L’automobile se met au courant

Electromobilité Les stations pour voitures électriques se multiplient, pour un bénéfice écologique discuté.

Marque emblématique de l’électromobilité, Tesla promet pour bientôt un modèle plus abordable.

Marque emblématique de l’électromobilité, Tesla promet pour bientôt un modèle plus abordable. Image: KEYSTONE/Gaetan Bally

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L’activité est devenue très tendance. A intervalles réguliers, une prise électrique est inaugurée en grande pompe dans un parking genevois. Des prises pas ordinaires: elles peuvent remplacer une pompe à essence en cela qu’elles alimentent des voitures à propulsion entièrement électrique.

Régie publique, les Services industriels de Genève ont annoncé en novembre leur volonté de se lancer sur le marché de l’alimentation de ces véhicules, en inaugurant des prises publiques à Bernex. Une firme privée comme Green Motion est déjà présente sur ce créneau depuis 2009: elle a installé à Genève des points de branchement privés et a aussi équipé des infrastructures publiques, comme le parking du Mont-Blanc.

Le parc local de véhicules propulsés à l’électricité reste pourtant étriqué (lire ci-contre). Mais la solution électrique est en plein essor et apparaît comme porteuse d’avenir. L’Administration cantonale prévoit que 20 000 voitures correspondront à ce profil d’ici à une quinzaine d’années. L’électromobilité fait aussi couler beaucoup d’encre: de nombreux rapports étatiques et recherches académiques scrutent ses multiples enjeux.

«Au cœur de cet enthousiasme, il y a la marque californienne Tesla qui produit des voitures de luxe, très chères, les seules à offrir une autonomie de 400 kilomètres, diagnostique Vincent Kaufmann, spécialiste de la mobilité à l’Ecole polytechnique fédérale de Lausanne. Il y a un vrai problème de modèle économique: les batteries sont chères et on ne sait pas encore produire de modèle populaire.»

Des bienfaits controversés

Ces écueils appartiendront vite au passé, pronostique en revanche le directeur du TCS Genève, Henri-Pierre Galletti: «Si la batterie a longtemps posé problème, Tesla a atténué la crainte de la panne, avec des voitures certes chères. Mais l’heure approche où le client lambda aura un vrai choix entre essence et électricité: on verra arriver dans moins d’un an une petite Tesla ou encore l’Opel Ampera, avec des prix accessibles à Monsieur Tout-le-monde et une autonomie de 350 km, voire plus. Il ne s’agira plus d’une seconde voiture pour bobo voulant se donner bonne conscience.»

Est-ce pour le mieux? Pas pour tout le monde. On y voit tantôt un grand progrès, tantôt un pis-aller. «La voiture électrique a des aspects très positifs, comme la réduction de la pollution de l’air, concède Thomas Wenger, président genevois de l’Association transports et environnement. Mais son bénéfice environnemental dépend du mode de production de l’électricité: si elle vient du nucléaire français ou du charbon allemand, on n’aura rien amélioré. La production du véhicule et de sa batterie consomme beaucoup d’énergie grise et la matière première qu’est le lithium pose un vrai souci.»

Spécialiste de la mobilité à l’EPFL, Vincent Kaufmann est sceptique: «Que fera-t-on quand Tesla aura épuisé les réserves de lithium? Est-ce ainsi qu’on sortira du nucléaire? Si la voiture électrique constitue une amélioration en termes de bruit et de rejets dans l’atmosphère, sa production est très polluante. Sa recharge est un autre enjeu: si chacun l’entame vers 19 heures, cela coïncidera avec les heures de pointe de consommation, alors que les électriciens tentent justement de les lisser car l’électricité ne se stocke pas. La vraie question à son sujet, c’est de savoir si elle sera possédée comme véhicule privé ou si elle sera partagée sous la forme de flottes mises à la disposition du public.» Ce qui limiterait la pollution due à la production.

Ces critiques, Henri-Pierre Galletti les tempère: «Les bilans écologiques sont variables selon les pays. Mais le mix énergétique suisse, issu à 60% de la production hydraulique, donne à la voiture électrique le meilleur bilan d’Europe. Ici, elle constitue une vraie avancée écologique.» Quid des recharges en heure de pointe? «C’est un problème gérable à ce stade et il le sera aussi si un jour la voiture électrique devait représenter un cinquième du parc automobile.» L’Association des entreprises électriques suisses préconise des incitations tarifaires pour reporter les chargements à domicile sur les heures creuses. Ce qui nécessite de porter attention aux possibilités de recharge sur le lieu de travail. Des experts estiment que les voitures branchées pourraient, le cas échéant, servir d’accumulateurs locaux dans le réseau électrique.

Un point fait l’unanimité. La voiture électrique n’apporte aucune réponse au problème d’encombrement spatial posé, surtout en ville, par sa consœur traditionnelle. «Que la voiture soit électrique ou non, le centre-ville restera bouché si on ne développe pas les mobilités douces et les transports publics», prévient Thomas Wenger. «On ne peut pas lui demander de tout résoudre, plaide Henri-Pierre Galletti. Mais on peut aussi faire du covoiturage avec une automobile électrique!»

Un souci fiscal à l’horizon

Dans un rapport daté de 2015, un groupe de travail mandaté par la Confédération estime que de 19% à 30% du parc automobile tournera à l’électricité en 2035. Réalisée également l’an dernier, une étude de l’EPFL estime que si l’entier du parc tournait aux watts, la consommation électrique grimperait de 19% à 24%. Mais cette consommation pourrait baisser d’autant à l’horizon 2035 en améliorant l’efficience énergétique du produit. La part des véhicules privés dans les émissions de gaz carbonique tomberait à 5% du total, pour autant que les batteries puissent être recyclées, contre 25% aujourd’hui.

La même étude relève que la taxation du pétrole représente aujourd’hui 8% des revenus fédéraux, une manne appelée à décroître en cas d’essor de la mobilité électrique. Qui paiera le réseau routier? «A moyen terme, le modèle de financement actuel ne pourra pas perdurer et il faudra en imaginer d’autres, ce qui vaut pour la route comme pour le rail», estime Henri-Pierre Galletti.


Luc Barthassat veut «accélérer la transition» vers l’électromobilité

L’Etat suit de près l’essor de l’électromobilité et a même mis sur pied un groupe de travail à son sujet. Il réunit les services cantonaux et les régies d’Etat les plus concernés par ce thème, ainsi que des représentants des communes et des acteurs associatifs. Ministre des Transports, Luc Barthassat donne son point de vue.

L’Etat a mis sur pied un groupe de travail pour aborder les enjeux de la voiture électrique. Quelles mesures doit-on prendre pour faciliter son développement?

Nous travaillons aujourd’hui afin de créer les conditions capables d’accélérer la transition vers une énergétique électrique. Pour cela, deux volets sont à développer: les infrastructures de recharge et les mesures d’incitation grâce aux leviers de la fiscalité, de la circulation routière, de l’équipement et de la construction. Mon département a mis sur pied un groupe de travail avec les principaux acteurs afin de mettre en œuvre l’élaboration d’une stratégie genevoise de l’électromobilité. Les SIG et la Fondation des parkings ont, sous cette impulsion, récemment lancé leur projet de déploiement de bornes de recharge sur le canton.

Quels effets positifs attend-on du développement de la voiture électrique?

La réduction de la pollution atmosphérique qui est à l’origine d’un grand nombre de maladies et de décès prématurés. Le trafic motorisé est responsable à Genève de 39% des émissions d’oxydes d’azote (NOx) et de 33% des particules fines (PM10). Deux polluants qui sont, en grande partie, liés au processus de combustion des moteurs thermiques.

Le bruit routier représente aussi un fléau pour la qualité de vie et une menace pour la santé. Dans des zones urbaines où les vitesses sont limitées et les freinages et accélérations sont fréquents, l’électromobilité apportera une contribution importante pour un retour à une ville apaisée.

Rappelons que le véhicule électrique n’émet pas de CO2 en roulant. C’est une solution importante pour réduire les émissions de gaz à effet de serre. Enfin, c’est une opportunité de s’émanciper de la dépendance pétrolière en favorisant les énergies renouvelables et locales, ainsi que les technologies innovantes.

Ne payant pas de taxe sur les hydrocarbures, la voiture électrique ne contribue pas au financement des routes. Faut-il vraiment lui accorder des avantages fiscaux?

Les mesures d’incitation qui seront prises seront transitoires, elles viseront à favoriser le transfert vers une motorisation électrique lors d’un renouvellement de véhicule, tant par les entreprises que par les particuliers. Lorsque la voiture électrique représentera une part significative du parc en Suisse, la Confédération devra alors évaluer une éventuelle contribution au financement des routes.

Le véhicule électrique ne résout rien aux problèmes d’engorgement urbain. Est-il judicieux de le promouvoir dans un canton-ville?

Oui, pour les raisons de santé publique et d’environnement. Il faut absolument développer l’électromobilité à Genève, pour les voitures certes, mais aussi pour les vélos, les deux-roues motorisés et les transports publics. Notre objectif n’est pas d’augmenter le parc de véhicules mais d’assurer le remplacement du thermique par l’électrique. L’électromobilité, c’est aussi des véhicules connectés qui pourront à terme participer à Smart canton et, par exemple, aider à trouver plus rapidement un stationnement, libérant plus efficacement nos rues. Enfin, c’est aussi les transports collectifs avec le bus TOSA, qui sera déployé à l’horizon 2018, sur la ligne 23 entre Carouge et l’aéroport international de Genève. (TDG)

Créé: 22.12.2016, 18h08

Un parc minuscule, mais en plein essor

On dénombre 531 voitures de tourisme électriques enregistrées aujourd’hui à Genève, selon les statistiques transmises par le Service cantonal des véhicules. C’est 0,23% du parc total de ce type de véhicules, mais il n’y en avait que 20 en 2008, ou 101 en 2013. En cinq ans, leur nombre a crû de 1297%! Le canton compte maintenant 1575 véhicules de tout type fonctionnant à l’électricité, contre 187 en 2008. La hausse est de 742% en huit ans.





























































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