L’avocate qui milite pour les armes

Votations du 19 maiOlivia De Weck est le nouveau visage de Protell, le lobby suisse des armes opposé à la révision de la loi.

Nommée capitaine à l'armée, Olivia De Weck commande 150 hommes.

Nommée capitaine à l'armée, Olivia De Weck commande 150 hommes. Image: Lucien Fortunati

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Avocate, capitaine à l’armée et nouvelle vice-présidente de Protell, le lobby suisse des armes. Le pedigree d’Olivia De Weck a de quoi intriguer. Il véhicule aussi son lot de clichés. On imagine une jeune femme froide, autoritaire et revancharde. Avec une pointe d’austérité à la clé. Un peu à l’image de la tour Saugey, aux Eaux- Vives, où la militaire nous a donné rendez-vous.

Les stéréotypes volent en éclats au 8e étage du bâtiment, dans une salle de l’étude qui fait face au Jet d’eau et à Saint-Pierre. Une jeune femme lumineuse vêtue d’un tailleur bleu ouvre la porte. Son regard est franc, sa poignée de main aussi douce que ferme. On se dit alors qu’on peut être réac et moderne à la fois. Que le féminisme est définitivement pluriel.

À 32 ans, Olivia De Weck apporte un vent de fraîcheur bienvenu à Protell. L’association a fêté l’année passée ses quarante ans. Quatre décennies dirigées par des hommes. La trentenaire vient d’y mettre fin. C’est la votation du 19 mai qui a incité l’avocate à franchir le seuil de ce fief masculin. Ce jour-là, les Suisses se prononceront sur un durcissement de la loi sur les armes exigé par l’Union européenne. Une injonction inacceptable pour la nouvelle vice-présidente, fortement attachée aux valeurs helvétiques: «Pourquoi Bruxelles viendrait nous dire comment gérer nos armes alors que tout se passe actuellement très bien? Les citoyens armés font partie de l’histoire de notre pays.»

Premier fusil d’assaut à 17 ans

La Genevoise, expatriée à Lausanne depuis une dizaine d’années, possède un pistolet d’ordonnance. Elle a manié son premier fusil d’assaut à 17 ans dans le cadre du groupe des jeunes tireurs de Veyrier. «J’ai ressenti à la fois du stress et un grand respect pour cet objet qui peut faire de gros dégâts si on le manipule mal», se souvient-elle. Le tir, c’est une histoire de famille. Chez les De Weck, «l’armée a toujours été perçue positivement», souligne la trentenaire. Ainsi, au collège, lorsque les garçons sont appelés à la journée d’information pour le service militaire, l’adolescente contacte la caserne des Vernets pour leur demander si elle peut venir elle aussi. «Personne de mon entourage n’a vraiment été étonné que je m’engage», précise-t-elle.

Olivia De Weck se décrit comme une enfant qui aimait autant jouer au foot avec ses frères que coiffer ses Barbies dans sa chambre. Puis, rapidement, le sport a pris le dessus sur les poupées. Des sports de compétition avant tout, dans lesquels elle peut défier son frère aîné. «C’est vrai que je ne suis pas très yoga, même si ça me ferait certainement beaucoup de bien», plaisante-t-elle. Parmi ses activités favorites: le tennis, le vélo, la course à pied, la peau de phoque et le ski de fond.

«On m’a dit que j’étais dure mais juste»

Son goût du défi et de l’ambition l’a amenée à grader au sein de l’armée. Nommée capitaine, la jeune femme commande aujourd’hui 154 hommes. «Je sais me faire respecter», confie celle qui dit n’avoir jamais souffert de sexisme au sein du régiment. Olivia De Weck, c’est une main de fer dans un gant de velours. Une confiance qui la pousse à prendre des risques. Une assurance qui lui permet l’humilité. «On m’a dit un jour que j’étais dure mais juste, relate-t-elle. C’est le plus beau compliment que j’ai reçu.» Où se voit-elle dans dix ans? «Je ne sais pas, je saisis les opportunités comme elles se présentent. La seule chose qu’il faudra programmer, ce sont les enfants.» Elle précise: «Après le mariage, évidemment.» Olivia De Weck ne badine pas avec les traditions et l’ordre établi: «Le mariage est une institution à laquelle je crois malgré tous les divorces que je gère dans le cadre de mon travail.»

Ces prochaines semaines s’annoncent intenses pour la représentante de Protell. C’est elle qui est chargée de mener la campagne du 19 mai. Débats, émissions et rencontres avec des politiciens sont d’ores et déjà inscrits dans son agenda. Comment vit-elle cette exposition médiatique? «Grâce à mon métier, je n’ai pas de difficultés à parler en public.» Craint-elle les attaques personnelles? «Si nos adversaires doivent en arriver là, c’est qu’ils sont à court d’arguments, répond-elle. Mais évidemment que cela me touchera. J’ai beau avoir fait l’armée et être sûre de moi, j’ai quand même un cœur.» (TDG)

Créé: 14.03.2019, 08h45

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