L’avocate qui nageait à contre-courant

Une candidate au saut du lit (14/16)La crise des notes de frais a poussé la PDC Alia Chaker Mangeat dans la course à la Mairie.

Alia Chaker Mangeat prend le temps d’un café dans le séjour de son loft.

Alia Chaker Mangeat prend le temps d’un café dans le séjour de son loft. Image: LAURENT GUIRAUD

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Seul le murmure du train brise de temps à autre le silence qui règne dans le loft, situé à deux pas des rails. Il est 8h15. Les trois enfants d’Alia Chaker Mangeat ont déjà rejoint les bancs de l’école. Son mari avocat l’embrasse en coup de vent avant de partir à l’étude. Bref, le coup de feu matinal est passé. L’occasion pour l’une des deux prétendantes PDC à la Mairie de se verser un café et de partager notre admiration pour cette ancienne usine devenue logement, îlot de modernité dans le quartier populaire de l’Europe. Un espace immense, doté de larges vitrages, de deux mezzanines et de bibliothèques réalisées par son beau-père, architecte, que la famille a investi il y a sept ans. «J’aime l’idée d’habiter dans le corps même de l’usine.»

Opposée à Clé-de-Rive

Cet attrait pour le patrimoine industriel et les trésors de l’architecture genevoise a guidé Alia Chaker Mangeat dans plusieurs de ses combats politiques. Celui pour sauvegarder le Plaza, pour lequel elle s’est mobilisée «dès le début» contre l’avis de son groupe. Ce ne sera d’ailleurs pas la seule fois où l’élue ira à l’encontre des siens, puisqu’elle s’est récemment opposée au projet Clé-de-Rive. «Je n’ai pas été élue pour appuyer sur un bouton. J’ai une ligne claire. Je me bats pour une ville conviviale et durable, pas pour la construction de centres commerciaux désertés par les gens, encore moins pour des parkings déjà anachroniques avant même l’arrivée des premiers bulldozers chargés d’éventrer l’hypercentre.»

Son engagement public est venu tard, elle l’admet, posant délicatement ses lunettes rondes sur la table basse, «même si cela fait déjà dix ans. Plus jeune, j’avais trois enfants en bas âge, une crèche qui fermait à 17h30, je construisais ma carrière dans l’audit puis dans la banque, sans famille pour m’aider. Je n’avais pas le temps pour ça.» Néanmoins, la candidate baigne dans la politique depuis l’enfance. Au sein de sa famille tunisienne, les personnalités militantes sont nombreuses.

«Mon père a été emprisonné pour avoir lutté pour l’indépendance, et mon oncle a été assassiné par les Français.» La «montée des discours populistes, le durcissement de l’asile et la crise des subprime» la poussent finalement à franchir le pas.

Elle s’implique au sein du PDC cantonal comme vice-présidente puis est élue au Municipal de la Ville de Genève, en 2015. «Avec RFFA qui se profilait, je voulais apporter ma contribution, mon bagage fiscal.»

Avocate indépendante, parlant l’arabe, Alia Chaker Mangeat est une «matheuse». «J’aime les chiffres et la science, même si les livres font aussi partie de ma vie.» Chez elle, les bouquins sont effectivement partout, rangés sur les longues bibliothèques murales ou empilés sur la table de la cuisine. Arrivée à Genève à 18ans avec son père diplomate et sa famille après des années à sillonner différents pays d’Europe (elle passera cinq ans en Suède), elle termine d’abord des études économiques, «assez inintéressantes». Puis se lance dans le droit. Elle rencontrera son mari à la bibliothèque. «J’ai ensuite travaillé dans une société de trading, mais je ne m’y plaisais pas. J’avais l’impression d’être au casino.»

Régler la «gabegie»

C’est notamment la crise des notes de frais au sein de l’Exécutif de la Ville qui pousse Alia Chaker Mangeat à partir à l’assaut de la Mairie. «La façon dont l’Exécutif s’est excusé est presque plus choquante que l’audit en lui-même.» Sans surprise, revoir la gouvernance de la Ville, qu’elle qualifie de «gabegie», est l’une de ses priorités, dit-elle. «Il faut tout suivre de très près, y compris l’aménagement. Souvenez-vous qu'on a failli raser les Bains des Pâquis dans les années 80! Regardez le résultat extérieur d'Artamis! Je ne me suis pas engagée en politique pour plaire mais pour apporter des réponses concrètes.» La candidate n’a définitivement pas peur de fâcher.

Créé: 04.02.2020, 06h59

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