Bagarre au MàD: plainte contre Mark Muller

scandaleLe conseiller d’Etat libéral et un barman du MàD s’accusent mutuellement d’agression. L’affaire tombe mal pour le magistrat.

Pour Mark Muller, c’est le barman qui a déclenché les hostilités. L’enquête devra établir ce qui s’est passé exactement.

Pour Mark Muller, c’est le barman qui a déclenché les hostilités. L’enquête devra établir ce qui s’est passé exactement. Image: PASCAL FRAUTSCHI

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Que s’est-il réellement passé lors de la nuit du réveillon, au petit matin, entre Mark Muller et un employé du Moulin à Danses (MàD), boîte de nuit située près de la Jonction? C’est la question à laquelle devra répondre Daniel Zappelli, qui instruit l’affaire. Comme l’a annoncé hier 20?minutes, deux plaintes pénales ont été déposées, pour «injures et voies de fait» du côté du magistrat, la nature de celle de l’employé n’étant pas encore connue. L’enquête a été confiée à l’Inspection générale des services, comme le veut la procédure, rappelle le procureur général.

Versions contradictoires

Qu’en disent les protagonistes et les témoins? Les versions divergent largement. Pour le conseiller d’Etat, c’est un barman qui a ouvert les hostilités en l’insultant, puis en s’attaquant à «une amie», qui se trouve être également employée de l’établissement. Celle-ci aurait été «frappée et insultée», ajoute le magistrat. «C’est alors que j’ai demandé des explications au barman. Très agressif, il s’est tourné vers moi et nous nous sommes empoignés. Je n’ai donné aucun coup, mais en ai reçu un ou deux…»

Le récit des autres témoins de la scène, contactés par la Tribune, est moins élogieux à l’égard du conseiller d’Etat. Selon ces sources, Mark Muller était légèrement aviné. Le barman, intrigué par le «comportement du magistrat et de son amie dans le vestibule qui jouxte les toilettes», fait une remarque à l’élu, «les priant de sortir de l’établissement».

Des témoins confirment que l’amie de Mark Muller s’est fait agresser. Selon eux, cela aurait poussé l’élu à asséner un coup de poing au visage du barman, entraînant la chute de ce dernier. Toujours selon des témoins, les agents de sécurité font alors une clé de bras au magistrat, le poussant à terre. Le barman, lui, fera constater ses blessures par un médecin dans une permanence.

Sous couvert d’anonymat, une employée ayant assisté à la scène conteste formellement la version de Mark Muller. Elle n’en dira pas plus. «Nous avons reçu des directives de la direction», assure-t-elle. Contacté, Claude Villat, le président du comité de la coopérative chargée de gérer le MàD, dément avoir ordonné à ses employés de se taire. «Je peux vous dire que pour des simples questions de clarté, pour ne parler que d’une seule voix, je communiquerai en temps voulu.» «C’est David contre Goliath», s’insurge un autre témoin qui aimerait «que la vérité éclate».

Le Conseil d’Etat se réunit

S’il faut absolument attendre les résultats de l’enquête pour y voir plus clair — notamment sur le temps écoulé entre les premiers échanges de mots et le passage à l’acte ou encore sur celui qui a porté le premier coup — l’affaire dépasse le cadre privé. En effet, le Moulin à Danses attendait une réponse du Département des constructions de Mark Muller concernant un éventuel lieu d’accueil. La discothèque de la rue du Stand doit déménager pour faire place à l’écoquartier d’Artamis. Réuni en urgence hier, le Conseil d’Etat a décidé de transmettre le dossier du relogement du MàD au PDC Pierre-François Unger.

L’affaire remet-elle en cause les tractations entre le MàD et l’Etat? «Les négociations sont toujours en cours», rassure Claude Villat.

Dans un communiqué (lire également ci-dessous), le gouvernement genevois dit «prendre acte» des explications fournies par Mark Muller à ses collègues. «Deux plaintes pénales ayant été déposées, dont l’une par M. Mark Muller, il appartient désormais à la justice de se prononcer», conclut le Conseil d’Etat.

Au Parti libéral-radical, on attend des explications du magistrat

Réunion d’urgence hier à 18?h pour le Conseil d’Etat. Après la crise des TPG et celle de la police, toujours en cours, en voilà une nouvelle qui pourrait dégrader un peu plus l’image des autorités. Au cœur des discussions: l’altercation entre le conseiller d’Etat libéral Mark Muller et un barman survenue le soir du réveillon au Moulin à Danses (MàD), faisant l’objet d’une enquête. Ce lieu n’est pas inconnu du magistrat, chargé du relogement de la boîte de nuit (lire ci-dessus). Voilà pourquoi le gouvernement a décidé de lui retirer ce dossier pour le transmettre à Pierre-François Unger, afin d’«éviter tout risque de confusion». C’est la seule information communiquée officiellement par e-mail aux rédactions, peu avant 21?h. Le Conseil d’Etat a visiblement été pris de court dans cette affaire. Selon nos informations, Mark Muller n’aurait averti que jeudi soir le président du Conseil d’Etat, Pierre-François Unger, soit le jour même du dépôt de sa plainte, alors que les faits remontent au 1er janvier à l’aube et que la plainte à son encontre remonte au 6 janvier.

L’affaire, dont on connaît pour l’heure peu d’éléments, crée le malaise dans le milieu politique genevois. En particulier au sein du Parti libéral-radical (PLR), formation dont est issu Mark Muller, où les avis sont tranchés. Le vice-président du PLR genevois, Pierre Conne, assure avoir appris la nouvelle hier après-midi. «Admettons qu’il ait été pris dans une rixe, de toute bonne foi, c’est une affaire privée, cela peut arriver à n’importe qui», dit-il sur un ton léger, en insistant sur le fait qu’il faut attendre les résultats de l’enquête. Pierre Weiss, membre du comité directeur, vice-président du PLR suisse, en convient, tout en jouant la franchise. S’il a volé au secours de Mark Muller au sujet de la polémique sur son appartement au loyer modique, cette fois il se montre très prudent dans cette nouvelle affaire qui le surprend «désagréablement». Ce qui le choque? «Des explications sont nécessaires de la part de Mark Muller en tant que personne et magistrat sur trois points. Le premier concerne la dignité de l’élu: était-il aviné? Le deuxième concerne le comportement violent: a-t-il agi par légitime défense? Le troisième concerne un comportement inapproprié. Il doit apporter des réponses à son parti. J’ai demandé que ce sujet soit à l’ordre du jour de notre séance du comité directeur de mardi.»

Le président du Parti socialiste, René Longet, se montre tout aussi préoccupé: «Si c’est vrai, c’est grave. Si ce n’est pas vrai, c’est presque aussi grave.» Pour le président des Verts, Yvan Rochat, «cette situation ne contribue pas à renforcer les institutions politiques». Il ajoute que, «quelle que soit l’issue de l’enquête, la dignité de la fonction devra être rétablie». Seul un élu d’un autre parti vole au secours de Mark Muller. Il s’agit étonnamment du président du Mouvement citoyens genevois, Eric Stauffer: «Je lui donne totalement raison! Ce n’est pas parce que l’on est député ou conseiller d’Etat que l’on n’a pas le droit de se défendre ni de s’amuser.» Il soulève aussi un problème: «On doit être le seul pays au monde où les élus ne bénéficient pas d’un minimum de sécurité.»

Sophie Roselli

Créé: 13.01.2012, 23h05