dont le but est de dissuader la formation de groupes pouvant nuire à l’ordre public.

Assis en tailleur sur le sol de la place de Sardaigne, une grappe de jeunes aborde le sujet. «Sur ces bancs, on ne peut pas s’asseoir à plus de trois, ça donne l’impression qu’on veut limiter notre présence, nous faire déguerpir. Alors on se pose par terre», explique l’un d’entre eux. «Après l’installation de caméras de surveillance dans les rues, les policiers municipaux qui viennent nous chasser de la place du Marché, et maintenant ces bancs… On a l’impression que tout est fait pour la paix et la sécurité des aînés, mais pour nous, il reste les miettes et un exil à la rue Vautier», soutient son ami.

Les jeunes pas oubliés

Favoriser une population plutôt qu’une autre? François Berthoud, chef de service aux affaires sociales de Carouge, réfute vigoureusement l’allégation. «Nous ne voulons exclure personne! Nous avons une politique inclusive et intergénérationnelle et essayons d’être attentifs aux besoins de tous, même s’ils ne sont pas toujours facilement conciliables. Je suis convaincu que les jeunes sont sensibles aux besoins des aînés et comprennent les difficultés qu’ils peuvent rencontrer.»

François Berthoud confirme que l’étude sur la mobilité conduite auprès des aînés n’a pas son équivalent pour les jeunes. «Mais Carouge est réputée pour avoir une bonne politique jeunesse. Nous sommes d’ailleurs la commune qui offre le plus de jobs d’été. Et je tiens à souligner que dans cinquante ans, les jeunes pourront à leur tour profiter de ce mobilier urbain.»

Créé: 17.09.2013, 07h40

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