L’Asloca veut faciliter la vie dans les chantiers habités

Projet de loiLa loi ne protège pas assez les locataires, selon l’association, qui veut renforcer la LDTR. La Chambre immobilière met en garde.

Immeuble «emballé» aux Pâquis lors de travaux dans les combles. (Photo d'archive)

Immeuble «emballé» aux Pâquis lors de travaux dans les combles. (Photo d'archive) Image: Laurent Guiraud

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«On se fait souvent asticoter par nos adversaires politiques à cause de la LDTR – loi sur les démolitions, transformations et rénovations – pourtant si nécessaire pour les Genevois», regrette Alberto Velasco, président de l’Asloca.

Mais il en faudrait plus pour déstabiliser l’association de défense des locataires, qui propose à nouveau de renforcer cette fameuse loi afin, cette fois-ci, de mieux protéger les locataires des chantiers habités. Alberto Velasco et son camarade socialiste Christian Dandrès, tous deux députés, ont détaillé, vendredi devant la presse, le contenu d’un projet de loi qui s’apprête à être déposé au Grand Conseil.

Atténuer les nuisances

«Les chantiers se multiplient à Genève dans des immeubles habités qui souvent n’ont pas été bien entretenus depuis leur construction dans les années 60-70. Malheureusement, le cadre légal actuel est impuissant pour garantir une protection satisfaisante aux locataires», notent les deux élus.

Parmi les principaux changements apportés à la LDTR dans le tout frais projet de loi visant à faciliter la vie dans les chantiers habités: l’obligation d’indiquer, par écrit, la nature et le calendrier des travaux, mais aussi les mesures envisagées pour atténuer les nuisances aux habitants, dont le cadre de vie est souvent altéré.

Présents lors de cette conférence, les époux Pax connaissent la chanson. Coincés depuis bientôt trois ans dans «l’enfer» d’un chantier habité à Champel, ils ont beaucoup souffert des dommages dus à la rénovation et à la surélévation de leur immeuble. Notre journal s’est fait l’écho de leurs mésaventures, ainsi que de celles de leurs voisins, à plusieurs reprises: en plus des échafaudages, des bâches, de la poussière et du vacarme subis, les locataires ont dû libérer leur cuisine, leur salle de bains, leurs toilettes et autres zones de travaux de tout objet.

Peur des représailles

«Nos affaires ont été mises dans des cartons, nos vies réduites à un strict minimum», se souvient Patrick Pax. Excédés, des habitants sont allés vivre ailleurs et des aînés ont accéléré leur entrée en EMS. Vendredi, ce locataire a décrit une vraie souffrance humaine en évoquant «le sentiment d’humiliation et d’une forte injustice, ainsi que la peur des représailles de la part des régies, comme de se faire mettre à la porte». L’Asloca a compris le désarroi de ces habitants de Champel. Ensemble, ils ont créé l’association Alliance des locataires, pour mieux se défendre et humaniser les chantiers habités. Le nouveau projet de loi aspire à cela. «Nous voulons que l’évolution des travaux et du calendrier soit communiquée aux locataires pour éviter qu’ils ne soient pris au dépourvu», poursuivent Alberto Velasco et Christian Dandrès.

Une personne de référence

Le propriétaire devra également désigner une personne de contact apte à renseigner les habitants. Pour des immeubles de plus de dix logements, il faudra même recourir aux services d’un assistant d’ouvrage, qui identifiera les contraintes et les attentes des locataires afin de garantir leur prise en considération. Le propriétaire devra encore assurer pendant toute la durée du chantier l’état de salubrité du bâtiment, notamment en procédant à des nettoyages fréquents. Il faudra, enfin, garantir la sécurité des personnes et des biens en identifiant les travailleurs autorisés à accéder à l’immeuble pour les besoins du chantier. «On entre dans nos appartements comme on veut. Nous nous sentons brisés dans notre intimité et très fragilisés», racontait Gloria, en 2016, lors de notre visite du chantier de Champel. Cette dernière n’avait pas eu le temps de faire ses cartons avant de rejoindre l’un des logements «refuges» finalement proposés à des habitants… Résultat: «J’avais fermé une armoire avec des affaires privées; elle a été ouverte. Je le ressens comme un viol.»

«Lourdeurs juridiques»

En cas de violation des règles du suivi du chantier prévu dans le projet de loi, Christian Dandrès annonce que l’État pourra en imposer le respect directement auprès des entreprises œuvrant sur le chantier et mettre en place les mesures aux frais du propriétaire. «Nous ne demandons rien d’extraordinaire, c’est une question de bon sens. Quand des chantiers sont bien menés, ça se passe comme le préconise notre projet de loi.» Le Grand Conseil soutiendra-t-il cette proposition? Elle a en tout cas été élaborée avec le concours de plusieurs associations de locataires, dont celle du Lignon, des ensembles résidentiels de la Gradelle et de l’avenue de la gare des Eaux-Vives, elles aussi confrontées aux méfaits des chantiers habités.

Secrétaire général de la Chambre immobilière, Christophe Aumeunier attend d’avoir le projet en main avant de trancher: «Attention toutefois à ne pas ajouter des lourdeurs juridiques pour décourager les investisseurs de rénover!» Et d’évoquer la pénurie, «qui ne permet pas d’offrir des logements de remplacement lors de lourds travaux».

«Si le parlement refuse notre projet, nous lancerons une initiative», promet Alberto Velasco.

Créé: 20.09.2019, 20h10

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