Y a-t-il péril sur la Nouvelle Comédie?

Débat en VilleL’institution dont rêve la Genève culturelle est dans la tourmente. Passe d’armes entre Yvan Zweifel et Olivier Gurtner.

De gauche à droite aux Café des Savoises: Olivier Gurtner, Irène Languin et Yvan Zweifel.

De gauche à droite aux Café des Savoises: Olivier Gurtner, Irène Languin et Yvan Zweifel. Image: Laurent Guiraud

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Un projet théâtral phare qui scellerait le partenariat Ville-Canton en matière de culture et ferait rayonner la scène genevoise au loin. Voilà ce que représentait, jusqu’à récemment, la Nouvelle Comédie. Toutefois, l’institution, promise depuis des années sur le site de la future gare CEVA des Eaux-Vives, semble avoir du plomb dans l’aile.

En mai, le Délibératif municipal a bien adopté un budget de 98 millions de francs en vue de la réalisation du projet, à la condition que l’Etat participe aux frais. Mais le risque que le Grand Conseil refuse de délier les cordons de sa bourse plane. Le 29 septembre dernier, sa Commission des travaux a en effet refusé d’entrer en matière sur le crédit de 45 millions de francs en faveur de la Nouvelle Comédie, les élus PLR ayant rallié le MCG et l’UDC dans le camp du non. Un signal fort pour le plénum, qui se prononcera dans quelques semaines.

Yvan Zweifel, vous aimez jouer avec les allumettes?

Yvan Zweifel (Y.Z.): La Commission des travaux n’a donné qu’un préavis. C’est en décembre que le parlement cantonal votera ce crédit de 45 millions de francs. Certes, les commissaires PLR, dont je suis, ont un certain nombre de doutes. D’abord, on nous donne à voter un projet ficelé sur lequel nous n’avons rien à dire. Or nous avons des questions: une jauge de 500 places est-elle suffisante en termes de rentabilité, par exemple? Ensuite, globalement, il nous paraît important de savoir qui de la Ville ou de l’Etat va gérer et payer quoi avant de voter un tel montant. Enfin, il faut tenir compte du mauvais contexte financier du canton.

Clarifier les tâches d’abord, payer ensuite, cela fait sens?

Olivier Gurtner (O.G.): La position du PLR au Grand Conseil est absurde et dangereuse. Le projet est le fruit d’un accord signé et soutenu par le groupe PLR au Municipal, le président de la Fondation d’art dramatique, qui est PLR, et le président du Conseil d’Etat, qui est PLR. Et à la dernière minute, alors que les autorisations de construire sont en force, les commissaires PLR viennent nous dire qu’ils ne sont pas très contents, finalement. Ils nous parlent d’impératifs budgétaires: lorsqu’on sait que le Canton prévoit de dépenser 286 millions pour une prison, 45 millions, ce n’est rien du tout. A mon avis, certains députés ne veulent tout simplement pas de ce théâtre.

Saborder un tel projet à minuit moins une relève de la politique à courte vue

Olivier Gurtner, conseiller municipal PS

Voulez-vous couler la Nouvelle Comédie?

Y.Z.: Le groupe parlementaire PLR a le droit de réfléchir autrement que d’autres élus du même parti. On ne remet pas en cause la qualité du projet, on le remet juste en perspective. Dire que 45 millions, ce n’est rien, lorsqu’on a 750 millions d’investissements dont 93% pour 2016 sont déjà votés, c’est faux. Je rappelle que l’entier du projet se chiffre à 100 millions. Je le dis sans ambages, vu le contexte financier, les prestations sanitaires, sécuritaires ou de transport l’emportent sur une institution culturelle.

O.G.: Genève a besoin de la Nouvelle Comédie. L’actuel théâtre des Philosophes est tellement vétuste, sa technique de scène et son acoustique sont si catastrophiques qu’on est sûr de devoir le fermer dans dix ans. En outre, la future institution constitue un véritable projet artistique: ce sont deux salles, mais aussi une fabrique des arts de la scène, qui permettra une proximité du public avec tous les créateurs culturels, costumiers, metteurs en scène, cintriers, etc. On y trouvera une autre expérience du théâtre.

A Zurich, le désenchevêtrement des tâches a pris dix ans…

Y.Z.: On ne demande pas que la répartition de toutes les tâches soit réglée avant décembre, uniquement le point de la culture et notamment celui des institutions emblématiques, telles que la Nouvelle Comédie ou le Grand Théâtre. Il suffit que la responsable culturelle cantonale et le responsable culturel pour la Ville de Genève, tous deux socialistes, se mettent d’accord.

O.G.: Mais le Grand Théâtre, c’est plusieurs millions de budget par année, c’est un bâtiment très cher – d’ailleurs bientôt fermé pour deux ans pour cause de rénovation – ce sont des collaborateurs avec des problèmes de statuts du personnel, on ne réglera jamais cette question en deux mois! Vous savez très bien: vous jouez avec le feu.

Une jauge de 500 sièges pour la grande salle, ce n’est pas assez?

Y.Z.: Dans le projet de loi, il apparaît que la Nouvelle Comédie est vouée au théâtre d’accueil et au théâtre de création. Le premier a de l’importance car il finance en partie le second. Or des professionnels nous ont affirmé que 500 places ne suffisent pas. Le double de sièges ne permettrait-il pas de rentabiliser un peu mieux et donc de coûter moins cher à la collectivité?

O.G.: Dans l’actuelle Comédie, le problème n’est pas la jauge des publics et de l’argent qu’on peut en tirer – on peut toujours faire plus de représentations si besoin – le problème, c’est la technique de scène qui ne permet pas d’accueillir certains spectacles de très haute qualité. Ensuite, 500 places permettent une bonne écoute: sinon la distance par rapport à la scène est trop grande.

D’autres projets me semblent prioritaires en termes de prestations à la population

Yvan Zweifel, député PLR

Qu’adviendrait-il si le projet était retoqué?

Y.Z.: Si nos questions ont trouvé des réponses, à titre personnel, je voterai ce projet. Mais admettons que le parlement cantonal refuse, le dossier reviendrait à la Ville.

O.G.: Si vous ne voulez pas de la Nouvelle Comédie, dites-le. Mais ne soufflez pas le chaud et le froid sur un projet capital pour la scène culturelle genevoise, la promotion touristique et le développement du CEVA. Voulez-vous laisser un trou sur la gare des Eaux-Vives? Ce serait la Genferei du siècle!

Y.Z.: On mérite de voter sans avoir la tête dans le sac! J’espère bien qu’il ne restera pas un trou. Le dossier reviendra à la Ville et si elle refuse d’assumer l’entier des coûts, on fera autre chose à cet endroit-là.

Alors, risque-t-on la tragédie?

O.G.: Je suis attristé de voir que certains, au PLR, savaient lire à une époque et aujourd’hui ne savent plus que compter. On a un beau projet, le Canton peut s’offrir la Rolls des théâtres au prix d’une 2 CV. Il serait inconscient de renoncer.

Y.Z.: Si certains députés devaient voter contre la Nouvelle Comédie en décembre, cela ne signifie pas que ce sont des ignares sans culture. Je suis conscient que ce projet peut apporter un rayonnement supplémentaire à Genève. Mais si l’on doit faire des priorités, ce ne sera pas en sa faveur, sauf si la situation financière générale s’améliore. (TDG)

Créé: 08.10.2015, 20h54

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Olivier Gurtner, conseiller municipal socialiste. (Image: Laurent Guiraud)

Yvan Zweifel est député PLR. (Image: Laurent Guiraud)

Les Débats en Ville sont menés par Irène Languin, journaliste à la Tribune. (Image: Pascal Frautschi)

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