L'avion de Yasser Arafat est démantelé à Cointrin

Genève AéroportFin de parcours pour un appareil au glorieux passé. Du leader du Fatah à un conflit en justice, retour sur une longue épopée.

Dans un coin du tarmac, le Jetstar 2 vient de perdre sa dérive et ses réacteurs.

Dans un coin du tarmac, le Jetstar 2 vient de perdre sa dérive et ses réacteurs. Image: Richard Etienne

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Cette fois, c’est la fin. L’ancien avion de Yasser Arafat, qui croupit à Cointrin depuis la mort du raïs palestinien en 2004, passe à la casse. Le petit aéronef, un Jetstar 2 construit en 1979, est en cours de démantèlement. Des ouvriers en scient des parties dans un coin du tarmac, près des bâtiments de RUAG Aviation, à Meyrin.

Ses doubles réacteurs installés à l’arrière faisaient fureur quand le véhicule est sorti de l’usine du constructeur américain Lockheed en 1979. Depuis samedi, ils gisent par terre. Tout comme la dérive, ôtée la veille. Le train d’atterrissage et les roues ont été extraits lundi. Le seul Jetstar immatriculé en Suisse (et l’un des deux Lockheed aux plaques helvétiques) repose, sans queue ni aile, sur le ventre. Mais on ne lui enlèvera pas sa destinée glorieuse.

Irak et Palestine

Sa première jeunesse, il la passe en Irak, où il intègre la plus ancienne compagnie aérienne du Moyen-Orient. Saddam Hussein arrive au pouvoir en même temps. L’appareil est orné d’une silhouette d’oiseau vert, l’uniforme d’Iraqi Airways.

Il est ensuite utilisé par les autorités palestiniennes et leur leader charismatique. Yasser Arafat pose même avec son célèbre keffieh devant l’avion à l’occasion de l’inauguration d’un aéroport à Gaza en 1998. Le Jetstar arbore cette fois les couleurs des territoires occupés: trois lignes – noire, rouge et verte – le traversent et un aigle de Saladin d’or figure à côté de sa porte d’entrée. Le raïs l’utilise jusqu’à sa mort, pour se rendre à Genève notamment. On retrouve d’ailleurs l’avion à Cointrin plusieurs mois après le décès du leader du Fatah.

À la fin de 2005, un homme d’affaires basé en Suisse alémanique le rachète et crée pour le gérer une société à Genève, Dynacore SA, indique l’avocat de cette société, sans divulguer de nom. Selon le Registre du commerce, la société est administrée par Kadri Muhiddin, le directeur d’AMAC Aerospace, un opérateur d’aviation d’affaires basé à Bâle.

Un dossier qui s’enlise

Dynacore espère faire voler son véhicule, mais les frais pour le remettre en forme sont beaucoup plus importants que prévu, ce qui déclenche une longue procédure en justice entre son propriétaire et la société chargée de sa maintenance. L’avion est quand même repeint – en blanc, vert et or – et immatriculé en Suisse en 2008. Son numéro, HB-JGK, apparaît d’ailleurs encore sur le flanc d’un des doubles réacteurs posés sur le tarmac.

Dynacore cherche assez vite à se débarrasser du coucou trop vite acquis. La société tente de le vendre à plusieurs reprises, des musées sont contactés, sans succès. Le dossier s’enlise. L’appareil passera près de quinze ans dans un coin du tarmac où les frais de parking s’élèvent à près de 160 francs par jour. Pendant les premières années, les factures sont régulièrement payées, mais pas vers la fin. À la fin de 2017, l’avocat de Dynacore espérait encore trouver un repreneur.

Aujourd’hui, du côté de Dynacore, le sentiment est mitigé. «Le propriétaire aurait préféré une autre solution, comme le confier à un musée, mais il y a aussi une forme de soulagement après tant d’années de temporisation», indique l’avocat de la société.

Recycler un avion

Une entreprise anglaise, Air Salvage International, a été mandatée pour démanteler l’avion et embarquer ses pièces détachées dans son usine outre-Manche.

Entre 600 et 900 avions seraient recyclés chaque année dans le monde, selon l’Association internationale du transport aérien (IATA), un chiffre qui grimpe depuis que les cours du brut s’élèvent à nouveau, et environ 90% du contenu d’un avion de ligne peut être réutilisé ou recyclé. De nombreux moteurs d’occasion, ou pièces de moteur, moins chers que du neuf, sont par exemple réutilisés.

Pour notre épave, rien de tel a priori. «Un modèle à quatre moteurs, c’est aujourd’hui une hérésie qui n’a plus de valeur», indique Bernard Comensoli, consultant spécialisé en aviation à Genève. Selon lui, il sera difficile d’en récupérer même quelques pièces car le processus est coûteux et la demande limitée. (TDG)

Créé: 04.07.2018, 12h04

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