L’avion qui s’est posé sur le Mont-Blanc est genevois

Haute-SavoieCet atterrissage illégal a provoqué les foudres des autorités françaises. Le pilote pourrait perdre sa licence de vol.

Un alpiniste français a croisé les passagers de l'avion lors de son ascension du Mont-Blanc: les deux hommes semblaient s'équiper pour rejoindre le sommet.

Un alpiniste français a croisé les passagers de l'avion lors de son ascension du Mont-Blanc: les deux hommes semblaient s'équiper pour rejoindre le sommet. Image: Laurent Leemans

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C’est un petit avion de tourisme suisse qui a fait beaucoup de bruit en France. Mardi en fin de matinée, un Piper Super Cub appartenant à l’Aéroclub de Genève s’est posé sur le flanc du Mont-Blanc, à quelques centaines de mètres du sommet. Cet atterrissage sur un site non autorisé a déclenché les foudres des autorités haut-savoyardes.

Selon nos informations, c’est un pilote chevronné, rompu aux techniques d’atterrissage en haute montagne, qui était aux commandes. Il s’agirait même d’un instructeur. Dans les milieux de l’aéronautique, son nom circule déjà. «Il n’y a pas beaucoup de personnes qui ont assez d’expérience pour parvenir à se poser dans un tel endroit», nous confie, sous couvert d’anonymat, un ancien membre de l’Aéroclub de Genève. Le pilote en cause s’expose à des poursuites de la part de la France, mais aussi de la Suisse. Il pourrait même perdre sa licence de vol.

À deux pas du sommet

Un hélicoptère du Peloton de gendarmerie de haute montagne (PGHM) de Chamonix effectuait un vol de surveillance du massif lorsqu’il a aperçu l’appareil sur la pente nord-nord-est du Mont-Blanc, entre le mur de la Côte et les Rochers Rouges supérieurs, à 4550 mètres d’altitude. C’est en tout cas ce que relatent les médias français. Cela semble confirmé par un alpiniste français, qui s’est confié à la «Tribune de Genève»: «J’étais en train de faire l’ascension du Mont-Blanc depuis l’Aiguille du Midi quand, en passant le col Maudit vers 11 h, j’ai vu un avion qui tournait autour de nos têtes, raconte Laurent Leemans. Il nous a même fait un signe d’un battement d’ailes, avant de sortir de notre champ de vision.»

Les alpinistes ont ensuite vu l’hélicoptère de la gendarmerie qui s’approchait. «Quand nous sommes arrivés vers les Rochers Rouges supérieurs, l’un des deux occupants de l’avion m’a proposé du thé. J’ai cru qu’ils avaient eu une panne, parce qu’ils manipulaient une corde avec laquelle je pensais qu’ils voulaient arrimer leur appareil. J’ai demandé s’ils avaient eu un problème, mais ils m’ont répondu que non.» Laurent Leemans prend une photo de l’avion (voir ci-dessus) avant de poursuivre sa route. Une demi-heure plus tard, il voit l’engin redécoller.

C’est la suite du Disneyland! C’est honteux. Et si c’est une provocation, qu’ils le fassent dans leurs montagnes suisses!

Jean-Marc Peillex , Maire de Saint-Gervais

D’après les témoignages des gendarmes dans les médias français, le pilote de l’avion et son passager, munis de crampons, de cordes et de piolets, s’apprêtaient à rallier à pied le sommet du Mont-Blanc, à 4807 mètres d’altitude.

L’Aéroclub conteste

Selon le comité de l’Aéroclub de Genève, l’avion se serait toutefois posé ailleurs, «dans la région du Dôme du Goûter», où se trouve une altisurface (piste d’atterrissage en montagne) répertoriée dans la Publication d’information aéronautique officielle française. Dans un communiqué de presse, l’Aéroclub affirme ne pas effectuer de déposes en altitude, mais utiliser ce type d’avion, équipé et homologué pour les atterrissages en montagne, uniquement dans un but de formation et d’entraînement des pilotes.

Quoi qu’il en soit, l’événement a suscité des réactions outrées sur les réseaux sociaux, tant de la part d’amoureux de la montagne que de pilotes d’avions de tourisme, qui craignent un dégât d’image pour leur activité. Le maire de Chamonix-Mont-Blanc, Eric Fournier, a pour sa part dénoncé un comportement inadmissible: «Cela constitue une atteinte intolérable à l’environnement de haute montagne et à toutes les mesures de protection existantes», tonne-t-il dans un communiqué.

Le maire de Saint-Gervais Jean-Marc Peillex a également fait part de sa colère au «Dauphiné Libéré»: «C’est la suite du Disneyland! Tant que les gens voudront continuer à défier les règles avec leur argent, la montagne sera invivable. C’est honteux. Et si c’est une provocation, qu’ils le fassent dans leurs montagnes suisses!»

Devant ce cas inédit, les autorités françaises sont en train d’éplucher la législation pour savoir comment qualifier l’infraction, qui touche à la fois au code de l’environnement et aux règles de l’aviation civile. À Berne, l’Office fédéral de l’aviation civile (OFAC) se réserve, indépendamment des procédures françaises, le droit de poursuivre également le pilote incriminé. Cela pourrait aller jusqu’au retrait de sa licence de vol.

Créé: 19.06.2019, 17h38

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