Aujourd’hui, même le cinéma homo fait dans le burlesque

ManifestationLa 2e édition du festival gay et lesbien Everybody’s perfect démarre vendredi au Grütli.

Genève. Festival de cinéma gay

Genève. Festival de cinéma gay "everybody is perfect". Agnès Boulimer et Pierre Biner, les organisateurs. Image: Pierre Abensur

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Elle aura donc finalement lieu, cette 2e édition de Everybody’s Perfect, le festival de cinéma LGBTIQ — lesbien, gay, bi, trans, intersexe, queer. Malgré les réticences des autorités, résultant du nombre vertigineux de festivals de cinéma à Genève (entre 12 et 14), le comité de bénévoles est parvenu à reconduire l’événement, après celui de l’automne 2010. Le soutien émane avant tout du directeur des salles du Grütli, Edouard Waintrop, qui «voulait ce festival». La Ville, l’Etat et la Loterie Romande ont suivi. Résultat: 80 films, dont 60 inédits, seront projetés du 21 au 30 septembre. Interview avec les coprésidents Agnès-Maritza Boulmer et Pierre Biner. Pour cette 2e édition, vous dites avoir un invité d’honneur: le monde hétérosexuel… Pierre Biner: Oui, c’est important de montrer que nous sommes ouverts sur la ville, sur le monde…

Agnès-Maritza Boulmer: Le public de 2010 était essentiellement issu de la communauté LGBT. Pour ouvrir l’événement, nous avons effectué cette année un important travail, en invitant les écoles, en organisant des débats. Le monde hétéro a tendance à penser qu’un tel festival ne s’adresse pas à eux. Pourtant, tout le monde est allé voir Milk. Nous proposons de nombreux films tout aussi universels. Qu’entendez-vous par universel?

AMB: Les films du cinéma dit homosexuel ne parlent plus seulement de revendication. Ils abordent des thématiques autres, s’intègrent dans un contexte plus global. C’est un grand changement, que l’on constate depuis quelques années. Les personnages des films de l’Argentin Marco Berger sont homosexuels, mais ils pourraient aussi bien être hétéros. Cela prouve que l’intégration sociale est en train de se faire. Je parle de l’Occident, bien sûr. Il reste nonante pays dans le monde qui condamnent l’homosexualité.

Pourtant, vivre son homosexualité peut être difficile même à Genève.

AMB: Bien sûr, mais il faut distinguer la fiction de la réalité. Le coming out au sein de la famille, du milieu professionnel ou de l’école reste souvent douloureux. Les tabous subsistent, les documentaires s’en font l’écho. Dans la fiction, les artistes se dégagent de la pure revendication homosexuelle. Parade, de Sdrjan Dragojevic, va jusqu’au burlesque. Le recours à l’humour prouve une certaine maturité. Parallèlement à l’avancée de la législation, l’évolution est le reflet de la société. On observe également un discours féminin très présent, avec une explosion des réalisatrices. Autre signe positif: l’émergence d’un discours cinéphilique. On est passé de l’urgence de dénoncer à un vrai art cinématographique. Encore une fois, cela dépend des pays. L’un des documentaires montre des mineurs se faire exécuter en Iran en raison de leur appartenance sexuelle. Evidemment, leur urgence n’est pas de se révéler en tant qu’artiste.

Vous projetez aussi le premier film gay de l’histoire, qui date de 1919. C’est important?

PB: Absolument. Nous montrons plusieurs films anciens. On ne peut pas construire une identité sans parler du passé. Il n’y a pas si longtemps que la situation s’est améliorée. En 1978, Rui Nogueira, alors directeur du CAC Voltaire, organisait le premier festival gay et lesbien à Genève. L’événement avait choqué au point que 10% de ses subventions avaient été coupées l’année suivante.

Everybody’s Perfect du 21 au 30 septembre, Cinémas du Grütli. www.everybodysperfect.ch

Créé: 19.09.2012, 17h43

Un programme où abondent les points forts

Un rapide coup d’œil sur la programmation suffit à attester de sa richesse. Everybody’s Perfect ne pourrait être qu’une vitrine du cinéma gay et lesbien. Le festival est bien plus que cela. A travers plusieurs sections, la manifestation propose aussi bien des films récents que des œuvres historiques, voire classiques, dévoilant les différentes approches de l’homosexualité dans l’histoire du cinéma. Ce pan rétrospectif permettra de revisiter des œuvres de Todd Haynes, avec le très «sirkien» Far from Heaven, ou de Wong Kar-Wai, avec l’éclatant Happy Together. Et de redécouvrir des titres plus méconnus, comme cette Torch Song Trilogy de Paul Bogart (1988), culte en son temps, ou le courageux Anders als die Andern que Richard Oswald avait mis en scène en 1919.

Du côté des productions plus récentes, les films de Marco Berger - Plan B et Ausente/Absent, qui tous deux abordent fort subtilement la question de l’ambiguïté hétérosexuelle -, forment les points forts d’un programme incluant également les journaux intimes d’Hervé Guibert et de nombreux courts-métrages. Un éclectisme qui reflète une pluralité de regards d’auteur qui vont se télescoper durant les dix jours de l’événement. Cette cohérence dans la programmation dénote bel et bien un vrai professionalisme.
P.G.

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