Un bal de corbeaux et de balais réveille Plainpalais

Le jour se lève sur Genève (2/4)A 6 heures, fêtards et sans-abri cèdent leur place sur la plaine aux puciers et aux nettoyeurs.

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Le McDonald’s est encore fermé, les néons des cafés éclairent le dos courbé des nettoyeurs, une livreuse extrait une pile de journaux de son scooter. A 6 h ce mercredi, seuls les trams dansent déjà autour de la plaine de Plainpalais.

Près de l’espace de jeu pour enfants, un groupe d’adolescents est sur le départ. Ils saluent l’un des leurs sans trop espérer de réponse en retour. Le jeune homme fixe la table jonchée de canettes, les yeux hagards et les écouteurs le long de son débardeur. Le groupe s’éloigne et une nuée de corbeaux profite du calme pour investir les lieux. A coups de bec et d’aile, les omnivores s’appliquent à extraire une dernière chips des sachets abandonnés ou à absorber une ultime gorgée de soda.

Chassés par les balais

Nous longeons la plaine en humant l’air frais et en plissant le nez lorsque des relents d’urine et de bière s’y emmêlent. Suivant un tracé de bouteilles vides, on parvient au skatepark. Un Africain, attablé avec d’autres hommes, nous fait signe puis se ravise et s’éloigne en apercevant l’appareil photo.

Un de ses compagnons engage la discussion en anglais avec plaisir et éloquence. Il est arrivé à Genève il y a trois semaines pour chercher du travail, peut-être dans la sécurité. Il est originaire du Nigeria mais vient d’Espagne, où il a un permis de résidence. «En attendant, je dors où je peux, relativise-t-il. On est une dizaine la nuit ici. Y en a qui dorment dans les toilettes, trois heures chacun, à tour de rôle. Vous les avez manqués de peu.» Il se rafraîchit à la fontaine, fait son sac et s’apprête à partir pour un lieu des Acacias, où il pourra se doucher et prendre un petit-déjeuner.

Face à eux, assis sur le point culminant du skatepark, bière et musique à la main, Caio et Huldson terminent leur nuit entamée à la Bomba Latina. «Certains vont admirer le lever du soleil à Baby Plage ou à la Capite, nous, on a préféré rester en ville et voir du monde. C’est un plaisir d’être là, assis tout en haut.» Peu avant 6 h 30, neuf balayeurs surgissent de deux véhicules; «des personnes en réinsertion», explique l’éducateur social qui les accompagne. En trente minutes, ils débarrassent le lieu de ses déchets nocturnes et ses occupants d’un doux coup de balai.

Le rituel des antiquaires

Soudain, le soleil s’extrait des toits de la ville et fait étinceler les vitres des immeubles de l’avenue du Mail. Les ombres s’allongent, des sans-abri se dépêchent de charger leurs téléphones sur des bornes municipales pendant que les vendeurs du marché aux puces s’installent. Alors que les puciers extraient leur marchandise de leur camionnette, des curieux lorgnent déjà les objets déposés au sol. «Ce sont des marchands d’art et d’antiquités, explique Désiré. Ce sont eux qui font le principal de notre chiffre d’affaires. Les clients lambda arrivent plutôt vers 8, 9 heures.»

Les antiquaires croisés ce matin préfèrent rester discrets sur leur identité – «Je ne voudrais pas que mes clients se disent que je fais les puces.» Ils traquent la perle rare, sans trop y croire. «Il y a dix, quinze ans, on dénichait des trucs sympas; aujourd’hui regardez ce qu’il y a là: un nain de jardin géant!» s’exclame l’un d’eux. Il file vers le stand voisin à vélo et une foule de passants s’agite maintenant autour de nous. L’horloge indique 7 heures. En un clin d’œil, le jour a repris ses droits sur la nuit.

Créé: 02.08.2016, 15h59

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