L’assistante sociale qui veut construire «une ville verte»

Une candidate au saut du lit (13/16)Frédérique Perler, députée au Grand Conseil depuis 2013, aspire à vivre dans une cité écologique.

Vice-présidente des Verts genevois, Frédérique Perler
travaille au Centre social protestant depuis 1985.

Vice-présidente des Verts genevois, Frédérique Perler travaille au Centre social protestant depuis 1985. Image: M. di matteo

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On tourne à gauche depuis Malagnou, en venant de la ville, et voilà le chemin De-Roches. L’entrée de l’immeuble est ornée de sculptures style années 20: ici, deux bambins nus gambadent dans la forêt, là, l’un d’eux joue avec un singe, un faon, un écureuil. C’est au cinquième étage qu’habite Frédérique Perler, députée au Grand Conseil depuis 2013, vice-présidente des Verts genevois. À 8 heures du matin, le smog genevois obscurcit encore le ciel, mais la candidate au Conseil administratif assure que l’on voit un bout du lac et de la cathédrale quand il fait beau. On la croit sur parole.

La rencontre se tiendra dans la cuisine. On y accède après avoir longé plusieurs sacs posés sur le palier contenant des légumes. «Je sers de point de distribution pour la coopérative des Jardins de Cocagne», explique-t-elle.

Mère seule

Les yeux bruns pétillants, l’accent fermement genevois, d’un abord facile, l’élue retrace sa vie à grands traits, une vie qui comporte plusieurs fils: celui d’une famille qu’on n’appelait pas alors, mais qui l’était, monoparentale; celui d’une carrière professionnelle menée au sein du Centre social protestant et celui d’un engagement politique commencé en Ville de Genève en 2003 lorsque s’achevait celui de son mari, élu Vert lui aussi, touché par le couperet de la limitation des mandats.

Frédérique Perler n’est pas née à Genève. Elle y arrive avec ses sœurs en 1967, à 7 ans, suite au divorce de ses parents. Née à Bâle d’une mère française, originaire du sud de la France, et d’un père vaudois, elle évoque le regard en coin jeté sur cette famille menée par une femme divorcée, «une curiosité à l’époque».

Les premières années se passent au Lignon, encore en construction, puis à la Servette, plus près du lieu de travail maternel, à l’usine Fiat de la rue de Lyon. Sa mère, qui s’occupe d’informatique, est souvent la seule femme dans les équipes. Et avec un sacré caractère en plus, comme lorsqu’elle fait un scandale dans un magasin, devant sa fille de 10 ans épouvantée. Un vendeur venait de lui réclamer la signature de son mari pour un achat de tapis. Elle le rabroue d’un: «Je travaille, alors foutez-moi la paix!» Autre souvenir, cet impératif fait à ses filles de ne quitter la maison qu’avec un diplôme et un permis de conduire en poche.

Assistante sociale

Est-ce parce qu’elle a vu de près ce que c’était d’être une femme «victime d’injustices, de sexisme et suspectée parce que divorcée»? Frédérique Perler se dirige vers le social. Elle décroche dans les années 80 un diplôme d’assistante sociale à l’IES, où elle rédige un mémoire avec le futur conseiller national Vert Ueli Leuenberger. Son titre est évocateur: «Ne pas perdre sa vie à la gagner, l’écologie au travail».

En 1985, la jeune femme entre au Centre social protestant, «association militante», dit-elle, où elle travaille toujours. Le social? La députée en parle sans pathos. Elle évoque la complexification des situations, la précarité grandissante, le cumul des crises qui peuvent frapper une personne, le resserrement continu des conditions d’accès aux prestations.

Le social, une piste pour le Conseil administratif? «Si je me présente, ce n’est pas pour me faciliter la vie, répond la candidate. Les Verts revendiquent prioritairement l’aménagement, pour construire la ville verte que nous appelons de nos vœux.»

Sortir du fossile

Bon. Mais à quoi pourrait ressembler une ville verte? La réponse est prête: à une collectivité qui sort de sa dépendance envers les énergies fossiles. Qui lutte contre le réchauffement climatique en végétalisant les toitures, en arborisant les rues, en privilégiant l’économie locale. «Il faut faire, dit-elle, le choix de la mobilité douce et entraver la voiture en ville. Il n’y a pas de raison qu’elle l’emporte sur l’être humain.» Pas de fissure entre la candidate et son parti sur la densification des zones villas, sans alternative, dit-elle en substance. Les panneaux signalétiques féminisés? «Un bon débat.»

En revanche, l’idée du Conseil fédéral de laisser les vélos des enfants jusqu’à 12 ans rouler sur les trottoirs ne la fait pas rire. «On marche sur la tête, dit-elle. C’est sur des pistes cyclables sécurisées que les vélos doivent rouler! Pourquoi les piétons devraient-ils toujours s’effacer?» On se quitte vers 10 heures. Frédérique Perler, qui a réduit son temps de travail pour la campagne, repart en direction du CSP.

Créé: 03.02.2020, 07h28

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