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L’attaque des petits chiens

Chihuahuas et jack russell terriers en tête, les canidés miniatures font fureur à Genève. Leurs propriétaires les bichonnent. Et ces animaux deviennent de plus en plus connectés.

Vedettes d’un jour, «Cocoa» et «Latte» posent en habits de fête dans une junior suite de l’hôtel Starling, qui accepte les chiens.
Vedettes d’un jour, «Cocoa» et «Latte» posent en habits de fête dans une junior suite de l’hôtel Starling, qui accepte les chiens.
Lucien Fortunati

Ils sont partout. Mais ils sont petits. Genève héberge de plus en plus de chiens miniatures, yorkshires et chihuahuas en tête. En dix ans, le nombre de petits chiens répertoriés par la banque de données nationale Amicus a bondi à Genève de 35%, pour s’établir à 15 819. Dans le même temps, la population de moyens et grands canidés a baissé. Après les années «molosses», le canton subit depuis quelques années la mode des minitoutous.

Propriétaire de deux chihuahuas, Aida, une Japonaise habitant dans le quartier de Moillebeau, les couve du regard. Et les protège du froid ou de la pluie grâce à toute une panoplie de vêtements. Contre les intempéries, elle possède des k-way en forme d’abeille ou de grenouille. «J’ai aussi des habits plus chauds, qui rappellent Papa Noël ou les rennes», ajoute-t-elle en mettant prestement leurs habits à Cocoa et Latte, ses deux minuscules canidés, âgés tout de même de 7 ans chacun.

Le nombre de chihuahuas a explosé ces dix dernières années à Genève, passant de 246 en 2007 à 1583 en 2017, toujours selon Amicus. La hausse est impressionnante: +543%. Seuls les petits yorkshires sont plus nombreux: 2130, un nombre stable depuis une dizaine d’années. Originaire de Chine, le shih tzu est également très apprécié, tout comme le bichon ou encore le jack russell terrier, dont le nombre a doublé en dix ans (lire notre graphique). «Le spitz est aussi très à la mode», glisse la Thônésienne Doris Hugi, présidente de la Société genevoise des vétérinaires.

Ces bébêtes sont souvent bichonnées, habillées comme des poupées. La pension pour animaux d’hier devient un hôtel avec salons de toilettage, paniers, coussins et jouets sophistiqués, friandises à profusion. Le groupe hôtelier Starling les accepte moyennant un supplément de 30 francs par chien. À La Réserve Genève, précise-t-on, «si le délai est suffisant, l’hôtel peut faire graver les gamelles à leur nom». Il est également possible de commander des plats «spéciaux», à la demande du client.

La puce et les puces

Le vétérinaire Pierre-Alain Baud confirme l’engouement pour les petits chiens. «Ils peuvent être plus aisément transportés et gênent moins en ville», remarque-t-il. Durant la première décennie du millénaire, de nombreux cas de morsures et d’attaques de la part de molosses ont abouti à une nouvelle réglementation. De nombreux propriétaires se sont alors détournés des races les plus dangereuses pour choisir des compagnons à quatre pattes beaucoup moins agressifs, même si les morsures des yorkshires peuvent aussi être importantes.

En revanche, un petit chien coûte autant qu’un grand chien en consultations chez le vétérinaire. Afin d’adapter ce métier aux développements technologiques, ce praticien a lancé une plate-forme de soins digitale (lire ci-dessous). Le conseil en ligne permet de diminuer la facture liée à la possession d’un chien. Qu’il pèse deux kilos – à l’exemple du chihuahua – ou septante, le chiot âgé de 3 mois devra être muni d’une puce électronique, sa carte d’identité, qui sera transmise à la banque de données Amicus.

Et, entre les consultations pour vaccinations – contre la rage en particulier – prévention et traitement de puces et de vers (vermifugations), castrations et autres contrôles, il faut compter 200 francs au début, puis environ 400 francs par an.

Si les races dites agressives – du pitbull au rottweiler, en passant par les mastiffs, dogues et autres mâtins – sont désormais interdites à Genève, des propriétaires de canidés concluent des assurances, en complément de leur responsabilité civile (RC), qui peuvent inclure une assurance maladie. Si les petits chiens sont à la mode, ils sont aussi plus fragiles. «Un chihuahua qui saute d’un canapé peut se fracturer une patte», signale Doris Hugi.

Au moins 1000 francs

Le poste le plus important reste la nourriture, entre 50 et 100 francs par mois, suivi des dépenses chez le vétérinaire, l’éventuelle assurance, les équipements (collier, laisse, harnais, muselière, etc.) et l’impôt. Annuel, il s’élève à 50 francs pour le premier chien, 70 pour le second, 100 pour le troisième ainsi que pour chaque chien supplémentaire. Le prix d’achat dépend de la race et de l’état du chien. Pour un joli chihuahua, il faut compter au moins 1000 francs. Le prix de ces canidés peut cependant rapidement grimper. Mais Doris Hugi conseille de vérifier l’origine du chien, cette race faisant parfois l’objet de trafics en provenance, notamment, des Balkans. Enfin, une dépense est nécessaire pour assurer son éducation de base: entre 250 francs au sein de la SPA et 500 francs pour d’autres prestataires de services. Autre chose? Les amendes sont salées si toutou est promené dans une zone interdite.

L’animal de compagnie devient à son tour connecté

La révolution digitale fait aussi irruption dans le secteur des animaux de compagnie. Le vétérinaire genevois Pierre-Alain Baud a développé WAHP (World Animal Health Platform), une plate-forme notamment destinée à soigner les chiens à distance.

Une dizaine de vétérinaires originaires de Suisse, de France, de Serbie, de Cuba ou de Colombie peuvent ainsi poser leurs diagnostics, notamment par l’intermédiaire de Skype. Les dossiers médicaux peuvent également circuler plus aisément et rapidement.

Ces professionnels prodiguent des conseils empreints de bon sens: éviter de laisser traîner de la lessive dans la buanderie, des mégots au salon ou du liquide antigel dans le garage. Sans oublier le jardin, où peuvent habiter des insectes parfois très toxiques. «Les chenilles processionnaires sont particulièrement dangereuses. Si un chien les met en bouche, sa langue peut se nécroser en très peu de temps à cause des poils urticants de l’insecte», avertit Pierre-Alain Baud. Une inflammation soudaine peut aussi provoquer un choc respiratoire.

Des applications permettent également de suivre son chien à la trace. Au salon technologique CES de Las Vegas, en janvier dernier, de nombreuses start-up ont présenté leurs services afin de veiller au confort et à la sécurité des canidés. Des puces spéciales peuvent notamment être placées dans leur collier. Les propriétaires peuvent ainsi mesurer les déplacements de leurs compagnons à quatre pattes et les stimuler pour lutter contre l’obésité canine. Petrics, une société basée en Caroline du Nord, permet d’observer l’activité du canidé, de réchauffer ou, au contraire, refroidir sa couche. La start-up californienne Petcube propose des caméras pour surveiller son chihuahua à distance, lui parler et jouer avec lui grâce à son smartphone.

Enfin, si le chien est de plus petite taille, il mangera moins. Son propriétaire économisera de l’argent, qu’il pourra aussi dépenser en lui proposant de la meilleure nourriture, moins grasse ou estampillée bio. Selon le consultant IBISWorld, la production de croquettes et autres aliments secs est en constante augmentation (+3,9%) depuis 2012. Des dizaines de nouvelles marques vantant des produits alimentaires de plus en plus bio jouent des coudes dans les magasins et sur les sites.

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