Yves Nidegger: A l’assaut sans états d’âme

Conseil des Etats (5/5) Le conseiller national UDC Yves Nidegger sait que sa candidature fait le bonheur de la gauche. Et alors?

Yves Nidegger

Yves Nidegger Image: Pierre Abensur

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Arrivé en tête de l’alliance UDC-MCG au premier tour de l’élection aux Etats, l’UDC Yves Nidegger affronte sa cinquième élection majoritaire depuis 2003. Cette fois encore, ses chances d’être élu restent minces, même si son parti se porte bien.

L’Entente et la Nouvelle Force n’ont pas de ticket commun. Votre candidature va surtout torpiller les chances du PLR Benoît Genecand. Vous êtes le meilleur allié de la gauche?

Ne me reprochez pas d’exister! La désunion de la droite est l’alliée objective de la gauche, et pas l’UDC, qui représente la droite aussi bien que le PLR. Ayant tout fait pour favoriser l’union, je n’ai pas de complexe de légitimité.

Vous affrontez une élection majoritaire. Jusqu’ici, elles ne vous ont pas servi. Qu’est-ce qui vous motive?

Une configuration aussi foireuse que celle qui arrive n’était pas prévue. Je tablais à tort sur l’envie du PLR et du PDC de renverser la domination de la gauche, qui est minoritaire à Genève. Je suis lucide quant à mes chances, mais j’agis pour avancer les idées de mon parti et imposer un jour des tickets communs que je souhaite.

Mais la droite peut-elle s’unir en étant divisée sur un élément aussi important que les rapports avec l’Union européenne ou le droit international?

Bien sûr! Depuis plus de cent ans, elle est partagée entre celle qui aime les paysans et donc la frontière et celle qui aime le libre-échange et l’industrie. Cela n’a jamais empêché l’union de ces deux droites pour éviter que la gauche ne soviétise la Suisse. Les divergences sur les frontières sont restées les mêmes. Si le PLR est rétif aujourd’hui, c’est que la croissance de l’UDC depuis vingt ans s’est faite à son détriment. Pourtant ce n’est plus le cas, en octobre nos deux partis ont progressé! Mais il est difficile de changer les vieux réflexes.

Selon vous, à quoi doit ressembler la Suisse dans quatre ans?

Dans quatre ans, plus personne n’osera regretter à haute voix le vote du 9 février 2014 qui a rendu à la Suisse la maîtrise de ses frontières à la veille d’une crise migratoire qui perdurera. La qualité de vie en Suisse, dont le droit est plus favorable aux affaires et aux emplois, perdurera aussi. Dans quatre ans, nous serons liés à l’UE par des accords bilatéraux, sans la libre circulation, comme c’est le cas pour d’autres Etats tiers comme Israël, le Japon ou le Canada.

L’UDC réclame un deuxième élu au Conseil fédéral. Quel doit être son profil?

Nous avons de nombreux candidats dont le charisme est supérieur à celui de Johann Schneider-Ammann ou Eveline Widmer-Schlumpf réunis, et qui n’effrayeront pas l’Assemblée fédérale, qui a élu sans crainte un Christoph Blocher ou un Ueli Maurer. L’UDC présentera un ticket romand-alémanique, Oskar Freysinger étant la synthèse parfaite de tout ce que les parlementaires peuvent espérer: il parle français et allemand, il a un look de gauche et un discours de droite; que ceux qui veulent un homme regardent ses santiags et ceux qui préfèrent une femme ses cheveux longs! J’ironise bien sûr. Guy Parmelin ferait aussi un bon conseiller fédéral: il choisit parfaitement les vins, c’est un paysan lettré qui ne fâche personne. Il est intelligent et compétent.

N’est-ce pas ce genre de blague qui torpille vos chances à chaque élection?

On ne se refait pas! Et je passe très bien lors des élections proportionnelles. J’ajoute que mon ironie n’est pas dirigée contre les citoyens, seulement contre les élus.

Faut-il faire passer l’âge de la retraite pour les femmes à 65 ans?

Bien sûr!

Même si elles gagnent 8% de moins que les hommes?

C’est une sottise. Oui, les femmes ont parfois un revenu inférieur aux hommes, mais l’AVS est égalitaire et le 2e pilier plafonné. C’est du féminisme de spectacle.

La réforme de l’imposition des entreprises va coûter très cher à Genève et Berne ne semble pas s’en inquiéter, normal?

Cette baisse d’impôt est bonne à prendre pour les entreprises et il est illusoire de penser que Berne ira plus loin que l’argent déjà promis. 350 millions manquent? Ce n’est qu’une fraction de la masse salariale de l’Etat. De toute manière, Genève doit diminuer le nombre de ses fonctionnaires, qui est indécent en comparaison intercantonale.

Faut-il sortir du nucléaire en 2050?

Il faudra sortir quand les centrales ne seront plus sûres. Tirer la prise pour tirer la prise est une sottise. La maintenance d’une centrale à l’arrêt est presque aussi coûteuse que celle d’une centrale active. Et elle continue à présenter un danger en cas de catastrophe naturelle dépassant les prévisions.

Les Suisses voteront sur l’initiative RASA, qui veut gommer le vote du 9 février. Votre avis?

Je suis un fan de la démocratie directe, donc pas de problème. Mais son sort est plié, puisque deux ans après l’initiative contre l’immigration massive, l’UDC cartonne comme jamais! En fait, les débats vont surtout porter sur le contreprojet que concoctera le parlement pour plaire à Bruxelles et que l’UDC va combattre également.

Soutenez-vous l’initiative contre le voile intégral?

Oui. On condamne bien le nu intégral. (TDG)

Créé: 05.11.2015, 18h36

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«Le meilleur ennemi d’Yves Nidegger, c’est lui-même»

«Je suis un blochérien quant au fond, un intellectuel quant à la forme.» C’est ainsi que le conseiller national Yves Nidegger résume son positionnement.

Une chose est sûre, c’est le Romand le plus à droite du parlement fédéral, selon un recensement de ses votes. Il en est assez fier et la remarque du conseiller national socialiste le plus à gauche de Suisse romande, Carlo Sommaruga, qui lui reproche de «s’être opposé à tout renforcement des régulations contre la corruption ou le blanchiment» au sein de la Commission des affaires juridiques, ne l’empêchera donc pas de dormir.

Longtemps seul juriste et intellectuel francophone de l’UDC, Yves Nidegger a été mis en avant par son parti. Il l’a bien servi, puisque c’est le cinquième scrutin majoritaire qu’il affronte depuis 2003. Dans les médias romands, il fut aussi un des ténors de l’UDC avant d’être éclipsé par le Valaisan Oskar Freysinger ou le Neuchâtelois Yvan Perrin. Mais l’un et l’autre étant moins présents, fonction oblige, ou ayant carrément disparu des radars, le voici à nouveau en vue, même s’il doit toutefois partager la scène avec sa collègue Céline Amaudruz. Ces derniers temps, Yves Nidegger n’a pas été desservi par l’actualité. A la mi-octobre, à son instigation et à celle d’associations turques, la Cour européenne des droits de l’homme a mis en cause l’application par la Suisse de sa norme pénale antiraciste. Ce succès l’aura aidé à réaliser un bon score au National et à passer devant Céline Amaudruz lors du premier tour aux Etats du 18 octobre.

Le moins qu’on puisse dire, c’est que le candidat au Conseil des Etats suscite des sentiments contrastés parmi ses pairs. Naturellement, la conseillère nationale UDC Céline Amaudruz le soutient: «Vu sa connaissance des dossiers, Yves Nidegger pourrait travailler dès la première minute de son élection aux Etats sur des éléments importants pour Genève, comme RIE3 ou le financement des infrastructures. En outre, en matière de politique extérieure, il est fermement opposé à toute adhésion à l’Union européenne. Ce n’est pas un luxe.» Mais les autres sont plus partagés. Membre de la Commission des affaires juridiques, de la Commission judiciaire, d’une délégation chargée des liens avec le parlement français, l’UDC est bien sûr reconnu «pour sa très belle éloquence», son intelligence, «même s’il faut parfois le surtitrage du Grand Théâtre pour que les gens normaux le comprennent», dit par exemple le socialiste Manuel Tornare. «Mais son problème, c’est qu’il est peu sympathique. En fait, le meilleur ennemi d’Yves Nidegger, c’est lui-même.» Ce jugement, on le retrouve aussi chez Roger Golay. Le conseiller national MCG, intégré au groupe UDC, souligne aussi l’intelligence d’Yves Nidegger, son travail, mais relève qu’il se prive rarement du plaisir de critiquer ses collègues. «Il y a toujours une pique, même dans le compliment. C’est un élitiste et du coup, il peut vexer bien plus que d’autres.»

Ironique, élitiste, d’une franchise désarmante, qui fait parfois douter qu’il tente sérieusement d’être élu (lire ci-dessus), Yves Nidegger «frappe par son regard cynique sur les choses et les gens», juge Carlo Sommaruga. Mais il ajoute: «On ne se fait pas élire au Conseil national pour se faire des amis.»

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